courts metrages

Les Pinces à linge

France/1997/Fiction/35mm/1.66/20’
Réalisation : Joêl Brisse
Production : Magouric
Scénario : J. Brisse
Image : P. Lagriffoul
Son : O. Le Vacon
Montage : C. Krassovsky
Interprétation : Melchior Beslon, Elie Tazartes, Canaan Marguerite, Elodie Da Roza, Tristan Bonnargent, Isabelle Nyssen, Serge Chevalier, Natacha Laborde, Olivier le Vacon, Alain Gouvernayre.
Carrière : Prix du public Belfort 1997, nommination César 1999
Filmographie : premier film

Note d’intention

J’ai découvert un jour les photos d’Eugène Bavcar photographe aveugle et j’ai eu envie d’écrire cette histoire. Je suis peintre et la lumière inaccessible à l’adolescent du scénario peut prendre une dimension symbolique, ce que nous cherchons tous à atteindre et qui nous fera toujours défaut, ce lieu, cette source où enfin le sens nous apparaîtrait. De plus il me semble que l’adolescence est le moment exacerbé où l’on ressent tout l’écart entre notre désir d’harmonie et ce qu’il va falloir affronter.

J’aimerais que le spectateur puisse se projeter dans ce personnage d’aveugle, c’est pourquoi les hors-champ devront avoir beaucoup d’importance dans le film ainsi que le son qui sera particulièrement soigné, voire exagéré pour que l’attention du spectateur se porte sur des bruits qu’il ignore d’ordinaire.

J’ajoute que, bien entendu, l’acteur sera un vrai aveugle, car il me semblerait injuste de faire jouer ce rôle par un voyant.

Le film se déroule dans une toute petite ville, le paysage et la lumière sont déterminants dans le film, on doit sentir le rapport physique de l’aveugle avec l’immensité dupaysage.

Synopsis

Alban est aveugle. Entre la maison familiale et l’école, il a organisé sa vie pour qu’elle puisse paraître presque normale. Il impose son handicap avec ironie, sa pulsion de vie est plus forte que tout. Ce cadeau qui lui est offert dans la cour de l’école lui fait comprendre que toutes les faces de la vie ne lui seront pas accessibles. Il devra les apprivoiser et même les réinventer pour qu’elles trouvent leurs places dans son monde intérieur.

Les Pinces à linge

Scénario

Séquence 1

Dans la cour de l’école :

Un garçon d’environ 14 ans est assis sur un banc, le visage légèrement relevé. Il est vu d’assez loin. Au premier plan des silhouettes traversent l’écran dans tous les sens comme des oiseaux.

On entend des cris, des voix, un brouhaha.

On est près de lui, il a la tête fixe, il regarde devant lui, légèrement en l’air. Il sourit, il parle. Il apostrophe d’autres enfants que l’on ne voit pas. On comprend qu’il est aveugle. Il parle à une élève que l’on ne voit pas :

  • Marie Luce quand tu cours il paraît que t’as les genoux en dedans, c’est Simon qui me l’a dit.

Une jeune fille se met à courir après un autre garçon tout en parlant à celui qui est assis.

  • et toi alors ? quand à toi tu va voir !
  • j’ai rien dit, c’est pas vrai ! salaud Alban dit celui qui s’enfuit.
  • moi il paraît que j’ai les pieds écarté mais ça me gène pas, répond Alban, il rigole et crie :
  • Boudard, Boudard, eh ! Jean François tu m’entends ? si tu chopes Cogniet fous y un coup de pied de ma part !

Les enfants continuent à courir dans tous les sens.

On est très près de son visage, il est concentré sur les bruits de la cour. Bizarrement les bruits ont diminué, on n’entend plus qu’un murmure et quelques voix. Il tourne la tête à gauche et à droite pour entendre mieux et comprendre ce qui se passe.

  • Buze, oh Buze ! ma petite Buze viens, qu’est-ce qui se passe ? oh ! ?

Une petite fille arrive en courant, essoufflée, impatiente d’y retourner

  • C’est Choll il a un truc
  • C’est quoi ? attend !
  • Un truc qui brille dans le noir
  • Attend, remorque moi
  • Allez grouille

Elle le prend par la main et l’entraîne vers un groupe d’enfants.

