Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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Mardi 12 mars, 19h30.
Le rendez-vous a été fixé le midi même avec Antoine Santana, Isild Le Besco et Malik Zidi au cinéma Les Carmes, à Orléans, où le film "Un moment de bonheur" est projeté. Le directeur du cinéma nous prête gentiment un bureau pour que l'entrevue puisse se faire sans être dérangé. Entre une affiche de Jacques Becker et la photo de Shrek, l'entrevue peut démarrer...
Ecran Noir: Antoine Santana, comment l'idée du film vous est venue?





Antoine Santana: L'idée d'écrire le scénario est venue tout simplement de l'idée de faire un film. Donc j'avais plusieurs idées, et j'en ai pris une en me disant "c'est celle-là la bonne".

EN: Mais l'idée de faire un film parce que vous avez été aussi assistant réalisateur?

AS: Non, l'idée de faire un film parce que depuis l'âge de 7 ans, j'avais envie de faire un film. C'était la première fois que je rentrai dans une salle de cinéma avec mon papa. Ce jour-là, j'ai vu "Le Voleur de bicyclette" de De Sica. Depuis, je cours derrière le voleur... (rires)

EN: Avant ce premier long métrage, vous avez fait trois courts métrages. Aviez-vous rencontré des difficultés pour les mettre en scène?

AS: Pour les réaliser, non pas vraiment. Ce sont des courts métrages que j'ai entièrement financés.

EN: Et pour votre premier long métrage, a-t-il été difficile de réaliser ce film?

AS: Après 15 ans d'assistanat, je connais bien la technique, l'équipe, les comédiens. C'est plutôt ensuite, la partie cachée de l'iceberg que je découvre en ce moment-même. C'est-à-dire la promotion, le contact avec les distributeurs. Quand vous êtes assistant, vous assistez essentiellement à la naissance du projet, vous accompagnez le réalisateur dans la conception du projet, et puis ensuite, au montage, il y a une autre équipe. Donc, pour "Un moment de bonheur", c'est un peu pareil. C'est-à-dire que j'étais sûr de la préparation, du tournage. Pour le montage, je me suis garanti le minimum de travail, c'est-à-dire que j'ai tourné les plans que j'étais sûr de garder. Au montage final, j'étais à 1h30, et le film fait 1h26.

EN: Comment avez-vous choisi les comédiens?

AS: Pour Isild, j'ai travaillé avec elle sur "Sade" en tant qu'assistant de Benoît Jacquot. Et j'ai commencé à écrire le scénario après ce film, à partir de la rencontre avec Isild.

EN: Donc, vous pensiez à elle au moment de l'écriture?

AS: Oui, complètement. C'est un scénario qui a vraiment été écrit pour Isild.

EN: Et pour vous Isild, le fait de savoir que ce rôle a été écrit pour vous, est-ce que cela a représenté une difficulté pour l'interprêter?

Isild Le Besco: Il ne l'avait pas dit au départ.

EN: Quand l'a-t-elle su?

AS: Elle l'a appris en promotion. Car on n'arrive pas devant un comédien en lui disant qu'on a écrit un scénario pour lui. J'écris un scénario, je le présente au comédien, et à lui de voir s'il veut qu'on travaille ensemble.

EN: Et comment avez-vous choisi Malik Zidi?

AS: J'avais pensé à un autre comédien, mais cela n'a pas pu se faire. J'avais repéré Malik sur le film "Place Vendôme" de Nicole Garcia. J'avais bien aimé son côté atypique, car j'avais envie de deux anges descendus sur Terre et vivant le quotidien, en essayant de trouver de la poésie dans le quotidien. Et ensuite, je l'ai vu dans "Gouttes d'eau sur pierres brûlantes" de François Ozon. Et c'est là où je me suis dit que c'était lui.

EN: Malik, qu'est-ce qui vous plaît dans "Un moment de bonheur"?

Malik Zidi: C'est l'évolution de la vie de ces personnages, la métamorphose qui s'opère doucement sur les personnages dans une douce poésie. Et puis aussi l'aventure humaine. J'ai rencontré Antoine avant d'avoir lu le scénario et c'est lui qui m'a provoqué le désir de joué dans son film. Et le scénario s'est révélé concordant avec ses émotions.

EN: Et comment s'est passée la rencontre avec Isild?

