Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 17



La production de l'animation : Etat des lieux à la veille de la 4ème Fête du Cinéma d'Animation (26 octobre au 1er novembre 2005)
Entretien avec Olivier Catherin, coordinateur, chargé de la Journée Mondiale du cinéma d'animation et responsable du centre de documentation de l'AFCA
Ecran Noir: Le cinéma d'animation a gagné ses lettres de noblesse depuis quelques années. En cela même d'importantes disparités sont apparues quant aux problèmes de la création. Grand nombre de films restent en marge. Tant d'un point de qualitatif (technique mais surtout scénaristique) que du point de vue de leur distribution. Pourriez-vous nous en dire plus sur ce point ?




Olivier Catherin: La production française de long métrage a explosé ces dernières années, puisque si il y a encore 10 ans nous produisions 1 long métrage tous les 4 ou 5 ans, aujourd'hui nous en produisons plutôt 5 par an. En fait, les projets de longs métrages viennent de deux horizons différents, les uns sont initiés par des auteurs, en général venus du court-métrage (Michel Ocelot, Jean-François Laguionie, Jacques-Rémy Girerd, Sylvain Chomet...), leurs films sont singuliers, graphiquement, dans leur propos et ils s'inscrivent dans une dynamique de cinéma d'auteur, tout en essayant bien sur de toucher un public assez vaste. C'est parmi ces films qu'on a rencontré les plus gros succès nationaux et internationaux de l'animation française. Il faut aussi noter qu'un certain nombre de projets d'auteurs trouvent des producteurs "non spécialistes", producteurs de longs métrages de vue réelle (c'est le cas d'Azur et Asmar de Michel Ocelot par exemple).
D'autres sont initiés par les producteurs dont l'activité essentielle est la production de films d'animation pour la télévision. Leurs films sont plus inscrits dans une logique commerciale, ce sont souvent des adaptations de BD ou de séries pré existantes (Bécassine, Corto Maltese, Pollux, Michel Strogoff...). La logique suivit pour ces films est souvent de réduire les coûts au maximum (donc délocalisation de la production, parfois au détriment de la qualité) et se sont rarement ces films qui ont rencontré le public.

EN: Qu'en est-il des dernières avancées technologiques ? Les atouts, leurs influences sur l'organisation de la profession, sur les attentes du public. Mais aussi leur limites, en terme de possibles phénomènes de mode… N' y a-t-il pas un risque de voir le cinéma d'animation réduit aux films dits "de producteurs" ?
OC: Aux Etats-Unis il est pratiquement devenu impossible de produire un long métrage hors 3D, mais ça me semble plus un effet de mode qu'autre chose. En tous cas je ne pense pas que ce ne soit jamais le cas en France où l'on considère la 3D plus comme un outil que comme un genre en soit. L'outil, c'est le numérique en général. Il facilite un certain nombre de processus dans la création, notamment pour tout ce qui est la mise en couleurs et le montage ou le numérique est incontournable. Du coup, pour certains projets, il réduit nettement le coût de production, car il diminue la main d'oeuvre nécessaire. Le cas extrême étant le développement des séries en Flash, très peu coûteuses en main d'oeuvre et en matériel, mais à l'animation minimale.
Quelqu'un comme Michel Ocelot, pour "Azur et Asmar" utilise la 3D numérique, mais pour un film dont l'esthétique est plus proche du papier découpé. Les films qu'on voit sortir des meilleures écoles d'animation 3D numérique sont aujourd'hui parfois confondants d'inventivité dans l'utilisation de l'outil numérique pour faire passer un univers graphique qui se rapproche de styles traditionnels ou qui même crée des univers graphiques complètement nouveaux.
La question des films dits "de producteurs" nous ramène à la question précédente, mais ce n'est pas forcément lié aux films en 3D numériques. Disons que les producteurs qui cherchent avant tout à faire du chiffre appliqueront toute recette susceptible de faire venir le public, si un jour ils sont convaincus, comme aux Etats-Unis, que seuls les films en 3D numérique auront du succès, ils ne produiront que ces films. Mais pour l'heure, ils misent surtout sur l'adaptation de livres ou BD célèbres...