Les enfants sont regroupés, ils forment comme une meule de foin ou une hutte, ils sont recouverts de leurs manteaux . On les entend parler doucement à l’intérieur.

Petite Buze lâche Alban qui écarte deux enfants et se glisse entre eux, il disparaît dans le groupe.

A l’intérieur de la hutte, dans l’obscurité, on voit apparaître la tête d’Alban entre les deux élèves. Il se glisse entièrement à l’intérieur, juste en face de Choll qui tient un objet brillant dans sa main.

  • qu’est-ce que c’est ? demande-t-il
  • c’est du phosphore, répond Choll qui a tout du premier de la classe avec ses lunettes
  • quoi ? du phos…
  • les particules de phosphore captent la lumière du jour et peuvent la restituer dans le noir.
  • ah ouaih, fais voir, je peux la toucher ? Il la prend
  • j’te l’échange
  • t’es fou c’est précieux
  • j’te l’échange contre quelque chose
  • qu’est-ce que t’as à me donner ?
  • j’ai ça.

Il est de dos, on voit le visage de Choll et des autres enfants. Il approche la main de son visage et saisit son œil de verre. Tous les visages des autres enfants sont stupéfaits. Il pose son œil dans la main de Choll épouvanté. Tous s’écartent et rompent la meule. Choll reste en plan, la main le plus loin possible de lui-même. Il est dégoutté de tenir cet œil.

  • j’en veux pas, j’en veux pas, reprend le, déconne pas merde. Il se met à crier.
  • s’il te plaît reprend ton œil

Il a une grimace d’horreur, ses yeux ne peuvent se détacher de l’œil comme s’il était obligé de tenir un énorme insecte.

  • je te le laisse, il n’éclaire pas, même le jour.

On entend la sonnerie qui annonce la fin de la récréation. Tous les enfants courent se mettre en rang sauf Choll planté, la main en avant, tenant l’œil et Alban qui voudrait bien rejoindre les autres.

Monsieur Passabosc, l’un des professeurs, intervient :

  • qu’est-ce qui ce passe ?
  • m’sieur, m’sieur Alban veut pas reprendre son œil !
  • un échange c’est un échange, m’sieur
  • Alban, arrête tes excentricités et reprend ton œil, dit le professeur, il prend l’œil et le donne à Alban qui rend la broche.
  • va le passer sous l’eau et remet le, rentrez en classe les autres.

 

Séquence 2

Les élèves rentrent dans la classe.

Alban passe entre deux rangées de tables, on le voit compter les tables, une, deux, trois, quatre, il étend alors le bras et laisse passer sa main sur les seins et le visage de Marie Luce. Elle s’énerve :

  • t’es chiant Alban !
  • excuse moi.

Elle se lève et lui met une tape sur la tête.

- excuse moi, merde, je t’ai dit excuse moi !

Il s’assoit avec un léger sourire.

- tu le fais exprès

  • non j’te jure. Alban touche sur la table devant lui, sur sa machine à écrire en braille, une feuille.
  • c’est quoi ?
  • la photo, lui répond Simon, son voisin.
  • ch’ui où, ch’ui où ? Il passe les doigts sur les visages, il gueule :
  • ch’ui où ?
  • on se calme, dit le professeur, on range soigneusement la photo et on sort son cahier de math.
  • t’es là. Simon prend le doigt et le pose sur la photo.
  • fais un trou en dessous avec ton compas, demande Alban.

Simon sort son compas et perce la photo, il lui rend.

  • ah ouaih, vas y encore sous la tête de Marie Luce

Simon refait un trou. On entend la voix de Passabosc quicommence le cours de math, à voix basse Alban demande à Simon de percer la photo sous la tête de Passabosc, sous la sienne celle de Simon, de petite Buze et puis sous celle de Choll car il est vraiment trop con. Simon fait les trous, il dit :

  • en haut à gauche, c’est Marie Luce, à côté, la Buze, en dessous à droite, Passabosc et Choll, en bas c’est nous.
  • Alban et Simon taisez vous !

