LE VOYAGE DE G. MASTORNA

HARRY POTTER - L'EXPOSITION

PASOLINI ROMA

CARO/JEUNET

LES PIXELS DE PAUL CEZANNE

GOSCINNY ET LE CINÉMA




  A-C  D-K  L-O  P-Z







 (c) Ecran Noir 96 - 17


Mars 2007

TINTIN AU CINEMA
RG (Renseignements généraux) autour d’une adaptation

Dans les années 60, tandis que Tintin devenait « mondial » (car traduit) et la BD populaire, il y eut l’idée saugrenue d’en faire des films de cinéma. Les aventures n’étaient pas des adaptations mais des scénarii originaux. Cinématographiquement ratés, sans doute trop attachés à l’illustration BD, la série fit ne fit pas long feu.
Au début des années 80, Steven Spielberg engagea des négociations avec Hergé. Sans le savoir l’amorce de cette confiance allait coïncider avec la fin de la saga. Hergé allait mourir vite, laissant deux consignes : que personne ne touche ou ne prolonge à cette œuvre, que Tintin puisse vivre sur s’autres supports. Il y eut donc des dessins animés pour la télévision, bientôt un musée en Belgique. Et depuis quelques semaines, la confirmation d’un Tintin au cinéma, produit par Steven Spielberg, 25 ans après le début des négociations.
Dans Indiana Jones, il y a du Tintin. Mais dans Tintin il y a tout Hergé. Le passionné d’art moderne comme le lecteur amateur de philosophie, le solitaire dépressif comme le pédagogue. « Il fait une œuvre dans laquelle il peut s’impliquer, où il aborde des sujets personnels comme la folie, le suicide » explique le psychanalyste Serge Tisserand. En cela il s’adresse à toutes les générations. Il y a les gags naïfs pour les enfants et des lectures plus complexes pour les adultes. Dans ses histoires, il intégrait toute sa documentation, sa vision du monde de l’époque. «Hergé ne s’est jamais posé comme un auteur pour la jeunesse », explique Benoît Peeters, «et n’a jamais considéré la BD comme un art mineur.»
Il avait des principes et une haute idée de lui-même. Lors d’un grand trou noir, il adressa une lettre respectueuse et explicative à sa lecture : une analyse de sa propre dépression. Il revendiqua le genre hebdomadaire, annexant des grilles de lecture de son histoire. Chaque planche devait se justifier, indépendamment des autres. Si l’œuvre s’avérait candide, et même exhibitionniste tant elle le rendait transparent, elle est aussi authentique. Peeters justifie même ces choix rigoristes a posteriori. « Ca préserve Tintin dans son unicité, dans un secteur de plus en plus mercantile. » Elle ne s’est pas diluée avec d’autres dessinateurs, d’autres scénaristes.
Si le feuilleton est davantage un rythme télévisé, les albums en font un « pitch » idéal pour une franchise à la James Bond. D’autant qu’Hergé, allergique à l’idée d’une vie posthume de son héros, désirait ardemment qu’il touche d’autres générations, d’autres territoires, qu’ils vivent à travers d’autres supports. Mais la question de l’adaptation se pose alors. «Ce qu’on peut craindre c’est le livre à partir du film, c’est-à-dire un faux album» avoue Serge Tisserand. De nombreuses rumeurs et suggestions se mélangent mais tout le monde s’accorde sur le fait de sortir « du littéral ». Il faut «garder l’essence plutôt que de se préoccuper du chapeau de Tournesol. » En modernisant les personnages on peut résoudre le problème de l’impossible ressemblance (à moins d’être sponsorisé par un gel cheveux), la désuétude des relations humaines ou des costumes ou même des rapports politiques. On murmure ainsi un mélange d’images d’animation virtuelle pour certaines séquences et Milou (Spielberg aurait montré des essais pour convaincre de cette possibilité technologique). Mais surtout Tintin deviendrait une fille androgyne, manière de répondre au problème de la femme et de la sexualité du personnage (sans relief à tous points de vue). Une Winona Ryder répliquerait ainsi à un Capitaine Tom Hanks.
Tintin devrait être la star de la fin de cette décennie. La tentation financière depuis les succès d’Astérix ou des « comics » américains était irrésistible. L’ancien studio créé par Spielberg, DreamWorks, désormais filiale du groupe média Viacom (Paramount), a mis la main sur cette pré-production. Si le succès est au rendez-vous, le reporter le plus célèbre de la bande dessinée sera décliné en série. Pour l’instant ce projet est surtout flou. Quel livre serait adapté ? Il y a 23 œuvres adaptables et le premier épisode devrait coûter 100 millions de dollars.

- aristo-fan    


boutique Tintin