EN: Quelle est la situation actuelle du cinéma français d'animation en terme de moyens de financements?
OC: Le problème de la production en animation, c'est que les films sont très longs à faire (2, 3 voir 4 ans pour un long métrage) et donc coûtent cher. En revanche, il est très rare que les films d'animation soient de vrais échecs publics. La plupart des longs métrages produits font au moins 100.000 entrées en salles, arrivent à se vendre à l'international et ont une vraie vie en vidéo et DVD. Ce n'est pas le cas pour beaucoup de films en vues réelles. Dés lors la tentation est grande de réduire les coûts au maximum et d'espérer, malgré une qualité médiocre, de rentabiliser le film. Je pense que cette situation est due à la carence d'une offre de cinéma diversifiée pour les enfants. Mais ce qui était criant il y a dix ans encore, l'est beaucoup moins aujourd'hui et la concurrence commence à être vraiment rude en la matière. Ce qui est vrai aussi c'est que le CNC prend en compte les spécificités de l'animation dans l'octroi de ses aides et ce, que ce soit pour le long métrage, le court métrage ou la série. Mais les télévisions en revanche, ne donnent pas plus (en co-production comme en achat de droits de diffusion) pour l'animation que pour le reste, ce qui fait râler les producteurs, notamment de séries d'animation.

EN: Parlons de la Fête du cinéma d'animation. Tout d'abord, son évolution depuis sa création. Ses perspectives à moyen et long terme...
OC: La première édition en 2002 avait déjà été une surprise avec 120 participants dans toute la France. Nous n'imaginions pas qu'autant d'association, cinémas et festivals serraient intéressés. Aujourd'hui il y a 250 évènements durant la Fête et la célébration de la Journée mondiale se fait dans 37 pays sur tous les continents (5 pays en 2002). Mais au-delà des chiffres, le fait sens de la Fête est de pousser à la qualité de la programmation, notamment dans les salles de cinémas en leur proposant de montrer des courts métrages, d'inviter les réalisateurs etc. L'idée aussi est d'investir des lieux qui ne sont pas proprement cinématographiques, comme des centres d'art, des médiathèques des friches culturelles, pour toucher au public le plus diversifié possible, ce qui se prête très bien à l'animation.
Il est fort possible que l'on élargisse la Fête à 15 jours l'année prochaine, ne serait-ce que pour ne pas être uniquement dans les dates des vacances de la Toussaint comme cette année, ce qui est un soucis pour nombre de participants (du coup, il doit y avoir une cinquantaine d'évènements en amont ou en aval des dates de la Fête !).
La grande nouveauté de cette quatrième édition, c'est que nous avons un invité d'honneur, Paul Driessen, cinéaste néerlandais (qui a aussi beaucoup travaillé au canada), très célèbre dans le milieu du cinéma d'animation, mais méconnu du grand public car il n'a réalisé que des courts métrages. Ses films ont un graphisme et un humour très singulier, que l'on reconnaît tout de suite.
Parmi les évènements de la Fête, citons la venue du grand maître de marionnettes japonais Kihachiro Kawamoto, qui présentera en avant-première, le 29 au Forum des Images, son nouveau long-métrage, "Le Livre du mort", celle du polonais Daniel Szczechura, le soir du 28 au cinéma Le Panthéon à Paris et qui donnera une masterclass (ouverte au public) aux Arts décos, un peu plus tôt dans la journée, enfin, le cinéaste et producteur néerlandais Nico Crama sera présent durant trois soirée à la BPI du Centre Pompidou. Ce sera une occasion de découvrir 40 ans d'animation néerlandaise !
Je signalerai aussi des expositions sur Ladislas Starewitch à Maubeuge, sur "L'Ile de Black Mor" de Jean-François Laguionie à Laval, sur Jiri Trnka et Co Hoedeman à Annecy et Cent ans d'animation française à Lille et à Dunkerque. Je citerais aussi des programmes d'animation brésilienne à Gravelines et d'animation africaine à Nîmes.
Enfin, la soirée "officielle" célébrant la Journée mondiale, sera célébrée au Centre Georges Pompidou, avec une programmation sur le thème de l'ombre et la lumière, avec quelques chefs d'oeuvres de l'animation mondiale (Alexandre Alexeieff, Caroline Leaf, Michel Ocelot, Georges schwizgebel...) et aussi de plus jeunes talents, une démonstration d'animation en silhouettes animées par Michel Ocelot et d'animation sur écran d'épingles par le spécialiste d'Alexandre Alexeieff Dominique Willoughby.

EN: Quelles sont les enjeux de cette édition 2005, tant vis à vis des professionnels que du grand public?
OC: L'idée c'est bien sur d'amener le grand public à découvrir le cinéma d'animation dans toute sa variété, de l'amener sur des sentiers qu'il fréquente peu. Le grand public ne connaît qu'une partie immergée de l'iceberg de l'animation, celle des longs métrages sortis en salle. Or, le cinéma d'animation c'est aussi et surtout des milliers de courts métrages souvent extraordinaires, aux univers, esthétiques et techniques, les plus variées.
Du côté professionnel, la Fête c'est une façon d'avoir une visibilité, de rencontrer un large public. Certains réalisateurs comme Jean-François Laguionie, le musicien Christophe Héral ou Jacques Colombat, ont des agendas de ministres durant la manifestation !!!


   Sabrina