Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 20



À l'occasion de le sortie au cinéma du tout nouveau film des réalisateurs de Little miss Sunshine, Elle s'appelle Ruby, nous avons eu le plaisir de rencontrer l'actrice, scénariste et productrice exécutive, Zoe Kazan. C'est dans l'un des plus prestigieux hôtel parisien qu'elle a accepté de répondre à quelques unes de nos questions. Douce, timide et bien loin du star system hollywoodien, Zoe Kazan rougit face aux compliments que l'on peut faire au sujet de son nouveau film et semble même étonnée dans recevoir. Des «mercis» gênés, des «oh c'est trop gentil» murmurés, l'actrice dégage une très forte modestie. Sa timidité s'accentue lorsque Paul Dano, son partenaire à l'écran et à la ville, la salue à travers la porte. Elle lui sourit et puis il s'en va. Aussi fort que dans le film, les deux tourtereaux sont amoureux comme au premier jour, un premier jour qui dure quand même depuis 5 ans.
Écran Noir: Vous avez écrit le scénario et vous jouez également le personnage principal, avez-vous voulu incarner ce personnage depuis le début?




Zoe Kazan: Pas vraiment dès le début. J'étais vraiment excitée par l'idée de cet écrivain qui pouvait créer rien qu'en écrivant mais je ne m'imaginais pas tout de suite dans le personnage qui l'inventait. Alors j'ai commencé à écrire le scénario sans songer à qui que ce soit, puis j'ai fais lire les quinze premières pages à Paul qui nous a tout de suite imaginé dans les rôles principaux. Ensuite tout s'est bousculé dans ma tête, j'ai continué à écrire et je me suis dis «D'accord je le ferai».

EN: Combien de temps avez-vous mis pour écrire le scénario?
ZK: J'ai commencé durant l'été 2009. J'avais écrit environ une vingtaine de pages en fin d'été, puis, vu que j'avais beaucoup de travail à l'époque, j'ai mis le scénario de côté pour un petit moment et je l'ai repris ensuite pour le finir au printemps 2010 en quelques semaines. Cela a été très vite. Par la suite je l'ai fais lire aux réalisateurs qui m'ont mis certaines notes, afin d'améliorer mon approche, je l'ai donc modifié et il fut terminer neuf mois plus tard.

EN: Elle s'appelle Ruby est votre premier scénario, qui est d'ailleurs une merveille, cela vous a-t-il donné envie d'en écrire d'autres? Voulez-vous continuez dans cette voie?
ZK: Oh merci pour le compliment (sourire gênée). Oui, absolument, je veux continuer. Vous savez pour moi écrire est une forme de plaisir. Je n'écris que pour ça, que pour le plaisir que cela me procure. Et également parce qu'il y a quelque chose en moi, dans ma tête et qu'il faut ça sorte, que je l'écrive. Alors oui je pense que je vais continuer sur cette voie, à écrire des scénarios. J'écris même des pièces de théâtre.

EN: Vous vous voulez également écrire des livres?
ZK: Oh oui j'en écrirais peut-être un, mais pas encore (rires).

EN: Lorsque nous regardons votre film, on ne peut s'empêcher de penser au mythe de Pygmalion. Ce mythe vous a-t-il inspiré un peu ou non?
ZK: Oh oui beaucoup. Ce mythe était définitivement dans ma tête quand j'écrivais le scénario. Et je pense que je ne suis pas la seule. De nombreux écrivains ont emprunté ce mythe pour leurs œuvres. Comme George-Bernard Shaw par exemple, c'est l'un des plus connus. Bien-sûr mon approche n'est pas la même. Je m'intéresse davantage à l'idéalisation que l'on se fait durant les relations amoureuses. D'ailleurs je ne définirai pas cela comme de l'amour, c'est quelque chose d'autre.
Vous savez, c'est lorsque vous idéalisez l'être aimé au point de ne plus le voir comme il est en réalité et donc par là d'exclure ses défauts, ce qui n'a de rien de positif d'ailleurs. Par là vous le créée en quelque sorte, puisqu'il est imagé, ce n'est pas réellement lui, c'est un peu le mythe de Pygmalion. Et bien c'est de cette manière que je voulais montrer le thème du mythe.

