Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 19



Cinéaste majeur de Hong Kong, Stanley Kwan est injustement méconnu en France en raison de la non ditribution de nombre de ses films. Ce directeur d'acteurs hors paire qui a offert à Maggie Cheung l'un de ses plus beaux rôles avec Center stage, doublement récompensé à Berlin, ainsi qu'à Anita Mui et Leslie Cheung dans Rouge, est pourtant un réalisateur et producteur incontournable dans son pays. Son esthétisme flamboyant et la manière très intime qu'il a de parler des femmes rendent son style reconnaissable entre tous. Mais qu'on ne se laisse pas prendre aux étiquettes souvent fallacieuses dont on l'a affublé, son prétendu romantisme tourne parfois au cynisme le plus noir (notamment dans Rose rouge, rose blanche) de même qu'il n'a pas peur de s'orienter vers la comédie ou même la farce comme Love unto waste

Au festival de Vesoul, où il a reçu un Cyclo d'honneur pour l'ensemble de son oeuvre et a participé au jury international, on a même découvert une autre facette de sa personnalité : la gentillesse, la simplicité et la disponibilité dont seuls les plus grands savent faire preuve avec autant de sincérité.

Ecran noir : Comment trouvez-vous Vesoul ?

Le livre Bye Bye Bahia



Stanley Kwan : C'est très différent de Cannes ou même de Nantes, bien sûr, mais je préfère les festivals de cette taille. Sinon, il y a trop de formalités et c'est fatigant. Même s'il y a de nombreux films à voir et pas mal d'interviews, il est bien plus reposant d'être ici. D’autant qu’une semaine avant de venir, je suis allé de ville en ville pour promouvoir une série télévisée en Chine…

EN : Comment avez-vous reçu le Cyclo d'honneur pour l'ensemble de votre œuvre ? Cela vous a-t-il donné l'impression bizarre que votre carrière est derrière vous, ou est-ce au contraire une motivation ?

SK : Non, je ne pense pas que ma carrière soit finie… Mais cela dépend de la manière dont on voit ma carrière ! Je réalise et je produis, cela fait dix ans que j'aide de jeunes réalisateurs à faire leurs premiers films. Mes amis me disent : "mais pourqoi aides-tu les jeunes alors que toi aussi tu es très jeune !" Eh bien je fais les deux. Du coup, je tourne moins, un film tous les trois ans au lieu de tous les ans.

EN : En tant que producteur, quel regard portez-vous sur la production chinoise actuelle, qu'elle soit continentale, hongkongaise ou taïwanaise ?

SK : Les gens disent qu'on ne distingue plus les trois types car tous les films sont tournés en chinois. En 1993, Adieu ma concubine de Chen Kaige était une coproduction. Il y en a désormais de plus en plus. Le cinéma hongkongais de l'âge d'or des années 90 avait des spécificités très voyantes. Depuis la chute de ce marché et l'ouverture de la Chine continentale, ce n'est plus aussi clair. HongKong a vraiment besoin de la Chine, maintenant. Or, même si celle-ci s'est ouverte, de là à filmer tout ce que l'on veut… En réalité, les films trop violents ou érotiques ne sont pas possibles. Les cinéastes hongkongais habitués à une plus grande liberté doivent donc changer leur manière de voir car ils ne peuvent négliger un marché si important. Toutefois, si on adopte un point de vue plus positif, on s'aperçoit que le cinéma chinois dans sa globalité découvre de nouvelles manières de faire. La production et les entrées augmentent. Le public jeune va de plus en plus voir des films nationaux.

EN : Que pensez-vous de la nouvelle vague du cinéma continental qui s'attache à montrer les réalités de la société chinoise ?

SK : Les réalisateurs de ce type dont vous voyez les films en France sont en fait peu nombreux et ont une visibilité très faible en Chine. Il y a des cinéastes encore plus jeunes que Jia Zhang-Ke (Still life, The world) qui filment en dv, mais ils le font en toute illégalité. Pour trouver ces films, il faut aller dans les festivals. Tandis qu'avec des réalisateurs comme Zhang Yimou ou Chen Kaige, on n'a aucun moyen de comprendre les difficultés de la société en regardant leurs films… Il y a un énorme changement entre ce qu'ils faisaient avant et maintenant, les gens sont très déçus.

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