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 (c) Ecran Noir 96 - 17


Mars 2006

LA REPUBLIQUE DE MEK-OUYES
Traits de désunion

La république de Mek-Ouyes
texte de Jacques Jouet; mise en scène de Jean-Louis Martinelli
avec Jean Benguigui, Vincent bonillo, Brigitte Boucher, Christine Pignet, Odile Sankara...
Théâtre Nanterre-Amandiers; du 24 février au 2 avril 2006

Un feuilleton destiné à Internet peut-il devenir une bonne pièce de théâtre? La réponse n'est pas évidente mais louons l'effort. D'autant que tout cela s'achève avec un définitif : "fermé pour cause de fatigue citoyenne". Mais voilà : selon si l'on est venu voir un pastiche satirique ou un pamphlet onirique, le spectateur n'en ressort pas avec la même opinion. Y a les Oui, y a les Non. Des choses très bien vues, très bien jouées : l'épouse qui se reconvertit en mère maquerelle, le Général Américain qui interroge en ne laissant aucune place aux réponses, la Présidente française qui parle une langue compréhensible d'elle-même, qui fait rire malgré un discours presque totalitaire, l'Ambassadeur du Lesotho qui change de tenues comme on change de rendez vous, le Sanglier très bien incarné.
Et puis il y a les maladresses : Jean Benguigui qui n'en fait pas assez en citoyen aliéné, sa fille, rôle inutile et assez flou, le personnage de l'espionne, pourtant très bien mise en scène mais aux motifs assez confus. Quelques tunnels de texte à couper (un quart d'heure), un peu plus de folie à insuffler dans les creux, deux trois explications pour éclairer les mystères résolus ou non résolus et cette république frôlerait la perfection.
Un gros camion sur scène (ça impressionne toujours les garçons), une critique des pratiques bananières et belliqueuses (selon les nations), des mots virulents ou délirants qui font sourire, jaune : l'auteur raconte comment notre individualisme peut mener à la fragmentation de notre société. mais pas seulement. L'Etat est loin d'être innocent et tout commence avec un licenciement abusif par un salaud de patron. Il n'en faut pas plus pour qu'un individu pète les plombs et foute un bordel diplomatique qui mènera à une guerre des Ambassades. Rien que ça.
Pendant ce temps, le spectateur citoyen est passif, regarde, écoute : il veut en rire ou il attend le moment qui exorcisera sa rage. Sensible (le bain de pieds en prologue), drôle (le monologue de la Présidente), trop sérieux (la tirade du sanglier, un peu hors tonalité), absurde, à la Queneau lorsque l'Américain liste 72 questions à la suite : de "Mek-Ouyes, quel est votre nom ?" à "Savez-vous pourquoi je me suis mis à vous tutoyer ? Répondez !" en passant par "Aimez-vous les betteraves rouges ?", "Pensez-vous que vous pourrez sérieusement vous chauffer sans danger en brûlant des galettes séchées pleines de tricoruzène défoliant ?", "Trouvez-vous qu’il y a suffisamment de mousquetaires dans Les trois Mousquetaires ?"
Entre ce mouvement de l'Oulipo et cette ambition à la Alfred Jarry (Mek-Ouyes Roi), Jacques Jouet parvient à imposer une truculence devenue rare sur des sujets aussi sérieux. La mise en scène de Martinelli n'a rien d'aussi délirant que celle d'un Delbonno mais, avec l'appui d'une belle technique et un beau numéro arachnéen en pleine lune, il réussit à nous faire croire à une république fantoche d'aire d'autoroute plus fantasmée que réaliste. L'utopie n'est pas loi. Hélas il n'y a plus de place pour l'utopie. Ou pas assez de fous pour y croire.

- vincy    


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