 

Séquence 3

Simon et Alban reviennent de l’école à mobylette, Simon conduit, derrière, Alban tient la photo et passe le doigt sur les trous, il demande :

  • il fait nuit ?
  • non pas encore.
  • arrête toi !
  • encore
  • allez, s’te plaît arrête toi

Il s’arrêtent, Simon regarde le soleil qui descend sur l’horizon, Alban demande :

  • alors il touche ?
  • non pas encore, tu fais chier !
  • il en est loin ?

Simon soupirant met son doigt devant lui et ferme un œil, il dit :

  • un doigt, Marie Luce, elle a de ces miches !
  • je les touche quand je veux dit Alban
  • ouaih mais toi t’en profites
  • je profite de quoi moi ?

Le soleil est pratiquement sur l’horizon.

  • il touche presque, … si je fais la même chose que toi elle me tue, … il touche !
  • t’as qu’à essayer.
  • t’es dingue, y a que toi à qui elle dit rien.
  • elle dit rien ! ! ? putain !
  • il descend…c’est long aujourd’hui.
  • OK, on y va.

Ils démarrent , ils roulent, Alban a le visage tourné dans la direction du soleil. Le soleil a presque disparu derrière l’horizon, ils arrivent à la maison d’Alban. Il descend de la mob, il suit le mur de la maison et se dirige vers le portail.

  • allez salut, oh merde j’ai oublié d’enregistrer le résumé d’histoire.

Il se retourne et ouvre son cartable.

  • lis le moi, dit-il.

Simon arrête la mob et sans en descendre lit le résumé qui parle de Jeanne d’Arc à Chinon quand elle reconnaît le roi. Alban assis sur le mur enregistre avec un petit magnéto. Puis Simon remet sa mob en marche et démarre.

  • salut Albâtre.
  • salut Simone.

Il commence à faire sombre, le soir tombe de plus en plus. On est un peu plus éloigné d’eux, Simon a allumé le phare de la mob, on voit la petite lueur rouge qui s’éloigne sur le chemin. Alban est resté assis sur le mur, il fait presque nuit, on entend le gargouillis du magnéto qui revient en arrière puis la voix de Simon qui lit le résumé, à nouveau le gargouillis du magnéto et encore la voix de Simon, et encore le gargouillis… la lumière diminue de plus en plus.

 

Séquence 4

Dans la cour de l’école, Alban est assis sur un banc. Tous les autres élèves sont immobiles et le regardent. Il prend un malin plaisir à attendre, Marie Luce attend elle aussi, puis Alban dit :

  • …Boucher attrape…petite Buze ! ! !
  • oh non ! dit petite Buze qui part en courant poursuivie par un gros élève.

Tous les autres crient " Boucher bouffe la Buze ! " Le gros la rattrape et la fait prisonnière. Tous restent à nouveau immobiles.

  • Fioretti attrape…Marie Luce.

Les autres crient " fiorette bouffe la Luce "

Simon court mais n’arrive pas à attraper Marie Luce.

Deux trois adultes rentrent dans la cour. Les professeurs qui discutaient se pressent vers eux, ils se serrent la main, et se dirigent tous vers le milieu de la cour. Le directeur tape dans ses mains et dit à voix haute :

  • les enfants ! les enfants s’il vous plaît !

Ils s’arrêtent de jouer et écoutent, Passabosc reprend et dit :

  • les enfants ! Monsieur le maire va remettre son cadeau au meilleur élève du semestre ! Monsieur le maire…
  • c’est avec beaucoup de plaisir que je viens parmi vous , vous savez j’ai étudié dans cette même école. C’est un très beau cadeau que la municipalité a décidé d’offrir et j’espère que celui qui l’a mérité l’utilisera pour faire des choses magnifiques, alors Monsieur le directeur ? dites nous à qui je vais le donner ?

Celui-ci regarde son cahier et dit :

  • eh bien sans discussion, il s’agit…d’Alban Ballucar.
  • Ah c’est Alban ? ! ?… ah, ah très bien.

Le maire a l’air embêté, comme s’il y avait quelque chose qui cloche, il fait des signes d’impuissance aux professeurs qui ne comprennent pas ce qui se passe. Passabosc intervient :

  • il faut dire qu’il a une sacrée mémoire.

Le maire se décide :

  • bon ben Alban voilà ton cadeau.

Il s’approche du banc où Alban est assis et lui donne le colis, tous les autres enfants se pressent autour d’Alban. Il ouvre le paquet pendant que le maire discute avec l’instituteur en faisant des gestes, il sort un appareil photo.

