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 (c) Ecran Noir 96 - 17


Octobre 2008

TROUBLE DE L'EVEIL
Nocturne parisien

Troublé de l'éveil, roman
Emmanuel Pierrat, éditions Fayard
185 pages

Emmanuel Pierrat, avocat réputé, essayiste, traducteur, éditeur, récemment élu municipal, et romancier… Cette intense activité professionnelle a un secret : il dort peu, à peine trois heures par jour. Il ne s’agit ni d’insomnie, ni d’une contrainte. L’homme « subit » cette « anormalité » depuis son plus jeune âge. Il n’est pas commun en effet de dormir si peu, et d’avoir à reposer son corps tout en faisant travailler son cerveau.

Dans "Troublé de l’éveil", un récit intime, essentiellement nocturne, le conteur raconte comment l’on vit avec cette « tare ». L’impossibilité d’une vie à deux, l’incapacité de s’éterniser dans les mondanités, la nécessité d’un travail organisé… Par petits chapitres, autant de scénettes ironiques, introspectives, impressionnistes, nous partageons son goût du voyeurisme, ses souvenirs exotiques, ses sensations de noctambule, ses racines dans la banlieue rouge, sa détestation des « créatures » frivoles… Page 113, il ouvre un autre pan de sa vie en robe de chambre : le cinéma. Piètre cinéphile. Tel est le titre du chapitre. Il nous immerge dans Open Water, un thriller horrifique américain sorti durant l’été 2004. « Les films d’horreur, en particulier de monstres en tout genre, affectionnent particulièrement les scènes nocturnes. Mon goût pour la cinéphilie de série B – voire Z – tient-il à mon trouble ? » Car en effet l’auteur a une prédilection pour les films « à dormir debout ». Loin des goûts chics cinématographiques de ses amis de la rive gauche parisienne. Car ici pas de Nuit du chasseur. Ses plaisirs coupables, de ceux qu’on hésite à avouer, se portent sur des films de genre, navets qui deviennent culte (au sein d’une communauté bien spécifique) et parfois d’avant-garde quand la cinémathèque les diffuse dans un programme « cohérent ».

Mauvais comédiens mais grosses bestioles pullulantes ou sales sauriens dégénérés. Scénarii pourris mais zombies, vampires, mutants qui font bondir du fauteuil. Requins ou autres monstres des abysses vous gâchant une croisière idyllique. Volontés de détruire le petit confort bourgeois ou de saccager l’innocence d’adolescents, de toute façon prêts à tous les vices. Peu importe les faibles moyens financiers ou les effets spéciaux nazes, Emmanuel Pierrat leur trouve des circonstances atténuantes. Leur capacité à distraire, à hanter, comme les enfants aiment s’endormir sur des contes cruels où la méchante sorcière vient troubler la paix, mais ne perturbe pas le réveil.

Alors que d’autres préfèrent évoquer Mankievicz ou s’inventer un dialogue psychanalitique avec Marilyn, le romancier Pierrat anoblit un cinéma souvent méprisé. Le fantastique, de la science-fiction à l’horreur. Rappelant que Jules Verne appartient à cette famille.

- aristo-fan    


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