LOUIS DE FUNES

IL ÉTAIT UNE FOIS SERGIO LEONE




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Septembre 2013

LE VOYAGE DE G. MASTORNA
Epopée inachevée

Le Voyage de G. Mastorna
de Federico Fellini
Traduit de l’italien par Françoise Pieri
Editions Sonatine, 200 pages, parution en septembre 2013

Federico Fellini, dont on « célèbre » les vingt ans de sa mort cette année, aura laissé un étrange manuscrit à son éditeur en 1966 : Le voyage de G. Mastorna. Ecrit, annoté, corrigé, modifié, le scénario avait finalement failli se tourner. Après des divergences artistiques avec son producteur Dino de Laurentiis, des frictions sur le choix des acteurs, « Il Maestro » tenait son grand film sur la mort, en opposition à son hymne pour la vie, La dolce Vita. Entre temps, Fellini avec tourné le géant 8 ½ et Juliette des Esprits. La veille du tournage tant attendu, le cinéaste tombe malade. Y voyant un signe, persuadé qu’il allait mourir, Fellini abandonne le film. Tout juste acceptera-t-il de transformer son scénario en BD vingt ans plus tard. Ironiquement, à la fin du premier volume de la série, une erreur d’impression intègre le mot « Fin » en bas de la dernière page du premier volume. Fellini, toujours superstitieux, n’ira pas au delà dans l’aventure.

Les éditions Sonatine ont décidé de publier le scénario le plus abouti du Voyage de G. Mastorna (le 12 septembre dans toutes les bonnes librairies réelles ou virtuelles). Mastroianni en violoncelliste, assis, à côté du réalisateur : la couverture ouvre une porte sur notre imaginaire. Celui-ci va s’épanouir avec les mots de Fellini. Loin du scénario classique, il se lit comme un roman, entre Borges et Kafka, loin de Dante, à la fois baroque et absurde. Chaque phrase stimule nos neurones et le livre se métamorphose en un film invisible. L’évidence des situations, des dialogues, les mouvements des images et les décors : tout se déroule dans nos têtes, sans faire le moindre effort.

Ça aurait pu être un film formidable. Mélancolique et nostalgique, existentialiste et fou, drôle et « merveilleux, merveilleux » comme le dit son héros à la fin pour définir la vie. Car l’au-delà chez Fellini, laïc revendiqué, n’a rien de l’enfer ou du paradis, n’est en rien binaire ou illuminé. C’est un joyeux bordel où le temps est distordu, l’espace surréaliste, où tout se mélange, pauvres, riches, amis oubliés, ennemis rancuniers… La vie après la mort n’est rien d’autre que le reflet de la vie sur terre. L’essentiel, le spirituel, est ailleurs. La peur de la mort, le déni même de cette rupture avec la vie, traverse toutes les scènes à travers un personnage qui était dévitalisé avant même le crash de son avion. La peur de la mort n’est autre que la résultante d’une absence de vie, d’amour, de passion. Mourir en paix requiert, selon lui, d’être authentique, sincère avec soi-même. Ne pas se mentir, ne pas se cacher, ne pas fuir.

Le crash de l’avion qui transporte Mastorna, en prologue du film, s’avère alors comme un électrochoc pour déclencher une parabole, où le personnage va sombrer dans les limbes de son inconscient, comme un comateux se faisant psychanalyser.
L’écriture, belle et puissante, nous embarque dans une épopée romanesque, mais, évidemment, frustrante : quel film cela aurait pu être ! Contentons nous de la lecture et laissons les rêves de Fellini nous envahir.

Nota bene ; quelques autres livres sortent pour le trentenaire de la mort du Maestro : "Federico Fellini the complete films" (Taschen),parfaite synthèse à 10 euros de l’œuvre du cinéaste italien ; "Giuletta Masina : la muse de Fellini", de l’écrivaine cubaine Zoé Valdès, avec Dominique Delouche et Jean-Max Méjean (éditions Tour verte) ; "Et Fellini fonda Rome…" de Julien Neutres (le Cherche midi), regard illustré sur les liens entre la capitale romaine et celui qui l’a mythifié, ou l’inverse.

- vincy