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Octobre 2010

KISS THE PAST HELLO : LARRY CLARK, ETERNEL ADO
Mysterious skills

Autour de l’exposition
Rencontre avec Larry Clark le 8 octobre au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris.
Rétrospective des films de Larry Clark, en sa présence, à la Cinémathèque française , du 8 au 11 octobre.
Leçon de cinéma le 9 octobre.

Infos pratiques Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
11 avenue du Président Wilson 75116 Paris
Tél : 01 53 67 40 00
Du 8 octobre au 2 janvier. Exposition interdite aux moins de 18 ans.

Quel dommage que tout ait commencé par une polémique au fort parfum de censure (voir notre article). Comme souvent en pareil cas, on est a posteriori surpris que la rétrospective Larry Clark au Musée d’art moderne ait déclenché une telle polémique. Presque déçus. Bien sûr, on retrouve l’univers de l’artiste : adolescence, drogue, sexe, armes à feu… mais sur les 200 photos présentées, moins d’une dizaine ont pu être la cause de cette interdiction aux moins de 18 ans. A moins de vouloir isoler les adolescents dans une bulle chaste et pudique où n’existent ni nudité, ni drogue, et où les enfants naissent dans des choux. On se gausse d’autant plus qu’à l’heure d’internet, tout est accessible en un clic de souris. Indéniablement, ceux qui ont vu dans les photos de Larry Clark de quoi effaroucher la jeunesse des années 2010 ne la connaissent pas. Qu’on les laisse à leurs fantasmes et à leurs peurs…

La rétrospective, intitulée « Kiss the past hello », joue sur l’expression anglaise qui signifie « faire du passé table rase ». Ici, il s’agit de « dire bonjour » au passé, et par là même de revenir aux origines. C’est pourquoi Larry Clark, qui a été partie prenante dans l’élaboration de l’exposition, a choisi d’ouvrir la première salle avec quelques images issues du studio familial où sa mère réalisait des portraits d’enfants ou d’animaux domestiques. Dès l’âge de 14 ans, Larry a été son assistant, apprenant ainsi peu à peu les ficelles du métier. Il en gardera un goût pour les photos bien faites, séduisantes, et un profond rejet de l’artificialité.

Entre 1962 et 1971, l’artiste photographie sa vie quotidienne et celle de ses amis. Cela donnera le portfolio Tulsa, marqué par la violence, la drogue et l’ennui. Une série de petits formats sobrement encadrés de noir s’alignent sur plusieurs murs. On y retrouve des visages mélancoliques, des scènes de shoot, l’utilisation d’armes à feu. L’une de ces images s’intitule Accidental gunshot wound. On voit un jeune homme étendu, un air de profonde douleur sur le visage. Il y a du sang sur des chiffons. Sa compagne se tient le visage. Et au premier plan repose l’arme qui n’est pas plus grande qu’un jouet. Dans une autre série, une jeune femme enceinte se fait un shoot. Sur la photo suivante, il ne reste qu’un cadavre de bébé dans un cercueil. Images-choc, c’est vrai, qui témoignent d’une réalité peu glorieuse de cette Amérique des années 60. Exactement l’objectif de Clark : montrer ce dont on ne parle pas.

On découvre également des images plus joyeuses qui donnent l’impression d’un journal intime illustré. C’est l’époque Teenage Lust, au début des années 80. Les visages sont plus heureux, presque apaisés. La nudité comme la sexualité semblent non seulement assumées mais parfaitement décomplexées. Les corps et les regards sont beaux, captés sans voyeurisme, avec une spontanéité palpable.

Plus loin, un mur accueille une juxtaposition de portraits qui donnent l’impression d’une pellicule déroulée image par image. Larry Clark a demandé à ses modèles de poser en studio dans des postures évoquant le suicide (un revolver sur la tempe, une corde autour du cou, une lame de rasoir à la main…) et a choisi de garder toutes les prises. On voit ainsi se succéder les poses dans une recherche à la fois esthétique et sociologique, comme si Larry Clark avait essayé de compiler chacune des multiples facettes de ses acteurs.

A côté, des portraits de skaters, en couleur cette fois, semblent leur répondre. Un nouvel univers, abordé par le photographe avant le tournage de Bully. C’est à ce moment-là qu’il rencontre Jonathan Veslasquez à qui est consacrée la dernière salle de l’exposition. Pendant sept ans, Larry Clark a suivi le jeune skater et rocker latino. Il lui a consacré un film, Wassup rockers, et de nombreuses images. On voit Jonathan grandir, s’épanouir d’une adolescence un peu boudeuse à l’âge adulte. Ici, il n’est plus question ni de sexe, ni de drogue, mais juste de ce passage mystérieux d’une étape de la vie à une autre.

Pour compléter l’ensemble, Larry Clark a sorti de ses archives un film 16mm tourné en 1968 sur la vie des toxicomanes de Tulsa. Il a également réalisé un collage spécial, mêlant coupures de journaux, griffonnages et photographies : Obama côtoie Marylin Monroe et un dalmatien, de jeunes couples y font l’amour, un kleenex usagé est emballé dans un sac plastique, comme un indice, et ainsi de suite. Évocation de l’adolescence par l’artiste, encore et toujours.

Aussi, si l’on ressort avec une légère frustration, ce n’est pas à cause du contenu des images, mais plutôt du manque qu’elles révèlent en creux. Peut-être parce que le portrait que Larry Clark livre de ses personnages est plus complet et plus saisissant dans son œuvre cinématographique, on a ici l’impression de les effleurer superficiellement. A voir ces visages, ces corps, ces regards, on voudrait faire un bout de chemins avec les modèles, connaître leur vie, en bref les voir s’animer.

Heureusement, preuve que la vie est bien faite, les deux versants de l’œuvre de l’artiste se complètent admirablement bien : en sortant du Musée d’Art moderne, il suffit donc de se précipiter à la Cinémathèque (rétrospective des films de Larry Clark jusqu’au 10 octobre) ou au pire chez son marchand de dvd, pour prolonger le voyage devant Ken Park, Bully ou Kids.

- MpM    


Rétrospective à la cinémathèque  - Musée d'art moderne de Paris  - Retour sur la polémique