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Les Pinces à linge
Note dintention Jai découvert un jour les photos dEugène Bavcar photographe aveugle et jai eu envie décrire cette histoire. Je suis peintre et la lumière inaccessible à ladolescent du scénario peut prendre une dimension symbolique, ce que nous cherchons tous à atteindre et qui nous fera toujours défaut, ce lieu, cette source où enfin le sens nous apparaîtrait. De plus il me semble que ladolescence est le moment exacerbé où lon ressent tout lécart entre notre désir dharmonie et ce quil va falloir affronter. Jaimerais que le spectateur puisse se projeter dans ce personnage daveugle, cest pourquoi les hors-champ devront avoir beaucoup dimportance dans le film ainsi que le son qui sera particulièrement soigné, voire exagéré pour que lattention du spectateur se porte sur des bruits quil ignore dordinaire. Jajoute que, bien entendu, lacteur sera un vrai aveugle, car il me semblerait injuste de faire jouer ce rôle par un voyant. Le film se déroule dans une toute petite ville, le paysage et la lumière sont déterminants dans le film, on doit sentir le rapport physique de laveugle avec limmensité dupaysage.
Alban est aveugle. Entre la maison familiale et lécole, il a organisé sa vie pour quelle puisse paraître presque normale. Il impose son handicap avec ironie, sa pulsion de vie est plus forte que tout. Ce cadeau qui lui est offert dans la cour de lécole lui fait comprendre que toutes les faces de la vie ne lui seront pas accessibles. Il devra les apprivoiser et même les réinventer pour quelles trouvent leurs places dans son monde intérieur.
Séquence 1 Dans la cour de lécole : Un garçon denviron 14 ans est assis sur un banc, le visage légèrement relevé. Il est vu dassez loin. Au premier plan des silhouettes traversent lécran dans tous les sens comme des oiseaux. On entend des cris, des voix, un brouhaha. On est près de lui, il a la tête fixe, il regarde devant lui, légèrement en lair. Il sourit, il parle. Il apostrophe dautres enfants que lon ne voit pas. On comprend quil est aveugle. Il parle à une élève que lon ne voit pas :
Une jeune fille se met à courir après un autre garçon tout en parlant à celui qui est assis.
Les enfants continuent à courir dans tous les sens. On est très près de son visage, il est concentré sur les bruits de la cour. Bizarrement les bruits ont diminué, on nentend plus quun murmure et quelques voix. Il tourne la tête à gauche et à droite pour entendre mieux et comprendre ce qui se passe.
Une petite fille arrive en courant, essoufflée, impatiente dy retourner
Elle le prend par la main et lentraîne vers un groupe denfants. Les enfants sont regroupés, ils forment comme une meule de foin ou une hutte, ils sont recouverts de leurs manteaux . On les entend parler doucement à lintérieur. Petite Buze lâche Alban qui écarte deux enfants et se glisse entre eux, il disparaît dans le groupe. A lintérieur de la hutte, dans lobscurité, on voit apparaître la tête dAlban entre les deux élèves. Il se glisse entièrement à lintérieur, juste en face de Choll qui tient un objet brillant dans sa main.
Il est de dos, on voit le visage de Choll et des autres enfants. Il approche la main de son visage et saisit son il de verre. Tous les visages des autres enfants sont stupéfaits. Il pose son il dans la main de Choll épouvanté. Tous sécartent et rompent la meule. Choll reste en plan, la main le plus loin possible de lui-même. Il est dégoutté de tenir cet il.
Il a une grimace dhorreur, ses yeux ne peuvent se détacher de lil comme sil était obligé de tenir un énorme insecte.
On entend la sonnerie qui annonce la fin de la récréation. Tous les enfants courent se mettre en rang sauf Choll planté, la main en avant, tenant lil et Alban qui voudrait bien rejoindre les autres. Monsieur Passabosc, lun des professeurs, intervient :
Séquence 2 Les élèves rentrent dans la classe. Alban passe entre deux rangées de tables, on le voit compter les tables, une, deux, trois, quatre, il étend alors le bras et laisse passer sa main sur les seins et le visage de Marie Luce. Elle sénerve :
Elle se lève et lui met une tape sur la tête. - excuse moi, merde, je tai dit excuse moi ! Il sassoit avec un léger sourire. - tu le fais exprès
Simon sort son compas et perce la photo, il lui rend.
Simon refait un trou. On entend la voix de Passabosc quicommence le cours de math, à voix basse Alban demande à Simon de percer la photo sous la tête de Passabosc, sous la sienne celle de Simon, de petite Buze et puis sous celle de Choll car il est vraiment trop con. Simon fait les trous, il dit :
Séquence 3 Simon et Alban reviennent de lécole à mobylette, Simon conduit, derrière, Alban tient la photo et passe le doigt sur les trous, il demande :
Il sarrêtent, Simon regarde le soleil qui descend sur lhorizon, Alban demande :
Simon soupirant met son doigt devant lui et ferme un il, il dit :
Le soleil est pratiquement sur lhorizon.
Ils démarrent , ils roulent, Alban a le visage tourné dans la direction du soleil. Le soleil a presque disparu derrière lhorizon, ils arrivent à la maison dAlban. Il descend de la mob, il suit le mur de la maison et se dirige vers le portail.
Il se retourne et ouvre son cartable.
