Albert Dupontel
Albert Dupontel. Auteur, acteur, réalisateur. Déjanté? Ou simplement singulier? En tout cas loin du Vilain, il est enthousiaste et entièrement dévoué à son art.



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Albert Dupontel







 (c) Ecran Noir 96 - 10



Rendre hommage à Eugene Green, quelle merveilleuse idée ! Trop peu présent sur les écrans (ses films spirituels et poétiques ont du mal à se monter), le réalisateur, acteur, écrivain et metteur en scène de théâtre était l’un des invités du 8e festival de Paris. L’occasion de (re)découvrir sa filmographie singulière et fascinante, faite de contes, de récits initiatiques et de tentatives pour montrer la réalité cachée derrière celle que nous connaissons. Grand amoureux du langage et de la langue française, il fait prononcer à ses acteurs chaque mot avec gourmandise et sans omettre le moindre "e" muet ou la plus petite liaison. Cette diction baroque qui fait sa marque de fabrique permet au spectateur de se mettre en condition pour une expérience bien plus intense qu’une simple séance de cinéma. C’est que de son propre aveu, Eugene Green a une quête à accomplir : celle de réenchanter le monde. Et nos vies par la même occasion.
Ecran Noir : J’aimerais que l’on revienne sur le théâtre de la Sapience [qu’il a fondé en 1977, et avec lequel il a créé de nombreux spectacles jusqu’en 1999] et vos recherches sur le théâtre baroque. Pas tant pour le théâtre que pour l’art baroque, lequel me semble essentiel pour comprendre votre œuvre cinématographique.





Eugene Green : Il n’y a pas de lien direct entre ce que je faisais au théâtre et ce que je fais au cinéma, si ce n’est un lien intérieur. Le théâtre est quelque chose qui m’a obsédé déjà depuis ma première adolescence. Le cinéma aussi, d’ailleurs, mais le théâtre me semblait plus abordable. Je voulais surtout écrire une pièce. Mais j’avais une conception du théâtre qui ne correspondait pas à ce que je voyais dans les années 70. J’ai alors abordé ce que j’ai appelé le "théâtre baroque", c’est-à-dire le répertoire classique des XVIe et XVIIe siècles. J’ai essayé de retrouver le style et l’esprit de l’époque, et je me suis rendu compte que les recherches n’avaient pas été faites. J’ai donc décidé de les faire moi-même, en élargissant à toute la civilisation baroque jusqu’au milieu du XVIIIe siècle.
Le nom de la compagnie, "le théâtre de la Sapience" est un hommage à la chapelle de la Sapience de Rome. C’est un mot que l’on n’utilise plus, qui signifie "le savoir qui mène à la sagesse". C’était une manière de montrer que ma démarche n’était pas seulement intellectuelle mais allait vers une connaissance d’ordre spirituel.
Toutefois, je me suis vite aperçu qu’il n’était pas évident de proposer des spectacles de théâtre baroque, car le théâtre était devenu une religion d’état, et comme dans toute religion, il y en avait une version orthodoxe et un clergé pour qui toute proposition sortant de l’orthodoxie était forcément perçue comme hérétique. J’ai donc suscité des réactions très violentes. J’ai malgré tout essayé de montrer et de convaincre, mais sans moyens car je n’obtenais aucune subvention. Dans les années 80, j’ai créé plusieurs spectacles expérimentaux où j’étais seul en scène, car cela coûtait moins cher. J’avais un public restreint mais enthousiaste.

EN : Et puis vous avez fini par arrêter ?

EG : Finalement, dans les années 90, j’ai réussi avec des bouts de ficelle à constituer un noyau de troupe avec laquelle il a été possible de présenter des pièces entières, notamment de Racine. Nous avons obtenu un succès d’estime, même si les critiques nous ignoraient… En 1999, j’ai monté ma dernière pièce, Mithridate de Racine. Je m’intéressais également à la musique et au théâtre lyrique, et pour la première fois on m’a proposé de mettre en scène Castor et Pollux de Rameau à Prague. Enfin, c’est l’année où j’ai tourné Toutes les nuits [son premier long métrage]. Comme il y a plus de retentissement pour Mithridate, que l’on a joué pendant cinq semaines dans la chapelle de la Sorbonne, j’ai pensé que peut-être on me proposerait des moyens pour continuer à monter ce genre de spectacle… mais non. Rien n’est arrivé, et je n’avais plus l’énergie de me battre. Ce n’était pas une volonté conscience d’arrêter. Sans doute était-ce trop tôt, en 1999. Car aujourd’hui cela devient un peu à la mode.

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