© Ecran Noir 1996-2003
 conception + réalisation: PETSSSsss
 textes: PETSSSsss - Vincy
Better Luck Tomorrow 
 
« Es-tu heureux ? Je ne sais pas. Moi je suis très heureux, je n’arrête pas... »

Si d’entrée de jeu Justin Lin choisit d’introduire dans son premier film ses personnages de façon clinquante, c’est de toute façon pour mieux décevoir le public sur la réalité de ces jeunes asian americans. Oubliées les gentilles publicités consensuelles au mercantilisme ethnique fédérateur. Quand on a les yeux bridés, on prend sagement son tour dans la file pour accéder par ordre de préférence d’exposition au rêve américain; il serait hypocrite de prétendre le contraire, n’a-t-on pas suggéré au jeune cinéaste, alors qu’il cherchait à monter financièrement son projet, de remplacer les protagonistes orientaux par des latinos (tellement plus en vogue actuellement)? Quoi qu’il en soit, Ben et ses potes étudiants rament pour s’inclure dans les rangs de l’american way of life, accédant au mythique terrain de basket plus par charité d’une pratique de quota que pour leurs réelles capacités (très bonnes au demeurant). Il leur faudra donc planquer quelques as dans leurs manches pour accélérer le processus d’intégration et se défaire du label second choix qu’on leur a collé sur le dos. Cela commence par la tricherie pour filer droit vers le banditisme usuel. En deux siècles rien n’a changé, comme dans le bon vieux far west, l’eldorado se conquiert par la force. La méthode est profondément inscrite dans les fondations culturelles de l’histoire du pays et s’applique aussi bien au quotidien que dans tous les recoins libéraux de l’économie. En route pour la belle vie donc et tant pis pour la morale. Les nouveaux goodfellas savoureront leur nouvelle existence qui a des allures de circuit touristique guidé pour mauvais garçons, avec la pute à partager à Las Vegas en guise de cerise sur le gâteau. La bande se fera rattraper par les risques du métier, la règle est immuable, mais le pire est sans doute de devoir continuer à vivre en ayant perdu son capital d’intégrité et d’innocence (la tronche pas reluisante sur la photo de promotion de fin d’études). Justin Lin de ce côté n’en est plus à la mièvrerie et son idée du rêve américain subirait probablement l’approbation du très terre à terre Larry Clark. On retrouve d’ailleurs dans la trame de Better Luck Tomorrow une situation proche de Bully puisque les jeunes délinquants se font un devoir de dessouder un membre de leur communauté, Steve. Steve pourrait être considéré par ses pairs comme un parvenu, essentiellement parce que ses parents ont réussi. Il hérite par conséquent d’une position sociale avantageuse qui lui permet de sortir des chearleaders blondes mais aussi de s’ennuyer royalement dans son univers matérialiste et luxueux. Le fortuné représente en définitif pour les autres la faillite pré annoncée de leur propre quête du bonheur initiale, la révélation des limites du monde qu’ils pensaient pouvoir investir et du vide qu’il faudra contourner pour combler ses aspirations. Justin Lin aura en tout cas concrétisé les siennes avec succès en livrant une œuvre dense et dynamique qui pourrait évoquer certaines odyssées scorsesiennes. Le projet fut essentiellement monté en autonomie avec des bouts de chandelles et énormément de convictions sans que cela n’apparaisse un instant à l’écran. Pour beaucoup des jeunes acteurs du film, l’occasion est inespérée pour sortir, à l’image de leurs personnages, des rôles de chinois de service incrustés dans le décor dans lesquels majors les cantonnent habituellement (Rush Hour…). Le film bénéficia d’une exploitation limitée autorisée par un contrat avec la branche ciné de MTV, après s’être distingué dans bon nombre de festivals, dont le passage dorénavant incontournable à Sundance en 2002. Le jeune réalisateur planche actuellement sur plusieurs projets pour les grands studios, dont la Fox. Le soleil se lève à l’ouest…

PETSSSsss-