MZ: Avec Ilsid, on s'est rencontré sur ce film. On ne se connaissait pas avant. C'était très bien d'ailleurs de ne pas se connaître avant. C'était un peu comme dans l'histoire du film.

AS: En fait, je ne voulais pas qu'ils se rencontrent vraiment. On a tourné, non pas dans la chronologie du scénario, mais d'abord par l'histoire de Betty, puis l'histoire de Philippe, et enfin l'histoire des deux. Je voulais qu'au départ ils ne se connaissent pas trop pour filmer les premiers regards, les approches, les filmer vraiment comme s'ils se découvraient l'un et l'autre.

EN: Pour vous Isild, que retirez-vous de ce film?

ILB: Le film déjà, c'est tout de même pas mal. Il y a un film qui existe. Et toute chose apporte des choses. C'est l'existence même de découvrir de nouvelles choses. Mais c'est aussi une manière de travailler différente.

EN: Justement, quelle est la façon de travailler d'Antoine Santana?

ILB: Il laisse une certaine liberté dans un point de direction. Il vous laisse absolument libre jusqu'au moment où il y a un truc qui ne va pas.

MZ: Il y a des metteurs en scènes qui donnent des directions à des acteurs mais avec une portée de voix qui dépassent presque le décor. Quant à Antoine, il nous parle à l'oreille. Il arrive très discrètement, il s'approche, et il nous parle intimement. C'est surtout l'intimité du rapport acteur/réalisateur que je retiens.

ILB: Et il écoute. Car c'est très important pour un acteur d'être écouté. Il y a des metteurs en scène qui s'en fichent et font leur truc. Alors que lui il vous regarde attentivement. Ce qui donne l'impression d'une liberté absolue, et on a envie d'essayer encore plein de choses pour qu'il nous dise ce qui est bien ou mauvais.

MZ: Pour chaque scène, il nous demandait si on voulait la recommencer ou si on avait encore d'autres envies, d'autres instincts. Même si lui à mon avis, il savait très bien laquelle il voulait. En fait, il voulait qu'on sorte de chaque plan heureux, pas frustré. Il y a pourtant des metteurs en scène qui sont comme ça. J'ai travaillé avec un metteur en scène comme ça, et c'est la frustration la plus totale quand on est comédien de jouer avec des chefs d'orchestre aussi radicaux, et qui détestent les comédiens. Il y en a beaucoup en fait. C'est très frustrant.

EN: Et pour vous Antoine, comment vous envisagez votre travail de metteur en scène?

AS: Pour ma part, je ne dirige pas. Je corrige. Un comédien, c'est comme un enfant, il ne faut pas imposer. On a une vision de la vie. En l'occurrence, là le scénario est entièrement découpé, presque storyboardé. Là, la technique, elle sait exactement ce qu'elle doit faire. Le technicien doit faire exactement ce que j'ai pensé. Et ensuite, à l'intérieur de ce cadre-là, à l'intérieur de cet espace, le comédien est entièrement libre. C'est pour cela que nous avons tourné tout le film caméra à l'épaule, mais pas une épaule hystérique. Non, je filme des adolescents en mutation, qui vont devenir des personnes mûres. Donc, je voulai filmer ce moment-là, c'est cela qui m'intéressait. Donc, à l'intérieur de cela, il me fallait leur énergie, leur fluidité, pour pouvoir apprécier cela à la pellicule. Et là-dedans, c'est une relation de confiance. Et les techniciens n'ont pas besoin de savoir ce qui se passe entre eux et moi. Je fais confiance aux techniciens avec lesquels je travaille. Je les connais bien, car ils ont fait mes courts métrages, je sais exactement quelles sont leurs qualités et quels sont leurs défauts. Donc une fois que vous vous balancez complètement de la technique, il ne vous reste plus qu'à regarde ce qui se passe, ce qui s'opère devant vous. Et dans ce cadre-là, corriger. On ne discute pas psychologie du personnage, c'est mon problème, ce n'est pas le leur. S'ils me demandent quelque chose, je leur donne. Mais c'est une relation de confiance. Si je sens qu'ils prennent une mauvaise direction, alors là je corrige. Je ne dirige pas. Il faut voir le film. Il y a un enfant de 4 ans qui est formidable et d'un naturel... Voilà, c'est exactement la même relation que j'ai établi avec l'enfant comme avec les comédiens. C'est cette relation de confiance qu'il faut établir dès le départ.

Propos recueillis par Chris 03/2002.


   Christophe Train