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Janvier 2006

ORSON WELLES, THE OTHER SIDE OF THE WIND
LE MAGNIFIQUE

The other side of the wind
Rétrospective de: “The magnificient Welles”
58ème festival international du film de Locarno - 2005-11-08
Ed. Française : Cahiers du Cinéma – Festival internazionale del Film Locarno, 2005 – 256 pages
Direction : Giorgio Gosetti


Le livre est divisé en 8 articles dont la teneur essentielle est le pourquoi et le comment des oeuvres inachevées d’Orson Welles. Il semble que celle intitulée The other side of the wind soit la plus représentative (publié en 1974). Elle marquerait l’essentiel du caractère et de l’esprit inventif de Welles (décédé le 10/10/1985).
Oja Kadar, longtemps sa compagne, décrit l’atmosphère et les aléas du tournage des films, ainsi que les réactions de Welles. Il s’en dégage une impression de « non-fini » car elle demandait souvent «Et maintenant qu’est-ce qu’on fait ?». Pour Peter Bogdanovich (sur photo avec John Huston et Welles), The other side of the wind est l’une se ses meilleures œuvres. Son interview permet peut-être de comprendre pourquoi le film fut inachevé. Le personnage central, Jake Hannaford serait à la fois Welles lui-même et John Huston en tant qu’acteur.
Pour Giorgio Cossetti, Welles est toujours plus loin d’Hollywood et toujours plus proche de l’Europe (Espagne, Italie, France, Angleterre). Il met en lumière la discontinuité tournage/scénario qui reflétait la vision de Welles. Mais pour lui l’inachevé ne peut être résolu. Pour Gossetti c’est une œuvre onirique où tout semble se passer hors du tournage. Il résume en 3 points ce que Welles aurait voulu faire transparaître :
- la solitude la vieillesse (les vieux amis sont « vieux »)
- la magie de la fiction (fausse composition d’images amateur)
- l’attente de la mort (le héros s’est-il suicidé ?)
Pour Gossetti le film est moderne, magique au seuil de la science-fiction. Pour lui c’est une œuvre autobibliographique (montrant ses rapports complexes avec l’industrie cinématographique et décrivant le monde peu amène de ce milieu). Elle montre le reflet continuel de Welles dans un miroir (voir la Dame de Shanghaï). Le film se termine par «CUT!», un mystère identique au « ROSEBUD » de Citizen Kane !
Bill Krohn insiste sur la vision théâtrale et la relation Welles-Shakespeare (Macbeth, Othello, Falstaff). L’adaptation de la scène à l’écran est faite en champs/contrechamps. Ainsi, Welles jouait avec l’auteur, le public et les personnages. Son succès était dû à «l’irremplaçable présence du spectateur» (Northrop Frye) et «au processus d’identification aux héros que le cinéma oppose au théâtre» (André Bazin). Krohn étaye l’article de Gossetti en affirmant que c’est la tension entre les extrêmes illusionniste (l’effet magique)/narrateur (le conteur didactique) qui fait la qualité des films de Welles.
Paolo Mereghetti reprend le thème du dédoublement narrateur/identification à la vie réelle de Welles. Pour lui, il y a 2 films dans le film : le documentaire sur le dernier jour de la vie de Hannaford et le film qu’il construit avant de mourir. Mereghetti pense que les scenarii inachevés reflètent cette vision où tous les personnages ont des formes de «halos nuageux » qui se dévoilent grâce «à la lumière spectrale de la lune ».
André S. Labarthe s’interroge sur le fait que Welles n’ai pas achevé ses films inachevés. Il sous-entend que Welles, le démocrate, ait fait comprendre qu’il fut victime du «Système capitaliste hollywoodien». Pour Labarthe les films étaient «achevables», mais les fragments étaient-ils commerciables ? ou seulement une «œuvre fascinante» 
? Stefan Drössler détaille l’énorme travail technique du Musée du Cinéma de Munich pour reconstruire les films de Welles, ou plutôt les fragments images/sons. Pour Drössler, les films ne pouvaient être achevés. En fait 6 types de matériau ont pu être classifiés (sans compter les problèmes de synchronisation : bandes sans son, son sans images, ou son/image décalés) :
-les rushes
-les copies de travail
-les montages bruts (avec quelques séquences intégrales)
-les fragments
-les finis non diffusés
-les chutes, les non utilisés, les réserves.
Daniel Kothenschulte donne une lecture de 7 scenarri inédits (comédies, drames, policiers, récits utopiques, … écrits entre 1969 et 1984) de Welles qui affirmait : «Attendez que je sois mort. Tout sera vendable». Ces écrits sont les témoins pour ces années, de l’évolution mentale, de la libération du code moral et de la culture de la jeunesse, auxquels Welles était très attaché.

Les 100 pages suivantes sont consacrées au scénario « in extenso » (anglais-français) du film On the other side of the wind. Tous les articles en français sont donnés en anglais en fin de livre. L’ensemble est illustré de nombreuses photos noir et blanc, dont un port folio des scènes du film de base.
En conclusion, il faut reconnaître qu’Orson Welles fut un génie de la radio, du théâtre et du cinéma (réalisateur, acteur, écrivain). Ses conceptions artistiques, ses visions, ses modes de vie l’amenèrent à essayer un grand nombre de genres et de personnages. Il foisonnait d’idées sans pouvoir, souvent, les ordonner, d’où ces œuvres entreprises et inachevées. Malgré ces essais non transformés, Welles restera un monument du cinéma, en laissant bon nombre d’énigmes non résolues.

- Harry Stote    


orson welles (ed. montparnasse)  - Rétrospective à Locarno