Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 17



Dans le décor à l’anglaise du salon d’un hôtel de la célèbre Place des Vosges à Paris. Décontracté, en tenue sportswear et un « bob » vissé sur la tête, le jeune Presley Chweneyagae à l’allure d’un homme-enfant. Le regard timide et fuyant, il esquisse d’une voix chaude et hésitante un « Nice to meet you ». Sous son air d’adolescent réservé, il est le héros de Mon nom est Tsotsi, une œuvre oscarisée comme meilleur film étranger cette année, dans lequel il joue le plus dur des « bad boy », dans un township de Soweto. Rencontre en toute intimité avec ce gentil méchant Sud-Africain.
TSOTSI, L'HOMME-ENFANT DE SOWETO





Ecran Noir: Comment êtes-vous arrivé dans le milieu du cinéma?
Presley Chweneyagae: C’est grâce à ma mère que j’en suis arrivé là. Elle m’a encouragé à devenir acteur pour ne pas finir comme les autres jeunes du township où je vivais. Donc en 1996, j’ai commencé par des pièces pour enfants comme Jack in the Box et Red Ball à la North West Art Academy puis j’ai continué avec Shakespeare. J’ai joué Le Roi Lear avec tout le maquillage qui s’impose (rire) et Le Songe d’une nuit d’été. Et quand j’ai fait Hamlet à 17 ans, un agent m’a repéré. Mais j’étais en train de finir le lycée donc il m’a dit qu’on se reparlerait une fois le lycée fini.
Il est super important pour quelqu’un de s’engager dans quelque chose, que ce soit du sport, du théâtre ou autre, parce qu’on passe sa vie à chercher qui on est, et ce quelque chose nous guide dans le droit chemin.

EN: Et comment vous êtes-vous retrouvé dans l’aventure Tsotsi?
PC: Grâce à cet agent, j’ai reçu le scénario de Mon nom est Tsotsi et j’ai rencontré Gavin Hood [le réalisateur]. Je lui ai demandé si je pouvais auditionné pour Tsotsi, parce qu’initialement j’étais prévu pour le rôle de Boucher. Vu mon insistance, il a accepté et après plusieurs auditions, j’ai eu ce rôle.

EN: Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce projet?
PC: Je suis un grand fan du travail d’Athol Fugard. J’avais lu ses pièces à l’école, juste avant de me faire virer [rire], et je les avais vu mises en scène. Toute mon enfance, j’ai entendu dire que c’était un grand auteur de théâtre et je suis très attaché à des pièces comme The Blood Knot et People are Living There. Quand j’ai réalisé que le véritable Tsotsi [le roman] avait été écrit par Athol Fugard, je me suis attardé à plusieurs reprises sur le scénario et je me suis dit que je pouvais jouer le rôle de Tsotsi, que je pouvais trouver les éléments en moi pour le faire. J’ai donc travaillé une scène comme un fou pour ma première rencontre avec Gavin et là, j’ai découvert un homme passionné par ce qu’il fait, qui sait tirer le meilleur de ses acteurs dès le début. Voilà comment j’ai pu interpréter devant lui les deux rôles pour lesquels j’étais pressenti.

EN: Vous dites avoir trouvé les éléments pour jouer Tsotsi, quels sont-ils?
PC: Je suis né dans une banlieue du Nord Ouest de Soweto. J’ai grandi auprès de gars comme Boucher qui ont du sang froid à revendre. Ils pensent qu’ils sont cool mais nous, on sait pertinemment qu’ils sont loin de l’être ; ils se cachent de la réalité. Chez moi, tous les jours il y avait des gens qui se faisaient poignarder ou pire. Donc c’était facile de m’y référer. Je n’avais qu’à faire un copier/coller de ces gens (rire). J’ai senti que tout ce que j’avais vécu allait m’apporter des idées pour construire mon personnage. Mais il ne fallait surtout pas focaliser sur le passé mais plutôt sur l’histoire en elle-même. On se sert de l’Histoire, de ce qu’elle nous a appris et on en tire les conclusions plutôt que de rester en colère contre le monde entier. Et puis, j’aime le côté personnage double, voir le cheminement qu’il fait d’un point A à un point Z, la manière dont il change et qu’il traverse cette histoire.

EN: Comment décririez-vous votre personnage?
PC: Je pense que c’est juste un homme perdu parce que la vie l’a laissé sur le bord de la route. Il a perdu ses parents très jeune et a grandi seul dans la colère. Et finalement, à la fin, il ressemble à un enfant parce que jusque là, il s’était caché derrière cette colère et tout ce qui comptait, c’était lui, et uniquement lui. C’est juste un gamin qui veut se protéger en étant dur avec le monde entier.

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