LE VOYAGE DE G. MASTORNA

HARRY POTTER - L'EXPOSITION

PASOLINI ROMA

CARO/JEUNET

LES PIXELS DE PAUL CEZANNE

GOSCINNY ET LE CINÉMA




  A-C  D-K  L-O  P-Z







 (c) Ecran Noir 96 - 17


Avril 2010

MAISON DE POUPEE
FAU ET USAGE DE FAU

Maison de poupée, d'henrik Ibsen
Mis en scène par Michel Fau
avec Audrey Tautou, Michel Fau, Pascal Elso, Sissi Duparc, Nicolas Woirion, Flore Boixel
Théâtre de la Madeleine, Paris
jusqu'au 27 mai 2010

Une Maison de poupée est un classique d’Henrik Ibsen, joué de façon récurrente sur les planches parisiennes. Créée il y a 131 ans, la pièce n’a pas pris une ride tant son message sur l’émancipation des femmes reste, tristement, d’actualité. Le texte a aussi inspiré le cinéma, de Maurice Tourneur à Joseph Losey en passant par un téléfilm de Rainer Werner Fassbinder.

La version proposée par le metteur en scène Michel Fau, qui joue aussi l’insupportable et arrogant mari Thorvald, est confrontée cet hiver à une autre adaptation, au Théâtre des Amandiers à Nanterre, avec Larina Foïs dans le rôle de Nora. Fau a préféré choisir Audrey Tautou, qui fait ici ses premiers pas sur scène.

Pièce en trois actes, elle se révèle tour à tour comique (et criarde), angoissée et tragique. Sa superficialité du début, qui rappelle un peu sa candeur dans Vénus Beauté ou son insouciance dans Amélie Poulain, fait place à un personnage plus évanescent avant de se teinter de la gravité nécessaire face au choix qu’elle va faire. Pour qui ne connaît pas le texte, le miracle aura bien lieu, mais pas celui que l’on attendait. Le réveil, aussi douloureux soit-il, n’est rien d’autre qu’une épreuve cathartique où la vérité explose le couple, mais pas comme on l’imaginait.

Tandis que Nora étouffe dans son carcan d’épouse baladée entre ses erreurs du passé, sa morale confrontée à la Loi des hommes, et son apparente vanité, les murs du salon se rétrécissent. Le bal des fantômes s’accélère aussi. Elle qui rayonne n’attire que des gens au visage macabre : le médecin qui la courtise, son créancier qui la fait chanter, cette ancienne amie désespérée et prête à tout, sa bonne, immuable et robotique. Tous ces rôles n’ont rien de secondaire et sont bel bien habités par leur comédien. Seul son mari semble s’agiter avec vitalité.

Tautou et Fau forment un couple complémentaire. Elle est aussi gracieuse qu’il est banal. Elle semble aussi sotte qu’il paraît raisonné. Mais le final nous détrompera. Lasse de ses fanfreluches et de ses caprices, elle viendra à nous sobrement, expliquer sa décision. A nue. Elle y met son cops et son âme. L’oiseau est déplumé mais la rage est perceptible.

Grâce à ce texte vivant, ses rebondissements vaudevillesques, ses références bergmaniennes, Une maison de poupée est un divertissement séduisant, dépourvu d’ennui. Telle une pièce légère, elle n’oublie jamais l’intensité vers laquelle elle pointe. A l’instar de son héroïne qui passe de la frivolité à l’exigeant sacrifice qu’elle fera. Entre temps elle aura dansé une tarentelle, danse de transe, qui lui permettra d’évacuer son passé…

On l’accompagne ainsi à travers ses soubresauts, de la gaieté aux absences, de la réflexion à la lucidité. La poupée se libère et nous avec, intensément piégé par ce discours féministe toujours aussi percutant.

Tautou n’est pas Dominique Blanc, mais elle apporte justement une grâce, une sensibilité, une fantaisie qui sait nous séduire.

- aristo-fan    


Théâtre de la Madeleine  - Audrey Tautou