Le professeur s’approche et dit :

  • Alban si tu veux , Monsieur Le maire a dit qu’il pouvait changer le cadeau.
  • non m’sieur, c’est parfait, j’en voulais un depuis longtemps.

Les enfants retournent jouer, les adultes discutent, Simon propose :

  • j’te l’échange contre ma radio si tu veux ?
  • non, non je le garde.

Il fait semblant de prendre une photo.

 

Séquence 5

Intérieur de la maison d’Alban , la lumière passe par la fenêtre et dessine un rectangle sur le sol. Alban arrive et s’arrête en pleine lumière, il se tourne face au soleil, il tient son appareil, il le lève et au jugé il prend une photo. A l’écart, la mère le regarde d’un air dubitatif.

 

Séquence 6

Non loin de la maison, au milieu du chemin, Alban face au soleil prend une photo, on entend le bruit d’une mobylette qui se rapproche.

Il tourne la tête vers le bruit. Une voix crie de loin : (le spectateur doit, au court du film, être souvent dans la situation d’Alban, entendre sans voir).

  • oh qu’est ce que tu fous ! ?
  • tu le vois bien.

Simon arrive avec sa mob, il se dresse sur les pédales et il tourne doucement autour d’Alban.

  • qu’est ce que tu fous demain ?
  • je vais à Gourville.
  • tu viens pas au match ?
  • c’est le matin que j’y vais.
  • l’après-midi on joue contre St Andréole.
  • vous allez encore perdre.
  • arrête, ils sont derniers.
  • tu joues quoi ?
  • dans les buts, Christophe est malade.
  • ouah putain ! ! !
  • arrête, j’ai joué contre Sauve, on a gagné.
  • n’importe quoi.
  • ta gueule eh , je t’écrase.

Simon fait semblant d’écraser Alban, il freine et s‘arrête en bousculant Alban avec sa roue avant.

  • t’es con ! putain ! OK mais tu viens me chercher.
  • OK j’y vais , y a ma sœur qu’est lư.
  • la grosse ?
  • ouaih putain.

Simon démarre et s’en va, Alban se tourne face au soleil et fait une autre photo.

 

Séquence 7

Une voiture se gare sur la place d’une petite ville. La mère d’Alban descend, il descend lui aussi. Sa mère contourne le véhicule et elle le prend par le bras. Ils rentrent chez le photographe.

  • bonjour m’sieur, je viens chercher mes photos.
  • salut Alban, ben je les ai pas tirées la pellicule est toute noire.

Silence

  • tu as du photographier face au soleil.
  • ben ouaih justement…mais il faut les tirer quand même.
  • c’est inutile Alban on verra rien.
  • si si , je veux voir les photos.

Marie Luce entre dans le magasin :

  • salut Alban.
  • Marie Luce.

Le photographe s’adresse à sa fille :

  • Marie Luce dis à Alban que si sa pellicule est toute noire, c’est qu’y a rien dessus.

Alban insiste :

  • je payerai, m’man tu payeras ?

Marie Luce regarde Alban.

  • papa, si Alban le veut, tu dois tirer les photos.
  • d’accord, comme vous voudrez.
  • merci Marie.
  • je te les amènerai au match, cet aprème, hein p’pa ? t’y vas ?

Le père fait la grimace, Alban fait signe que oui de la tête. Sa mère l’entraîne hors du magasin :

  • ce que tu peux être têtu, il est gentil le père de Marie Luce.
  • ouaih, heureusement qu’elle était là.

 

 

Séquence 8

Au stade, le match est commencé, Alban regarde. Simon encaisse encore un but, Alban enfonce la tête dans les épaules, pendant que le maigre public siffle le goal. Marie Luce arrive vers lui :

  • y a combien ?
  • cinq zéro.
  • Pour qui ?
  • pour eux.
  • ah ben dis donc ! oh là là, il vient d’échapper le ballon, c’est comme à l’école, il passe toujours à trois millimètres.
  • c’est pas de sa faute d’habitude, il est remplaçant.
  • tiens j’ai tes photos, il fallait s’y attendre elles sont toutes blanches.
  • qu’est ce que tu crois, je le savais.
  • ah bon !

