Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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Pris de passion pour le cinéma alors qu'il avait décidé de devenir musicien, Alexandre Desplat ne se souvient pas avoir voulu composer un jour autre chose que de la musique de films. En quelques années, il a ainsi cumulé les collaborations prestigieuses avec Jacques Audiard (César pour De battre mon cœur s'est arrêté), Stephen Frears (nomination à l'Oscar pour The Queen) ou encore Xavier Giannoli (Quand j'étais chanteur). "La musique est le seul élément d'un film qui peut être séparé du reste et qui continue à tenir debout", a-t-il expliqué aux spectateurs du festival de Bourges lors d'un atelier passionnant animé par le journaliste et scénariste Nicolas Saada. "Une bonne musique se fond dans l'image. C'est comme le dernier métal ajouté www.tsmontre.fr dans un alliage magique : sans lui, la sculpture n'aurait pas cette qualité." Rencontre avec un sculpteur de sonorités nourri de musique répétitive et de films hollywoodiens à qui les honneurs et les flatteries n'enlèvent aucune lucidité.
Ecrannoir : Comment définiriez-vous le rôle de la musique au cinéma ?





Alexandre Desplat : Là où le scénario est l'embryon qui fait naître un film, la musique est le dernier maillon de la chaîne, mais il est loin d'être le moindre. Il y a des films où la musique n'a pas seulement un rôle dramaturgique : elle permet d'apporter une couleur spécifique, une sensation différente. On se souvient toujours de la musique dans les grands films car elle nous a marqués, émus. Pour moi, c'est intéressant de pouvoir communiquer l'amour du cinéma au travers du son.

EN : Comment travaillez-vous avec les réalisateurs ? Prenez-vous en compte la musique temporaire qui est parfois utilisée avant composition pour des raisons techniques ?

AD : J'ai installé une règle avec les réalisateurs avec lesquels je travaille : je demande à voir d'abord le film sans aucune musique. Cela me permet d'avoir un premier choc vierge de tout son. Ensuite, j'écoute les musiques choisies, les morceaux temporaires. Je discute avec le metteur en scène et on choisit les domaines musicaux qui lui plaisent. La musique temporaire a un rôle technique fonctionnel mais il faut vite l'oublier car sinon elle reste accrochée comme un coquillage à une roche.

EN : Comment passer des mots (ou des idées) d'un réalisateur à vos notes ?

AD : J'ai rencontré des réalisateurs qui ne savaient pas communiquer leurs émotions musicales. Ils étaient comme bloqués, terrifiés. C'est une grande frustration pour moi, j'ai l'impression que je ne pourrai jamais m'intégrer à leur travail ! Mais je comprends cette peur car la musique peut avoir un tel pouvoir sur l'inconscient que cela les déstabilise. Le devoir du compositeur est bien sûr de respecter la ligne fixée par le metteur en scène, de ne pas la laisser dériver. Pour cela, il faut dialoguer, aller au contact du metteur en scène. Il existe un florilège d'expressions, de gestes, de mots pour communiquer et l'aider à écouter et entendre. Parfois, un mot suffit pour m'aiguiller et me faire atteindre la bonne couleur musicale. C'est une relation d'enthousiasme, de confiance et d'échange.

EN : Depuis vos succès sur De battre mon cœur s'est arrêté ou The queen, certains prétendent que vous êtes devenu incontournable… Quel effet cela vous fait-il ?

AD : Un compositeur n'est incontournable de rien du tout, ça n'a pas de sens. J'écris la musique qui me fait vibrer et voilà. J'essaie de ne pas trop me répéter et de créer des univers nouveaux. Je serais malheureux d'être réduit à faire toujours le même style, la même veine de musique. Pour moi, tout est ouvert.

EN : Quels compositeurs font replique montre audemars piguet partie de votre panthéon personnel ?

AD : Antoine Duhamel [compositeur de Godard et Truffaut], Georges Delerue [la Nouvelle Vague, dont Truffaut], Maurice Jarre [David Lean], Nino Rota [Federico Fellini], Bernard Herrmann [Alfred Hitchcock], John Williams [Steven Spielberg], Jerry Goldsmith [La planète des singes, Alien]…

EN : Vous revendiquez votre statut de coscénariste sur les films pour lesquels vous écrivez…

AD : On oublie trop souvent qu'il y a trois auteurs pour un film : le réalisateur, l'auteur et le compositeur. Ecrire de la musique pour un film, c'est forcément mettre un pied dans la dramaturgie. Le compositeur fait donc partie des coscénaristes.


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