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GOSCINNY ET LE CINÉMA




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 (c) Ecran Noir 96 - 17


Octobre 2005

ASTERIX : LE CIEL LUI TOMBE SUR LA TÊTE
Gaule Molle

Alors que le héros gaulois se pavane au cinéma - les Vikings en version long métrage animé l'an prochain, un troisième opus avec Cornillac remplaçant Clavier pour 2007 - Uderzo continue de prolonger les aventures sur le papier. Depuis que Goscinny est partie, l'humour se dilue album après album. Tandis que les 24 premiers albums agitaient un miroir cruel sur les vilaines habitudes des fiers gaulois, résistants, râleurs mais solidaires, l'imaginaire manque d'intérêt malgré de beaux voyages en Orient (L'odyssée, Chez Rahazade). En essayant de reprendre des vieilles recettes (l'intrus dans le village, que ce soit un nouveau chef, une épouse ou un bébé), Uderzo ne répète jamais la formule gagnante des scripts de Goscinny.
Le ciel lui tombe sur la tête, de très loin, aggrave le cas. Désormais mastodonte marketing au nom du fric - le dessinateur croit même que tout nom en "ix" lui appartient - Astérix ne fait plus rire. En voulant draguer un jeune public tout en oubliant les fidèles fans, en essayant de faire un hommage à un "maître" tout en ratant son discours sur la concurrence, l'auteur (qui devrait prendre un scénariste) nous ennuie dès la huitième page, dernière planche à nous maintenir éveillé.
Pas de quoi faire un film de cette histoire abracadabrante autour d'extraterrestres. Après l'Atlantide, donc, les Ovnis. On aurait peut-être préféré la Russie, les Vikings, le Portugal , Lugdunum ou la Riviera. Nous avons le droit à un village franchouillard qui ne bouge pas depuis 45 ans (cruelle réalité?) pris dans une guerre invraisemblable entre deux planètes : les gentils de Tadsylwine (c'est à dire Walt Disney, c'est à dire les Américains) et les méchants Nagmas (soit les Mangas, soit les Japonais). Peu habile pour ne pas dire lourd, ce duel met en exergue trois graves problèmes : nos gaulois, censés être l'objet de toutes les convoitises n'ont rien de glorieux à faire. Plan plan pour ne pas dire pépère, leurs actions ne sont rien d'autres qu'une sorte de respect contractuel en coups de poing et sangliers mangés.
Ensuite, de Schwarzenegger en sauveur cloné à Walt Disney en faiseur de paix, la vision de l'Amérique par Uderzo frôle la caricature pour ne pas dire l'incongruité. On aurait aimé plus de mordant, de cynisme, d'ironie sur cette Amérique conquérante, plus proche des Impérialistes Romains que d'un dialogue sympathique avec les gogos de Gaulois. La vénération pour l'Oncle Walt est presque embarrassante quand on sait à quel point Astérix a justement été un vrai résistant à l'uniformisation américaine y compris dans les salles de cinéma.
Enfin, le grand ennemi est donc jaune, ressemblant à un poisson avarié (rappelant le Judas du Grand Fossé, c'est encore une preuve de non inspiration). Les Japonais et leurs machines infernales. Une page de 4 cases sert à nous montrer le décollage d'un Goldorak. Vide de sens. Uderzo, on l'espère, s'est amusé à dessiner ces étranges machines. Mais il est loin du génie du Manga. Normal, en les mettant du côté des Romains, en les transformant en vils voleurs, il ne cherche même pas à comprendre l'intérêt du genre. Cette xénophobie envers les japonais est surtout scandaleuse.
A lire les critiques, personne ne remarque qu'Uderzo choisit son camp : ses rêves d'enfant devant le grand écran plutôt que sa curiosité d'artiste pour un style qu'il copie malheureusement très maladroitement.
On ne rit jamais à cet Astérix n°33. C'est la le plus grand drame. Visages renfrognés, agressivité palpable, nos villageois semblent statufiés dans un temps qui n'est plus le leur. Plutôt que de cracher sur les "jaunes" et de faire de la mauvaise science-fiction, peut-être qu'Uderzo devrait aller chercher du sang neuf et revenir à l'essence même de ces aventures qui, ironie, sont désormais plus drôles au cinoche qu'en bédé.

- vincy    


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