Simon arrête la mob et sans en descendre lit le résumé qui parle de Jeanne dArc à Chinon quand elle reconnaît le roi. Alban assis sur le mur enregistre avec un petit magnéto. Puis Simon remet sa mob en marche et démarre.
Il commence à faire sombre, le soir tombe de plus en plus. On est un peu plus éloigné deux, Simon a allumé le phare de la mob, on voit la petite lueur rouge qui séloigne sur le chemin. Alban est resté assis sur le mur, il fait presque nuit, on entend le gargouillis du magnéto qui revient en arrière puis la voix de Simon qui lit le résumé, à nouveau le gargouillis du magnéto et encore la voix de Simon, et encore le gargouillis la lumière diminue de plus en plus.
Séquence 4 Dans la cour de lécole, Alban est assis sur un banc. Tous les autres élèves sont immobiles et le regardent. Il prend un malin plaisir à attendre, Marie Luce attend elle aussi, puis Alban dit :
Tous les autres crient " Boucher bouffe la Buze ! " Le gros la rattrape et la fait prisonnière. Tous restent à nouveau immobiles.
Les autres crient " fiorette bouffe la Luce " Simon court mais narrive pas à attraper Marie Luce. Deux trois adultes rentrent dans la cour. Les professeurs qui discutaient se pressent vers eux, ils se serrent la main, et se dirigent tous vers le milieu de la cour. Le directeur tape dans ses mains et dit à voix haute :
Ils sarrêtent de jouer et écoutent, Passabosc reprend et dit :
Celui-ci regarde son cahier et dit :
Le maire a lair embêté, comme sil y avait quelque chose qui cloche, il fait des signes dimpuissance aux professeurs qui ne comprennent pas ce qui se passe. Passabosc intervient :
Le maire se décide :
Il sapproche du banc où Alban est assis et lui donne le colis, tous les autres enfants se pressent autour dAlban. Il ouvre le paquet pendant que le maire discute avec linstituteur en faisant des gestes, il sort un appareil photo. Le professeur sapproche et dit :
Les enfants retournent jouer, les adultes discutent, Simon propose :
Il fait semblant de prendre une photo.
Séquence 5 Intérieur de la maison dAlban , la lumière passe par la fenêtre et dessine un rectangle sur le sol. Alban arrive et sarrête en pleine lumière, il se tourne face au soleil, il tient son appareil, il le lève et au jugé il prend une photo. A lécart, la mère le regarde dun air dubitatif.
Séquence 6 Non loin de la maison, au milieu du chemin, Alban face au soleil prend une photo, on entend le bruit dune mobylette qui se rapproche. Il tourne la tête vers le bruit. Une voix crie de loin : (le spectateur doit, au court du film, être souvent dans la situation dAlban, entendre sans voir).
Simon arrive avec sa mob, il se dresse sur les pédales et il tourne doucement autour dAlban.
Simon fait semblant décraser Alban, il freine et sarrête en bousculant Alban avec sa roue avant.
Simon démarre et sen va, Alban se tourne face au soleil et fait une autre photo.
Séquence 7 Une voiture se gare sur la place dune petite ville. La mère dAlban descend, il descend lui aussi. Sa mère contourne le véhicule et elle le prend par le bras. Ils rentrent chez le photographe.
Silence
Marie Luce entre dans le magasin :
Le photographe sadresse à sa fille :
Alban insiste :
Marie Luce regarde Alban.
Le père fait la grimace, Alban fait signe que oui de la tête. Sa mère lentraîne hors du magasin :
Séquence 8 Au stade, le match est commencé, Alban regarde. Simon encaisse encore un but, Alban enfonce la tête dans les épaules, pendant que le maigre public siffle le goal. Marie Luce arrive vers lui :
Il les met dans sa poche.
Marie Luce secoue la tête en soupirant.
Il sourit, au même moment léquipe locale marque un but et une clameur sélève autour deux, il crie très fort :
Séquence 9 Simon et Alban roulent à mobylette sur le chemin qui mène chez Alban. Il conduit et Simon en tenue de football, tout crotté, est assis derrière sur le porte bagage. Simon, de la voix, guide Alban :
Ils se renversent dans un champ.
Simon les ramasse, il sassoit à côté dAlban qui était resté assis par terre, la mob couchée non loin deux, il regarde les photos :
Ils restent en silence.
Simon ferme les yeux, il réfléchit. Ils restent assis en silence, côte à côte, Simon les yeux fermés, Alban les yeux ouverts, ils restent un moment comme ça.
Séquence 10 Intérieur de la chambre dAlban, il fait nuit, la pièce est dans lobscurité, seulement éclairée par la lumière de la lune. On devine Alban assis sur son lit. On entend sa voix
puis le gargouillis du magnétophone qui fait marche arrière. On entend à nouveau la voix enregistrée cette fois :
Cest la voix de Marie Luce, à nouveau le gargouillis du magnéto, puis à nouveau :
Il stoppe le magnéto, bruit de bouton silence gargouillis, encore le bruit du bouton, le magnéto tourne :
La silhouette dAlban se lève, enfile un pantalon, un pull et sort de la chambre. Il traverse lobscurité de la salle à manger, le couloir et sort dans la cour de la maison. Il sassied dehors, reste ainsi en silence, on entend tous les bruits de la nuit, le vent , un chien qui aboie, les oiseaux nocturnes, les chauves souris, les insectes, très doucement limage blanchit jusquà ce que lécran soit blanc.
FIN |
Joël Brisse
SOMMAIRE Faire un court métrage
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