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Février 2005

LETTRE D'UN PSYCHANALYSTE A STEVEN SPIELBERG
De l'idée qu'il faut snobber Spielberg pour se croire érudit

Lettre d’un psychanalyste à Steven Spielberg; par Jean-Jacques Moscovitz
Ed. Bayard- Légendes- 253 pages

Dès la première page j’ai senti le choc,
C’est du french-psycho ce n’est pas du toc

(Merci Nougaro).

La suite prouve qu’il faut s’accrocher pour décortiquer tous les grands clichés Lacano-Freudien qui défilent s’entrechoquent et deviennent récurrents dès la moitié du livre.
Pourtant le départ est assez concret avec la mise en question de la dualité Vérité/Imaginaire (Réalité/Fiction). Mais la discussion est moins claire que lors du Festival de Locarno (voir critique précédente). En fait l’auteur se dévoile lentement en se demandant s’il faut tout montrer ou s’il ne faut rien imaginer. Par exemple pour lui les studios Dreamworks “fabriquent rêves et mythes”. Moscovitz dissèque surtout les films suivants de Spielberg: Duel, Hook, la Liste de Schindler, Jurassic Park, E.T., Amistad, Minority Report et Intelligence Artificielle. Ils sont tous rattachés au concept du rapport Père/Fils (la Mère n’étant qu’une génitrice ou une beauté presque fatale), au thème du rapport Intime/Politique (Singulier/Collectif) et à la Shoah. Cette ci est récurrente tout au long de la lettre qui aurait pu être sous-intitulé “Sous le signe de la Shoah”.
En fait, en lisant (et parfois en relisant ) le texte votre serviteur s’est posé les grandes questions suivante: faut-il imputer à Spielberg toutes les idées et les intentions développées par l’auteur? Pourra-t-il seulement y rérondre? En particulier tous les films (autre que La Liste de Schindler) ont-ils vraiment un rapport avec l’holocauste? Sont-ils tous axés sur le rapport enfant/adulte? Pour Moscovitz E.T. est un père (centre du monde) et son doigt est celui dictant la Loi de Dieu (Pourquoi Moïse n’est pas cité?). Ce qui apparaît tout de même génant c’est que l’auteur n’écrit nulle part qui était son père.
L’obsession, légitime, de l’auteur face aux crimes nazis l’amène à réinterpréter, voire à réécrire, les films. Seul Shoah de Lanzmann trouve à peu près grace à ses yeux. Mais a Vita è Bella est une pantalonnade (Benigni serait-il calamiteux?); la Petite Prairie aux Bouleaux est mal réalisé (M; Loridan, ancienne déportée, n’aurait-elle rien vu?); Train de Vie n’est qu’une fiction; le Pianiste de Polanski est trop beau; et Amen.” rend le spectateur complice de la jouissance des nazis et se complait dans le voyeurisme (Costa-Gavras serait-il un faciste caché?). Mais cette fameuse jouissance empêcherait-elle à dégoûter ne serait-ce qu’un seul spectateur qui se lèverait en criant: “Salauds!”? Malheureusement on refera pas le monde avec un film. Depuis que les tribus existent elles ne pensent qu’à s’exterminer ou à dominer et coloniser: Indiens d’Amérique, Noirs d’Afrique, Blancs d’Europe, des Etats-Unis et d’Asie; Jaunes de Chine, du Japon du Vietnam, du Laos et de Corée… (liste non exhaustive). Sans oublier les Juifs rejetés et/ou persécutés en Egypte, Espagne, Italie, Russie,…
Donc les films de Spielberg contiennent tous les germes des crimes nazis: le camion-train de Duel n’est autre qu’un train de déportés; Jurassic Park est la mise en oeuvre du “biopouvoir” donc le rattachement aux horribles expériences en médecine des médecins allemands. La liste de Schindler devient pour Moscovitz “la liste”. Il faut supprimer le nom, car se sont des noms Juifs qui ont été attaqués et détruits. Le “happy end” enfin, est très mal venu car il efface tout le drame. Mais l’auteur n’a pas un mot pour dénoncer les extrémistes religieux et laïcs qui sévissent depuis quelques temps dans la communauté Israélienne (Auront-ils un “happy end”?).
Moscovitz aurait aimé un film parfait ne démontrant que la Vérité sur l’ampleur de la Shoah, qui pour lui ne “supporte aucun débat”. Il reconnaît, cependant, qu’il y a un “impossible à représenter”. Malheureusement un tel film, si on peut le produire, ne sera distribué que pour des audiences réduites. Car pour faire passer un tel message il faut, à notre époque, des scénarii, des images et des dialogues habilement construits. Enfin, l’auteur aurait pu aller rire un peu avec 1941 et s’évader en oubliant ce pauvre monde avec Indiana Jones. Mais il aurait encore retrouver les mêmes thèmes; par exemple les wagonnets de la mine pourraient s’identifier au camion-train de Duel.
En conclusion, les passionnés de spychanalyse et de discussions sur les intentions (cachées ou non) de Spielberg pourront se procurer ce livre, tout de même assez difficile à ingérer. Mais il y a trop de questions et trop d’omissions pour qu’il soit complet.
- harry stote    


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