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Octobre 2006

THE BOONDOCKS : MEURS, HOLLYWOOD!
Negro spirituel

The Boondocks, Tome 6
Meurs, Hollywood!, de Aaron Mac Gruder
éditeur : Dargaud. diffusé dès le 22.09.06

Les comic strips, ces BD quotidiennes qui tiennent l'humeur du dessinateur en 3 cases, ne sont pas que drôles ou absurdes. Garfield, Peanuts (Charlie Brown et Snoopy) ou encore Andy Capp ont laissé la place à un humour plus politique, et même corrosif, entre satire idéologique et caricature scénarisée. Depuis les années 90, Dilbert, Over the Hedge (Nos voisins les hommes en version DreamWorks pour le grand écran) et The Boondocks ont pris la parole par le crayon. L'entreprise, l'écologie et d'un point de vue général la société américaine avec tous ses défauts en prennent plein leurs cases. Créés en 1996 sur le web, devenus héros de papiers dans The Source (mag de hip hop), puis dans 350 quotidiens américains plus habitués à des gags animaliers consensuels, Sony fait de The Boondocks une série TV animée. Aaron Mac Gruder, leur auteur, traite de racisme, de politique, de rap et ... de cinéma. Le Tome 6, compilation des comics publiés entre mai et octobre 2001, s'intitule d'ailleurs "Meurs, Hollywood!". Terrible sentence (hilarante tant elle semble définitive). Il s'agit d'une drôle d'époque, pas drôle. Mac Gruder songeait à stopper le feuilleton. L'élection de Bush puis les attentats du World Trade Center et du Pentagone (qui se déroulent pendant ce Tome 6) le contraignent à continuer.
Mélangeant réflexions sur le show biz, rêves et utopies, impuissance de l'individu et importance de la parole, McGruder est le dernier héraut de la lutte contre l'injustice. C'est cérébral et politiquement peu consensuel. Ici, en quelques cases on assassine la médecine occidentale corrompue par le capitalisme (Michael Moore jubilerait) à l'admiration "énorme" pour Internet, par exemple toutpeuttuer.com où toutes les causes mortelles existantes sont répertoriées.
Le succès du strip provient de cette alternance entre sujets lours et choses légères, problèmes graves de société et digressions décalées sur la télé, la musique et le ciné. Le 7e Art n'est pas vraiment "valorisé". Eddie Griffin (comédien inconnu en France mais populaire outre Atlantique) est considéré comme le rebut de la culture de masse. Très sarcastique, pas forcément comique, souvent corrosif, ces boondocks ne machent pas leurs mots pour exprimer leurs maux. Ils ssont toujours ancrés dans une réalité, une actualité qui tendent un miroir à la société du moment. Diffusés dans des journaux, le comic strip prend ainsi tout son sens, pas loin du dessin caricaturiste. Parfois, les références sont trop américaines, ignorées du lecteur européen. Mais dans sa majorité, les sujets abordés sont universels, avec un angle d'attaque ethnique ou critique.
"- D'autres rêves prémonitoires la nuit passée?
- Je crois, j'essaie de me rappeler. Ah ouais! A la fin, je regardais Star Wars épisode 2 (pas encore sorti, NDLR) dans une salle de cinéma.
- C'était comment?
- Pathétique.
" Chris Tucker (et Rush Hour 2), Mario van Peebles (et le casting d'Ali), Vivica A. Fox (et tous les mauvais films noirs de ces dernières années)... Il y a une forme de nostalgie et d'amertume qui se dessine sous les sourcils très sérieux de notre jeune héros. "Quel désert cinématographique! Je me souviens de l'époque où on ressortait transcendés des salles obscures!" Mais à quoi bon puisque c'est George W. Bush qui est censé transfigurer cette Amérique qui se prend pour L'Empire qui contre-attaque.
"Les derniers sondages ont montré que le président bénéficiait toujours du soutien du peuple américain."
Et Huey, sa mine sombre des mauvais jours : "Aaaaaahhhh !!! Je vais avoir des cauchemars toute la nuit."

- aristo-fan    


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