EN: Durant le film vous parlez français deux fois, et il y a également de nombreuses chansons françaises qui apparaissent dans la bande originale, serais-ce une déclaration d'amour à la France?
ZK: (elle rit) Les chansons françaises ont été choisies par les réalisateurs, ce qui illustrait parfaitement le film. Quand aux scènes où je parle français, c'était fait pour montrer à quel point le personnage de Calvin, jouer par Paul Dano, pouvait contrôler mon personnage en écrivant sur elle à l'aide de sa machine. Mais je suis une grande fan de la France et en particulier du cinéma français que j'adore et à qui je tire mon chapeau.

EN: Dans le film, il y a cette scène extrêmement intéressante où Lila, l'ex-petite amie de Calvin, le rencontre à une soirée. Elle lui explique qu'elle l'a laissé tomber parce qu'elle le trouvait égoïste et qu'il voulait presque sortir avec lui-même. Serait-ce pour cela qu'il a créée Ruby? Elle serait juste une image de lui-même?
ZK: Non ce n'est pas pour ça qu'il a créée Ruby. Tout d'abord Lila a une opinion plutôt mauvaise et colérique, dû à leur rupture ensuite j'ai mis cette scène afin de montrer un autre aperçu de l'amour. Un peu plus réel on va dire. En plus Calvin ne voulait pas la créer. Il l'a inventée sans le savoir. Il a juste écrit car il se sentait seul. Il ne l'a pas créée de façon scientifique. Pas comme Frankenstein par exemple. C'est juste que c'est arrivé, comme ça. Comme l'amour après tout. Ça vous arrive sans que vous le vouliez. Ruby lui ait tombé dessus et elle est en faite un espoir pour lui, elle l'aide à aller mieux.

EN: Vous êtes actuellement en train de tourner le film F Word aux côtés de l'acteur Daniel Radcliffe, pouvez-vous nous dire quelques mots à propos du film ainsi que du tournage?
ZK: Oui bien-sûr. Il s'agit d'une comédie romantique autour du personnage de Daniel et du mien. Le personnage de Daniel tombe amoureux de mon personnage mais cache ses sentiments tandis que moi, mon personnage, est entre les deux, je ne sais pas trop ce que je veux. C'est d'ailleurs ce qui arrive souvent en amour entre les hommes et les femmes aussi compliqué que ce soit. Concernant le tournage, avant de le commencer j'ai entendu beaucoup de bien sur Daniel. À quel point il est professionnel, à quel point il est super comme garçon, donc j'étais très excitée à l'idée de travailler avec lui. Et c'est d'ailleurs le cas, je m'amuse vraiment beaucoup sur le tournage.

EN: Il n'est pas encore terminé?
ZK: Non je dois y retourner après avoir fait la promotion d'Elle s'appelle Ruby, Je le termine début octobre.

EN: Vous avez commencé votre carrière au théâtre à New York, à présent vous êtes une actrice très convoitée au cinéma. Avez-vous une préférence? Le théâtre ou le grand écran? Les deux?
ZK: Je voudrais continuer les deux, c'est mon but premier. C'est important pour moi que je fasse l'un puis l'autre mais je peux vraiment finir par m'ennuyer quand je joue une pièce. C'est toujours le même lieu et les mêmes scènes, alors que pour un film on change de scènes et de lieu chaque jour. Même si le théâtre est important à mes yeux et dans mon travail, je veux faire des films, si possible des romances.

EN: J'imagine que cela doit être dur de se concentrer lorsque l'on joue, en particulier lorsque l'on connait notre partenaire. Cela n'a pas été difficile de jouer avec Paul Dano dans une histoire d'amour impossible alors que vous êtes un couple dans la vie réelle?
ZK: Oui cela a été dur avec Paul, surtout au début. Les deux premiers jours étaient vraiment étranges parce que nous sommes ensemble depuis 5 ans, on se connait par cœur. De plus, nous avons des façons de jouer différentes lui et moi, ce fut donc un challenge. Mais il y a une honnêteté forte entre nous qui se voit et qui captive l'écran du fait que nous nous connaissons autant, alors ça a marché.


   cynthia