Il les met dans sa poche.

  • mon père a dit que c’était pas la peine que tu payes.
  • elles sont toutes blanches et alors ? ma mère ira payer !
  • ça va, t’énerve pas.
  • je m’énerve pas, j’te remercie la Luce.
  • m’appelle pas comme ça.
  • j’te remercie Marie Luce, tu vois ça mérite même un petit baiser.
  • non merci, ça va.
  • tu veux pas parce que tu m’aimes pas.
  • t’es chiant Alban.
  • c’est parce que j’chui…
  • mais non !
  • ah tu vois !
  • mais si.
  • et ben dis le.
  • quoi ?
  • dis le, Alban je t’aime.
  • t’es malade.
  • qu’est ce que je disais !
  • si tu m’emmerdes plus.
  • ouaih j’te jure.
  • Alban je t’aime bien.
  • hein ? tu veux pas enlever le bien.
  • non.
  • bon alors une dernière fois avec.

Marie Luce secoue la tête en soupirant.

  • Alban je t’aime bien, t’es content ? merde t’es givré putain !
  • ouaih, ouaih !

Il sourit, au même moment l’équipe locale marque un but et une clameur s’élève autour d’eux, il crie très fort :

  • ouaih !

 

Séquence 9

Simon et Alban roulent à mobylette sur le chemin qui mène chez Alban. Il conduit et Simon en tenue de football, tout crotté, est assis derrière sur le porte bagage. Simon, de la voix, guide Alban :

  • doucement ! aïhyayaïh ! ! ! à droite, oh la la ! un petit peu à gauche, à gauche, pas tant, reviens, voilà tout droit, on a passé le cerisier, c’est bon, non, non à gauche, à gauche ! Freine, Freine… ! ! ! 

Ils se renversent dans un champ.

  • j’ai eu la trouille.
  • et moi alors ?… tiens t’as perdu tes photos.

Simon les ramasse, il s’assoit à côté d’Alban qui était resté assis par terre, la mob couchée non loin d’eux, il regarde les photos :

  • elles sont toutes blanches.
  • oui je le savais.

Ils restent en silence.

  • Alban tu t’en souviens du blanc ?
  • J’sais pas, c’est bizarre, une vague sensation.
  • et pour les autres couleurs ?
  • c’est pareil, j’y arrive un peu … si je pense à l’extincteur au fond de la classe ou à la voiture du facteur…et toi si tu ferme les yeux tu y arrives ?

Simon ferme les yeux, … il réfléchit. Ils restent assis en silence, côte à côte, Simon les yeux fermés, Alban les yeux ouverts, ils restent un moment comme ça.

  • putain j’y arrive pas ! ! ! dit Simon… silence

 

Séquence 10

Intérieur de la chambre d’Alban, il fait nuit, la pièce est dans l’obscurité, seulement éclairée par la lumière de la lune. On devine Alban assis sur son lit. On entend sa voix …

  • tu m’aimes Marie Luce ?

puis le gargouillis du magnétophone qui fait marche arrière. On entend à nouveau la voix enregistrée cette fois :

  • tu m’aimes Marie Luce ? … silence… Alban je t’aime bien.

C’est la voix de Marie Luce, à nouveau le gargouillis du magnéto, puis à nouveau :

  • … je t’aime bien, gargouillis … je t’aime…

Il stoppe le magnéto, bruit de bouton…silence…gargouillis, encore le bruit du bouton, le magnéto tourne :

  • tu m’aimes Marie Luce…silence… Alban je t’aime…silence.

La silhouette d’Alban se lève, enfile un pantalon, un pull et sort de la chambre. Il traverse l’obscurité de la salle à manger, le couloir et sort dans la cour de la maison. Il s’assied dehors, reste ainsi en silence, on entend tous les bruits de la nuit, le vent , un chien qui aboie, les oiseaux nocturnes, les chauves souris, les insectes, très doucement l’image blanchit jusqu’à ce que l’écran soit blanc.

 

FIN

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ECRAN NOIR

Joël Brisse
Né en 1953 à Vichy
Ecole des Beaux Arts de Clermont Ferrand
Peintre et sculpteur, expose régulièrement en France et à l’étranger.
Vit et travaille à Paris.




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