LE VOYAGE DE G. MASTORNA

HARRY POTTER - L'EXPOSITION

PASOLINI ROMA

CARO/JEUNET

LES PIXELS DE PAUL CEZANNE

GOSCINNY ET LE CINÉMA




  A-C  D-K  L-O  P-Z







 (c) Ecran Noir 96 - 17


Décembre 2005

HISTOIRE (S) DE FILMS FRANCAIS
Une histoire inachevée...

« Histoire(s) de Films Français » (Réalisateurs, Acteurs, Scénaristes…)
sous la direction de Jean-Luc Douin et Daniel Couty
Bordas/Sejer Paris 2005. 800 pages


L’ambition de ce livre est de montrer comment le cinéma a vécu, depuis les frères Lumière jusqu’à nos jours, les tournants de l’Histoire de France. Les 91 films sélectionnés ont, il est vrai pour la plupart, marqué leur époque. Ils représentent assez justement les grands moments artistiques et politiques qui ont jalonné le siècle dernier. Il faut aussi reconnaître que faire une sélection impartiale est un exercice de haute voltige. En effet, il n’est pas possible de résumer en 800 pages l’énorme production française et son florilège de réalisateurs. Aussi les cinéphiles pourront, tout de même, se poser au moins quatre questions parmi d’autres.
Pourquoi certaines années ont été occultées : 1947-1951, 1967, 1968, et surtout la fin du siècle : 1992, 1993, 1998 et le début du nouveau, 2002 et 2003 ? Pourquoi certains réalisateurs sont référenciés 3 fois (Carné, Renoir, Resnais, Godart) et même 4 fois (Truffaut) ? Et en conséquence, pourquoi d’autres n’ont eu aucune faveur (de Broca, Cayatte, Decoin, Enrico, Lelouch, Molinaro, Robert, Vadim, … pour ne citer qu’eux), voire même non mentionné (Astruc), ou cité trop rapidement (Linder) ?
Pourquoi des films ayant en un grand succès populaire ne sont pas pris en compte, notamment dans ses trente dernières années, alors que des fims en tout genre ont la part belle avant l'arrivée de la Nouvelle Vague ? Peut-être à cause de cette schizophrénie myope : la difficulté à assumer des films populaires récents à leur juste valeur (ce qui se traduit dans la Critique comme aux César) et la fascination obsessionnelle pour certains auteurs héritiers des Truffaut/Godard et consors, quitte à être surestimés. Quitte à se couper d'un public plus jeune ou moins cinéphilique, puisque la plupart des films récents traités ici sont dans la veine auteuriste/rogoriste. Il y aurait matière à faire deux volumes...

Cependant il ne faut pas minimiser l’énorme et passionnant travail bibliographique entrepris. Le livre permet de comprendre comment les films ont été conçus, réalisés (parfois dans des conditions dramatiques) et reçus par les publics (par exemple : Drôle de Drame, de Carné). En outre de courtes bibliographies sur les réalisateurs, les acteurs, les compositeurs, les techniciens mettent en relief leurs qualités et leurs défauts. Enfin de très nombreuses photos (scènes de film, affiches, portraits, …) illustrent chaque film sélectionné.
Les historiographes auront une vue originale sur la naissance du cinéma de 1895 à 1937. On apprend que « L’arrivée d’un train en gare de la Ciotat » fut tourné en plusieurs versions. Mais, surtout, que Louis Lumière avait inventé la mise en scène. G. Méliès (503 films) (Le voyage dans la Lune, 1902) fut le précurseur des trucages, substitutions, disparitions et du rythme. Il a inventé le « split screen » (image multiple). L. Feuillade (Fantômas, 1914, 5 épisodes) a ouvert la voie au rêve fantastique (il a inventé Nick Carter). M. L’Herbier (L’inhumaine, 1923) réalise la première œuvre de science-fiction (futuriste et avant-gardiste). R. Clair (Entra’cte, 1924) monte un film canular et déjanté (musique d’E. Satie). A. Gance (Napoléon, 1927) introduisit la caméra mobile, et le triple écran, amenant un rythme visuel impressionniste. L. Bunuel (L’age d’or, 1930) réalisa les premiers films surréalistes. J. Feyder (La kermesse héroïque, 1935) mit en valeur le pouvoir des femmes. S. Guitry (Le roman d’un tricheur, 1936) fit le premier film en voix « off » (influence sur O. Welles) ; avec J. Duvivier (Pépé le Moko, 1936) naît le mythe Gabin (devenu Pépé le Putois en dessin animé) ; et, enfin, avec J. Renoir (La grande illusion, 1936) naît le film polémique (l’Illusion et la Réalité, quel beau sujet de philosophie actuel !) Ces rappels montrent que, en-dehors des développements techniques de plus en plus sophistiqués, les grands réalisateurs d’avant guerre avaient déjà inventé le cinéma (voire la télévision) moderne. Si ils pouvaient être actuellement de notre monde, nombreux pourraient s’exclamer «Mais j’ai déjà fait et imaginé cela !»

P.S. Pour être complet sur la naissance du cinéma il faut aussi visualiser les DVD de Lobster Productions.
- Harry Stote    


librairie ecran noir