© Ecran Noir 1996-2003
 conception + réalisation: PETSSSsss
 textes: PETSSSsss - Vincy
Spun 
 
« Allez… j’ai encore un singe en crédit, il faut vraiment que je bute ce singe… »

Bienvenue à methamphetamineland, une contrée peuplée de petits mickeys agités comme des moustiques et dont la principale occupation consiste à se dénicher la précieuse substance chimique et bon marché qui leur permettra de se décapsuler le cortex. Trash et fashion sont les deux mots d’ordre du vidéastes Jonas Åkerlund, exilé de sa Suède natale et dont le CV référence une longue liste de pubs et de clips pour Madonna, Lenny Kravitz ou Prodigy (le scandaleux Smack my bitch up). Passant au cinéma comme beaucoup de ses congénères, le remuant homme d’image n’a évidemment pas la prétention d’exercer dans l’académisme. S’adressant à sa génération, il utilise tout naturellement le vocabulaire familier et fracassant de la subculture qu’il pratique habituellement sur MTV. Les dialogues sont directs (fuck), les effets de style outrageux (le film sortit sur les écrans américains dans une version tronquée, même punition qu’à la télé) et démonstratifs (caméra hystérique, cadrages suggestifs, emploi de séquences de cartoon abrasif…). Doté d’une trame rachitique (même en leur accordant trois jours, les protagonistes sont tellement défoncés qu’ils ne sont pas en mesure de se livrer à de grands desseins…), Jonas Åkerlund a de l’espace pour broder sur la détérioration de la société de consommation américaine, dont la première victime est la jeunesse abrutie. Jamais évident pourtant de jouer les justiciers critiques quand on gagne sa croûte en formatant aux goûts du jour la propagande des plus grandes marques. Les clipeurs n’ont pas d’état d’âme et sont les rois de la subversion, sans foi ni loi, leurs codes se mélangent pour mieux se faire et se défaire dans une époque zapping qui pousse à l’autodérision (This is the United States of Whatever comme le chante Liam Lynch dans son hymne punkoïde). Le réalisateur sort ainsi tous les modèles idolâtrés du jeune révolté moyen pour mieux les sacrifier sur son autel destroy avec un sens du nihilisme esthétique dernier cri, donc la certitude de ne pas provoquer le rejet du public concerné. Les premiers à faire les frais du jeu de massacre seront les stars montantes qui mettent dans la balance leur statut emblématique avec un sens mesuré du risque. En effet la performance reste du pain béni pour le jeune casting « meilleurs espoirs d’Hollywood » qui en profite pour s’acheter une mauvaise conduite ludique et revigorante en se métamorphosant en zombies secoués de tics nerveux. Insultant leurs sponsors officiels de cosmétiques, on parviendra à identifier péniblement, Jason - Rushmore – Schwartzman, Patrick – Almost Famous – Fugit, Mena – American Beauty – Suvari et Brittany – Girl Interrupted – Murphy. Le reste de la distribution illustre s’exercera avec délice et une absence d’inhibition au contre emploi clownesque. Surgissant dans un nombre incalculables de scènes loufoques, tels des épouvantails dans un train fantôme. Le spectacle de fête foraine résumerait par ailleurs assez bien Spun. Dans un monde où les parents passent le plus clair de leur temps à prendre l’apéro vautré devant la petite lucarne, où l’autorité est personnifiée par deux répliques de Stark & Hutch toxicomanes et toutes aussi accro à la célébrité de la real TV, les mômes ont fait le mur, un peu comme Pinocchio optant pour l’école buissonnière et à défaut de se transformer en ânes, ils payent leur envie de paradis artificiel par une détérioration physique et mentale avancée. Le boss du cirque c’est The Cook (Mickey Rourke prodigieux), celui qui concocte la soupe mortelle des chérubins. L’acteur défiguré par ses frasques passées, autrefois idéal équilibriste de l’insurrection du cinéma américain (Rumble Fish, Barfly), est providentiel pour revêtir la défroque spectrale de ce mentor désabusé qui empoisonne l’avenir du pays. Jonas Åkerlund ne le sait que trop bien et le cancre fumiste évitera que sa farce ne tourne trop court en éclairant son capharnaüm d’une note poignante de gravité, par la grâce d’une simple confession finale du personnage de Rourke à destination d’un de ses protégés damné. Héritage douloureux, toujours se méfier des légendes… toujours se méfier des adultes.

PETSSSsss-