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Février 2005

GEORGE DELERUE DE ROUBAIX A HOLLYWOOD
Ne tirez pas sur le pianiste...

Georges Delerue de Roubaix à Hollywood , par Vincent Perrot
Eds. Carnot (Musiques et Cinéma), 254 pages.

Georges Delerue (né en 1925) est fils d’ouvrier, ce qui n’a rien de déshonorant. Dès son plus âge il VEUT faire de la musique. Malgrè ses ennuis de santé, il eut un parcours et un destin fulgurant. Sa première chance fut le second directeur du Conservatoire de musique de Roubaix (A. Desenclos) qui comprit ses énormes dispositions. On pense à Billy Elliot et à son professeur de piano. (Tous deux finiront en apothéose). Plus pointu encore, Delerue, en 1945, rencontre Line Renaud à Lille, il ne la reverra qu’en 1985 à …Los Angelès. Quelle boucle!
Pour comprendre la vie de ce compositeur follement prolifique V. Perrot à bien mis en évidence toutes les étapes de sa carrière. En 1945, ayant déjà écrit une messe, une suite orchestrale et sachant jouer de quatre instruments, il entre au Conservatoire de Paris où il rencontre P. Boulez et G. Calvi. Il écrit encore des compositions multiples (concerto). En 1947 il obtint un prix à Rome. En 1948, son grand maître fut D. Milhau qui fut la seconde chance de sa vie, car il lui fit connaître J. Vilar pour le Festival d’Avignon. Mais il fut, à contrecœur, élève d’O. Messian. Par contre J. Marion (compositeur d’A. Hunebelle) lui fit découvrir la musique de cinéma. (Delerue fera la musique d’”Oscar” après le décès de Marion). Dans le même temps il accroît sa maîtrise musicale en devenant chef d’orchestre.
1948-1950 furent deux années décisives. D’abord avec le théâtre avec les festivals d’Avignon et de Nîmes (Vilar et Hermantier) et la scène (Vieux Colombier, Babylone) (Hermantier et Sartre). Puis avec la musique d’un film documentaire (il composa de 1950 à 1990 pour 150 courts et moyens métrages). Enfin il rencontra son premier véritable ami, Boris Vian qui allait marquer la suite de son inspiration musicale (musique de “J’irai cracher sur vos tombes”). 1952 marque ses débuts pour la télévision (170 compositions par la suite: France, Angleterre et Etats-Unis). En 1954 il compose des chorégraphies, des musiques de théâtre, de spectacles Son et Lumière et même des publicités. Il part à l’assaut du cinéma en devenant chef d’orchestre (Nuit et Brouillard). Cependant il fut troublé par la “musique sérielle” de Boulez qui, pour lui, ne convenait que rarement à l’image. Enfin les années 1959-1969 marquent sa première grande époque avec près de 80 compositions de longs métrages (dont 17 avec de Broca, dont Les Jeux de l’Amour en 1959 et Le Diable par la Queue en 1969). Mais concernant la nouvelle vague, Delerue considéra qu’après les 400 Coups et A bout de Soufle le reste fut difficile à avaler. V. Perrot consacre alors trois chapitres aux relations Delerue/Godard (Le Mépris et le thème de Camille); Delerue/Truffaut (Tirez sur le Pianiste, Le Dernier Métro); Delerue/Malle (Maria,Maria).
C’est en 1964 que Ken Russel le fit connaître Outre Manche (Musique de Don’t shoot the Composer) et qu’il fut contacté par F. Zinnemann (Le train sifflera trois fois pour mémoire). Mais ayant peur de l’avion il ne part pas aux Etats-Unis.
La période 1970-1980 est celle où sa participation au cinéma est plus faible (46 titres). Cela est dû à la concurrence de la télé (baisse de la fréquentation des salles de cinéma) et aux contraintes budgétaires qui restreignaient le financement de la partition musicale. Paradoxalement il reçoit 3 César et 1 Oscar. Il pense alors vraiment à partir pour Hollywood pour savoir si il pourrait s’y exprimer pleinement. Il y débarque en 1981 et ce fut le choc; on le considérait en vrai professionnel. Il s’y installe en 1985 et obtint même la nationalité Américaine. Entre 1981 et 1992 il composa pour 72 films américains et français. Mais il ne put faire Germinal qui aurait marqué son retour dans sa province natale; En 1992 il compose Le Concerto de l’Adieu pour le film Dien Biên Phu. Etait-ce prémonitoire, car il décède la même année. Sa femme et tous ses amis sont en accord pour déclarer qu’en travaillant trop il s’est ruiné la santé. En fait, sa frénésie de composition permanente le rendait heureux (Colette Delerue).
En conclusion, son départ fut une grande perte. Car ce fut encore une brillante personnalité que la France n’a su garder. Cela s’explique par les conditions dans lesquelles les compositeurs sont considérés (et payés) en France. Alors que pour Delerue la musique était un personnage supplémentaire au sein du film, beaucoup de producteurs la considérait comme un élément rapporté. C’est fâcheux et cet état d’esprit n’a encore guère évolué aujourd’hui.

P.S.: Outre la Filmographie (courts, moyens et longs métrages et télévision) une Annexe répertorie se Musiques de Scène (1948-1983); ses Opéras (1954-1975); ses Ballets (1953-1996); ses Sons et Lumières (1954-19-88); ses Musiques de Concert (1949-1991); et ses Chansons (1961-1990). Le livre est aussi illustré par de nombreuses photographies.
- harry stote    


BOF, le dictionnaire de la musique de film