© Ecran Noir 1996-2003
 conception + réalisation: PETSSSsss
 textes: PETSSSsss - Vincy
Another day in paradise 
 
« Alors comme ça vous êtes Bonnie & Clyde ? Nous aussi, j’adore les desperados !! »

On l’aurait volontiers prié de poursuivre dans sa veine – au bout du compte - fructueuse de chroniqueur Docteur es puberté, encore eusse t-il fallu que Larry Clark puisse réaliser le film qu’il avait en tête. Perfectionniste et intraitable, le réalisateur attendra 7 ans pour monter dans les conditions idéales Ken Park, censé compléter la paire initialement envisagée avec Kids. Heureusement l’impétueux ne manque pas de ressources. L’opportunité d’adapter un roman d’Eddie Little lui ouvre bien des perspectives susceptibles d’étendre ses capacités de narration et d’éviter un cloisonnement trop prématuré. Ce n’est pas encore Hollywood, mais ça s’en rapproche. Bien évidemment en se lançant dans ce road movie orné de deux têtes d’affiche quasi prestigieuses, Melanie Griffith et James Woods, Larry Clark pense plus fissurer insidieusement les grands mythes catalogués inaltérables qu’envisager de se réserver une place sur un parking V.I.P. d’un ponte de Los Angeles. Le matériau du bouquin d’Eddie Little n’est pas étranger au trajet du cinéaste et recoupe une bonne partie de son travail de photographe effectué sur la série Tulsa, paumés et squats compris. Les deux hommes ont de toute façon suivi un trajet semblable, flirtant avec les embrouilles dés leurs tendres années.
Retour en arrière donc, du côté des années 70. Les deux jeunes protagonistes de Another day in paradise glandent sur leur matelas crasseux, s’envoyant en l’air entre deux shoots par intraveineuse. Même dégagés des turpitudes ingérables d’une vie saine et rangée, la règle reste la même. Quand la came vient à manquer, il faut songer à faire rentrer la monnaie pour renouveler les stocks en fin de semaine. A la loterie des petits larcins rémunérateurs, la roulette tombe sur la mauvaise couleur pour Bobbie, puisqu’il y a mort d’homme à la caisse en plus des sérieux bobos personnels. Mel le dealer ayant la charge de sevrer tout ce petit monde conseille au couple de tourtereaux de se faire oublier. Avec sa femme Sid, il se propose même de prendre les deux fugitifs sérieusement en main en les entraînant dans une cavalcade où il faut risquer gros pour s’assurer de beaux jours. L’équipée est l’occasion de participer à une famille recomposée rêvée en tout cas idéalisée par les esprits les plus indisciplinés. En parents indignes bien que durs en affaires, Mel et Sid incarnent un curieux mélange des icônes fantasmées par les adolescents, associant l’insouciance des hors la loi et le glamour des stars de cinéma (le choix de Griffith et Woods est donc loin d’être hasardeux). En prime du cachet il faudra ajouter l’option affectueuse pouvant aller jusqu’à vous border avant de partir au pays des songes. Trop beau pour être vrai, les craquelures écornent vite la surface de ses divinités apparentes soumises elles aussi au temps qui passe. Les braqueurs de luxe personnifient aussi une Amérique narcissique dont les chimères ne peuvent se satisfaire des rides qui se creusent mais se rassasient de superficialité. Sur un postulat de départ ludique de conjuration (On peut essayer de devenir les parents que nos parents n’ont jamais été) le résultat ne pourra se défaire des limites de la réalité (quand il aura 60 ans, Ned dit qu’il se balancera du haut d’une falaise, personne n’a envie de vieillir). La tutelle ne résistera pas aux pressions existentialistes, les pots cassés seront conséquents et il faudra pour l’infortuné Bobbie s’affranchir rapidement de l’ascendant pervers pour recouvrer une liberté vaguement synonyme d’espoir.
Larry Clark ne relâche pas la pression durant l’essentiel de la traversée, prouvant une belle maîtrise de la narration qui pourrait évoquer un Michael Cimino au meilleur de sa forme. Violent, le film ne tombe jamais dans la complaisance, chaque acte porte son poids de risques et de conséquences et ne se soustrait à une logique incontournable et crédible. Les destins consument leur fil et le réalisateur se garde bien d’y imposer tout jugement moral conformément à ses habitudes. Occasion d’un retour au bercail, le tournage cheminera de la Californie jusqu’à l’Oklahoma. Le film ne connaîtra qu’une courte carrière sur les écrans, distrayant essentiellement les téléspectateurs de seconde partie de soirée. Sort injuste compte tenu de ses qualités qui le placent largement au dessus du lot de sa catégorie. La France jouera la carte de la reconnaissance puisque Another day in paradise y décrochera le grand prix du Festival de Cognac en 1999. Un digestif et l’addition.

PETSSSsss-