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Mars 2006

A WOMAN OF MYSTERY
Fragments d'un théâtre amoureux

A woman fo mystery, de John Cassavetes
Mise en scène : Marc Goldberg
avec Myriam Boyer, Brigitte Damiens, Philippe Mercier, Karina Beuthe, Stephen Szekely
Vingtième Théâtre, 7 avenue des Plâtrières, 75020 Paris
du 4 mars au 7 mai 2006, du mercredi au samedi (et dimanche en matinée)

Ecrite et mise en scène par John Cassavetes, A Woman of Mystery fut montée à Los Angeles (paradoxe) il y a 20 ans, avec sa muse, Gena Rowlands dans le rôle de cette femme pleine "de mystères".
Marc Goldberg, à qui l'on doit déjà la jolie mise en scène du Bébé (de Darrieussecq, avec Lio), persévérant et persuasif, est parvenu à obtenir des ayant droits l'impossible : l'autorisation de faire découvrir un texte jusque là inédit, une des "faces cachées de son oeuvre".
D'entrée nous sommes immergés dans une New York fébrile : sirènes de police, passants qui scrutent le bitume, nantis culpabilisés ou méprisants... La pièce, comme ses films, sont des impressions fugaces, des instants fulgurants, des visages de figurants qui, soudainement, passent de l'ombre à la lumière. Le temps d'un éclair, d'un coup de foudre. La violence des sentiments se dispute avec l'injustice de certaines humeurs et la déraison qui nous envahit tous quand l'âme vogue ailleurs.
La pièce est de Cassavetes, assurément. Elle aurait pu s'intituler Une femme sous influence, Love Streams ou Faces. "J’ai remarqué que les gens qui ont été aimés, ou qui ont le sentiment d’avoir été aimés, semblent mener une existence plus complète, plus heureuse. Tout mon travail, que ce soit pour le théâtre ou pour le cinéma, a eu un rapport avec les diverses formes de cet amour. Une Femme Mystérieuse traite d’un segment inexploré de notre société, qu’on appelle les sans-logis, les SDF, les poivrots, les clodos - parce que c’est tellement plus facile de coller des étiquettes que de s’intéresser aux individus" notait-il en présentation de sa pièce, en 1986.
Est-ce la douce et envoûtante folie de son personnage central ou la collision avec des personnalités tantôt banales tantôt fantasques, toujours est-il que ce théâtre déborde d'humanité, comme un coeur trop gros a besoin de se déverser en larmes, en rire, en baisers. Paumés ou détruits, ces êtres se laissent fasciner par cette errante égarée dans les méandres d'un passé confus. De ces riches mondains à ces retraités opulents et oisifs, des anonymes qui l'ignorent aux commerçants qui l'agressent, elle reste digne, intègre, décente. "Cette résistance dont elle fait preuve, contre le conformisme, contre le catalogage, contre les illusions et les facilités, en fait progressivement une véritable héroïne - une héroïne de nos sociétés sans axe."
L'humour n'est pas en reste et la répartie lui sert d'arme pour désarmer les plus réticents à son charme. Entière et incorruptible, elle est lucide sur son âge, floue sur ses intentions. Les scènes se suivent, comme les rencontres. Les lieux changent habilement avec trois fois rien, l'atmosphère est à chaque fois très bien rendue.
Chaque lieu est habité par Myriam Boyer - Molière de la meilleure comédienne en 1998 pour Qui a peu de Virginia Woolf, et accessoirement mère de Clovis Cornillac - qui fait oublier Gena Rowlands instinctivement, instantanément. Il y a quelques mois Marie-Christine Barrault s'efforçait en vain, en en faisant des tonnes, de (se) la jouer dans Opening night. Ici, nulle imitation. A la fois femme, mère et fille, elle incarne une dame qui, troublée par le moindre reflet du passé, a perdu le sens du temps. Mais elle n'a pas oublié les sensations simples. C'est ce qui la rend attachante et sublime : capable de renvoyer un homme trop dragueur comme une bimbo trop belle, apte à délirer sur la grand mère de Jésus, déterminée à embrasser un jeune agent de voyage.
Si tout n'est pas constant (cependant justifié puisque l'inconstance caractérielle est le sujet même de la pièce), il faut souligner que ce passage (de 25 minutes, "une pièce dans la pièce" affirme le metteur en scène) où le jeune employé se métamorphose en comédien au chômage et toréador fantasmé est certainement la plus remarquable. Peut-être ya-t-'il une raison, inconsciente, puisqu'il s'agit finalement d'explorer ce qu'il y a au delà de notre enveloppe charnelle, au delà des apparences. Une raison dans la déraison qui dissipe alors le mystère, sans rien expliquer de manière grossière. A Woman of Mystery est l'histoire d'une femme; elle ne vit (vibre) que pour l'amour. La seule chose qui transcende nos routines de citadins, qui transgresse les barrières sociales.

- vincy    


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