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 (c) Ecran Noir 96 - 17


Octobre 2006

SI TU MOURAIS...
La place du mort

Si tu mourais, de Florian Zeller
me.s. de Michel Fagadau ; Comédie des Champs-Elysées
à partir du 15 septembre ; abonnement cinq scènes (Atelier, Gaité Montparnasse, Madeleine, Studio des C.E.)
avec Catherine Frot, Robin Renucci, Bruno Putzulu, Chloé Lambert
Texte de la pièce

La pièce est composé de saynètes, ponctuées de petites piques qui nous sortent de l'ennui. Comme ces bulles en fin de page dans les bandes dessinées. Elles allègent notre souffrance ou font un peu monter la tension par un habile twist. L'auteur est malin, il ne le sait que trop.
Mais ce puzzle censé nous perdre causera surtout l'abîme de la pièce de Zeller. Si tu mourais, malgré son conditionnel hypothétique, est dépourvu d'imagination, tourne rapidement en rond, et révèle vite son absence de fond. A l'image de ce design épuré, noir et blanc, froid, impersonnel. Tout semble virtuel. Le décor ne cache pas la misère de ce romantisme de pacotille. Il y a dans cette banale histoire d'adultère bourgeois et inutilement compliquée, la révélation d'une pensée limitée par son héritage social. Rien d'original, encore moins d'audacieux. La masturbation dramaturgique n'est qu'un exercice de style inachevé de début d'année en cette rentrée théâtrale. On a du mal à croire qu'un écrivain confirmé comme Zeller ait pu accouché de tant de vacuités. Les rares tirades un peu profondes ont tellement peur de ne pas être comprises, d'échapper à ce public désormais druckerisé, qu'on nous les détaille vulgairement comme on expliquerait un monologue de Shakespeare en Terminale.
Les bons mots deviennent ainsi des prétextes à trop de mots. Le bavardage l'emporte sur le silence. On se force à sourire pour se dire que nous ne sommes pas là pour pleurer. La vérité combat avec véhémence le secret. Le rationnel veut trop se justifier au détriment du mystère. Entre Sous le sable (Ozon) et Tableau de famille (Ozpetek), l'histoire est déjà vue, récemment. Le deuil aurait mérité plus de pudeur, moins de grotesque.
D'autant que si Putzulu hérite d'un rôle ingrat et le joue mal, si Renucci est étonnamment transparent dans sa posture hétéro macho, si Lambert a trop de faux airs de Réali, cette comédie dramatique ou drame insolent sombrerait clairement dans une forme d'abstraction dégénérée. Ni franchement comique, ni tragiquement noire. Un théâtre caricatural. L'aliénation n'est pas neuve, et la folie n'a rien de bien transcendant. Pas de quoi produire du spectacle vivant avec ce mort qui revient hanté les planches.
Il faut donc tout le talent et la grâce de Catherine Frot pour que cet hymne post-mortem au mari défunt, élégie amère et quête d'un absolu sans retour, se mue en agréable moment. Mise en lumière avec tact. Monologues et dialogues narrés à la perfection. Gestes précis et voix perceptible. Catherine Frot est en apesanteur dans cette histoire sans densité. Fil conducteur de ce démembrement familial, elle contient tous les doutes et toutes les peurs de cet abandon qui la terrifie. Et d'ailleurs, finalement, elle s'abandonne, pour un public, naturellement conquis.
Car elle a été la plus forte : si Zeller a laissé tomber tous les masques pour essayer de tout savoir sur des personnages binaires, la comédienne a préféré brouiller les pistes et garder le masque. Ultime mystère. Intime et familière. Elle est restée intérieure et pas peu fière de son coup. Se disant certainement : si ils savaient...
Ce que nous savons : sans elle, la pièce aurait été une variation existentialiste trop légère, qui aurait pu s'intituler "Et si c'était vrai..."

- vincy    


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