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 (c) Ecran Noir 96 - 17


Octobre 2010

BRUNE / BLONDE
In the Hair

exposition à la Cinémathèque française
du 6 octobre 2010 au 16 janvier 2011
accompagnée d'un livre (Skira-Flammarion)
une programmation de films, six conférences, un documentaire "Brunes et blondes, la chevelure au cinéma
et aussi un coffret DVD Brune/Blonde

Brune, Blonde, … ou même Rousse : la nouvelle exposition de la Cinémathèque française met en scène la chevelure, féminine, à travers 90 ans de cinéma. Car une nuque révélée grâce à un chignon élégant ou une crinière platine tombant en cascade en dit parfois plus qu’un dialogue. Brossés, noués, ornés, dénoués, voilés, lâchés, agités, dévoilés, coiffés avec soin, faussement défaits : le cheveu au cinéma n’a plus rien de figé (sculpture, photographie, peinture). Il est une transition essentielle vers le personnage (dans la loge). Il est une des illustrations du rôle, rendant la femme candide ou fatale, good or bad, sensuelle ou rigide. Il est une forme de vie.

Comme un kaléidoscope ne zoomant que sur une partie du corps, ce foisonnement de cheveux nous ferait presque tourner la tête. Nous pénétrons dans cet étrange cabinet des curiosités capillaires avec une jeune fille balançant ses longs cheveux noirs le temps d’une marche interminable, au ralenti, de nuit. Millenium Mambo, de Hou Hsiao-hsien. Shu Qi nous invite tout au long de l’exposition à passer d’une pièce à l’autre. Des couvertures de Elle démontrent le lien entre l’actrice, sa représentation, sa coiffure. 5 fois Deneuve. Icône de l’expo, l’actrice, la seule à rivaliser avec les stars américaines dans les années 60, celle dont une couleur blonde porte son nom, a été l’incarnation des métamorphoses, mais aussi celle du fantasme bunuelien. Belle de jour. Le cinéaste espagnol est l’un des plus présents dans les extraits. Son cinéma puisait dans deux arts qui ont transcendé les cheveux : la peinture et la littérature. Les photos de Man Ray lui font aussi écho. Dorléac et Deneuve en demoiselles dédoublées (le châtain et la blonde), le mythe Bardot, Marilyn platine qui vampe Russell la brune. Neuf écrans qui font côtoyer Rita Hayworth qui joue de sa rousseur ondulée et Juliette Lewis qui met une perruque blonde. Le cheveu comme seul mouvement cinématographique, comme unique geste visuel d’un plan. Comme s’il s’agissait d’une racine du 7e art. Peu importe la couleur. Brune et blonde, noir et blanc.

En y regardant de près, les cheveux courts de Louise Brooks, le blond platine d’une Jean Harlow, la coiffure sans attaches de Bardot, icône française, ou la coupe androgyne de Jean Seberg font écho à leur époque : émancipation de la femme, volonté d’allumer le désir du spectateur. Le cheveu a un pouvoir érotique. Il revendique aussi le pouvoir que les femmes ont sur les hommes en imposant une image de la femme qui varie avec le temps et les continents. Les cheveux sombres gagnent démographiquement la bataille avec ces belles comédiennes venues d’Inde, de Chine, d’Espagne, du métissage mondial. Mais le blond fascine encore et toujours. Les hommes préfèrent sans doute les blondes mais les brunes ne comptent pas pour des prunes. Pour Hitchcock, « la parfaite femme à mystères doit être blonde, subtile et nordique ». Pour le Maître du film à suspens, il est le symbole de la métamorphose. Qu’on les coupe ou qu’on en change la couleur, il participe à l’évolution psychologique du personnage. Bien sûr les blondes n’ont pas toujours été les gentilles et les brunes les garces. Les rôles se sont intervertis au cours du dernier siècle. Dans Persona (Ingmar Bergman) et les films de David Lynch, la même femme oscille entre dédoublement et fusion selon sa couleur. Le cheveu est identité. On peut même le scarifier comme chez Dreyer (Jeanne d’Arc).

Et si Godard et Antonioni semblent inspirer le commissaire Alain Bergala, on regrette quelques oublis flagrants : Agnès Jaoui en blonde, Casque d’or, Vanessa Paradis en brune, Mogambo avec la brune Ava et la blonde Grace, les délires capillaires de Hairspray ou la coiffure de Princesse Leia. Comble de l’oubli : les cheveux aux vent de la femme jalouse en moto dans Femmes au bord de la crise de nerfs.

Mais avec le « cat fight » de Fanny Ardant et Catherine Deneuve dans Huit femmes, Brune / Blonde s’achève sur une opposition qui fusionne. Alors Edward aux mains d’argent nous guide vers six courts métrages produits par l’occasion et signés, entre autres par Pablo Trapero, Abderrahmane Sissako, Isild Le Besco et Abbas Kiarostami.

- aristo-fan    


La cinémathèque française