© Ecran Noir 1996-2003
 conception + réalisation: PETSSSsss
 textes: PETSSSsss - Vincy
Kids 
 
« Tu sais pas que les bonbons c’est pour les enfants ? »

De son propre aveu, Larry Clark a toujours été un conteur. Son travail de photographe n’a jamais pu se limiter au cadre décoratif isolé mais au contraire s’est toujours inscrit dans la continuité à grand renfort de collages. Kids est né d’une volonté de filmer la jeunesse avec un souci de véracité très éloigné des critères habituels hollywoodiens privilégiant les enfants stars cabochards. Sans acteurs professionnels (Chloë Sevigny et Rosario Dawson alors débutantes feront ici leur premier tour de piste) le désormais cinéaste s’emploie à capter le naturel de son casting sur le vif. La matière du scénario a été confiée à un étudiant de 19 ans, Harmony Korine, qui projette dans cette histoire une part de son vécu. Kids permettra ainsi de suivre 24 heures du quotidien d’une bande de mômes livrés à eux même dans les rues de New York, en l’absence de parents démissionnaires. Dans ce cadre de jungle urbaine dont ils ont intégré tous les dangers, les gamins évoluent comme des prédateurs consuméristes en opération de survie. L’âge est propice à toutes les expériences pour se forger sa personnalité, les excès aident à se donner une contenance. Cependant l’atout majeur pour s’imposer envers ses semblables et donc s’affirmer soi même, reste le sexe. La libération des mœurs est passée par là, les tabous sont relégués aux oubliettes et les plaisirs de la chose sont ardemment pratiqués avec une frénésie de crèves la soif. L’un des kids déclare fièrement en dressant sa libido comme un étendard identitaire: « Baiser est ce que j’aime faire, si on me le retire, je n’ai plus rien… » Le cul est cependant banalisé, accessoirisé comme un quelconque produit de supermarché dont la disponibilité et l’accessibilité ne sauraient être remises en question. Bien que cherchant à se soustraire du modèle oppressif conservateur en récupérant tout ce que la culture de l’Oncle Sam a pu drainer en rebel attitude, les teenagers de Larry Clark sont avant tout de bons clients de la société mercantile américaine, carte de fidélité en poche dans leur comportement carnassier. Sans autre matière portant à évoluer et sous les apparences crâneuses, les éternels schémas priment et persistent. Le machisme est donc toujours de rigueur et au-delà de la séculaire scission filles/garçons dans les affinités, tend à se généraliser dans ses codes aux nanas qui lui empruntent ses mots crus et imposants. Elles resteront pourtant invariablement les victimes, dans ce rapport de force de séduction. Jennie héritera de l’irresponsabilité de Telly, jeune Don Juan queutard qui lui transmettra une glaçante séropositivité. Retour sec à la réalité, loin du réconfort de la tribu, pour faire face à sa propre vulnérabilité il ne faut plus compter que sur soi.
Larry Clark livre un portrait sans concession de l’Amérique en devenir, servi par une réalisation nerveuse et précise. Jamais sa rigueur ne vient par ailleurs brouiller la spontanéité ni la fluidité des situations. Dés son coup d’essai, l’essentiel de son savoir faire est déjà en place. Son témoignage pourrait être taxé de pessimisme putassier. Les studios Disney un temps intéressés par la prise en charge de l’exploitation de ce qu’ils présument être un teenage movie, repasseront bien vite le bébé à leur sous traitant Miramax. Frappé dans les salles d’une interdiction NC-17, Kids finira par atteindre par le biais des circuits parallèles la génération concernée qui s’y reconnaîtra et en fera un film culte sur la longueur.

PETSSSsss-