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Mars 2008

TENDRE JEUDI
Des sardines et des hommes

Tendre jeudi, de John Steinbeck
Adaptation et dramaturgie : Mathieu Bauer et Irène Bonnaud
Mise en scène : Mathieu Bauer
Avec : Marc Berman, Sylvain Cartigny, Alain Demoyencourt, Judith Henry, Richard Sandra, Georgia Stahl, Martin Selze, Arthur Simon, Stan Valette
Musique originale : Mathieu Bauer (batterie, percussions), Sylvain Cartigny (guitares, banjo), Arthur Simon (trompette, claviers), Stan Valette (sampler)
Scénographie et lumières : Jean-Marc Skatchko
Création le 15 juin 2007 à Avignon; tournée à Arras, Tarbes, orléans, Montreuil, Amiens, Dijon, Lorient, Sète

En adaptant Steinbeck, les Sentimental Bourreau continuent leur virée dans les bas-fonds de la société. Ici, la scénographie, toujours aussi spectaculaire, nous immerge immédiatement dans ce port improbable, qui suinte l’huile, la bière, les odeurs de merguez. Précaires et clochards, putes et chercheurs pathétiques, la communauté de la rue de la Sardine à Monterrey, Californie, a la générosité et l’humanité de ces gens qui n’ont rien et qui peuvent tout donner. Le propos est violemment politique sous ses allures romanesques. La pièce n’est pas seulement tendre pour les jeudis, elle l’est aussi pour les laissés pour compte. L’empathie est immédiate pour ce groupe de marginaux, adeptes de l’entre aide. Sur fond d’histoire d’amour, ce ballet étrange évoque une société qui peut ne compter que sur elle-même.
Malgré la toile de fond dramatique, la troupe continue de proposer spectacle après spectacle un divertissement riche et profond. Le mouvement perpétuel s’allie aux scènes figées pour rendre l’ensemble très vivant. L’absurdité de certains dialogues contribue fortement au « dépaysement ». Ils réutilisent aussi certaines de leurs thématiques, qui nous rende la pièce si vite familière : le hasard, le jeu, les amours impossibles, l’aspiration individuelle, le besoin du collectif. La recherche de l’Eden. La musique, ingrédient essentiel de leurs créations, nous envoûte et nous happe.
Mais Tendre jeudi est aussi une déclaration d’amour au cinéma. Au-delà des images mouvantes ou fixes qui enrobent le décor et nous donnent la tonalité de la scène, le 7e art est omniprésent. Le déroulé final compile des baisers nostalgiques où l’on revoit James Stewart et d’autres légendes. Cette imagerie datée, impressionnante contraste évidemment avec l’expression du spectacle vivant. Mais, harmonieusement, des années 30 américaines aux années 2000 en Seine Saint-Denis, l’écho se fait naturellement.
Nous ignorons ce qu’il nous en restera. Mais un texte est un texte. Des auteurs mixeront peut-être celui-ci à d’autres envies. Après tout, lors d’un bal costumé thématisé autour de Blanche Neige, cela ne choque personne d’y voir Dracula…

- vincy    


Pièces des sentimental Bourreau  - Nouveau Théâtre de Montreuil  - site de la troupe