Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 17



Réalisateur de clips et de courts métrages, Pablo Berger s’est fait remarquer en 2004 avec son premier long métrage, Torremolinos 73, qui lui valut plusieurs prix au festival de Malaga, fut nommé dans quatre catégories par l’académie des Goyas et devint un énorme succès public en Espagne.

Huit ans plus tard, il récidive avec Blancanieves, ovni muet et en noir et blanc qui se réapproprie l’histoire de Blanche Neige. Sélectionné en compétition officielle au festival de San Sebastian, le film est revenu auréolé d’un prix d’interprétation pour la géniale actrice Maribel Verdu, d’un prix spécial du jury, et surtout accompagné d’un bouche-à-oreilles enthousiaste plus que mérité.

Bien sûr, on pense a priori à The artist, et Pablo Berger est d’ailleurs habitué à ce que l’on compare les deux films. Un handicap pour le cinéaste qui s’est battu pendant huit ans pour faire exister son projet ? Pas vraiment. Comme il le note lui-même, son Blancanieves situé dans le milieu de la corrida de l’Espagne des années 20 est conçu comme un hommage très actuel au cinéma muet européen de l’époque, ce qui le distingue de celui du film de Michel Hazanavicius, clairement inspiré du cinéma muet hollywoodien. Mais ce dont Pablo Berger parle le mieux, ce n’est pas de son "rival" un peu artificiel, mais bien de son film et de toute l’énergie qui l’a rendu possible. Rencontre avec un cinéaste tenace, passionné et visionnaire.

Ecran Noir : Comment est né le projet, et notamment, quelle est la première idée qui vous est venue : celle des contes ? de Blanche Neige ? du noir et blanc muet ?





Pablo Berger : C’est toute une combinaison d’évènements. Dans les années 80, j’ai vu Les rapaces d’Erich von Stroheim avec un orchestre qui jouait la musique en live. J’avais 18 ans et ce fut un choc de spectateur. Je n’avais jamais vu un film muet dramatique avant. Cela reste l’expérience cinématographique la plus forte de ma vie. Par la suite, dans les années 90, j’ai découvert le livre Espagne occulte de Cristina Garcia Rodero, qui est la seule photographe espagnole de l’agence Magnum. Elle a voyagé quinze ans en Espagne pour photographier le pays, et parmi ces photos, il y avait une série de toreros nains. Cela fait partie de la genèse de l’histoire : c’est là qu'est né mon désir de faire du cinéma muet ainsi que l’envie de créer une histoire avec ces personnages de toreros nains, et au milieu Blanche Neige. Il n’y avait pas d’échappatoire, ça devait être Blanche Neige, puisque mon premier vrai choc de cinéma, c’est Freaks de Ted Browning. Tout cela forme un univers vraiment cohérent !

EN : Dans le film, il n’y a pas que Blanche Neige, d’autres contes comme Cendrillon ou La belle au bois dormant apparaissent aussi. Avez-vous un rapport particulier avec les contes de notre enfance ?

PB : Oui, parce que je pense que l’origine du cinéma, c’est le conte. Et je me considère d’avantage comme un conteur qu'un cinéaste. J’adore l’idée d’asseoir le spectateur sur mes genoux pour lui raconter une histoire comme si c’était un enfant. Mais pas pour des raisons perverses (rires) !!! J’ai aussi une fille de 9 ans et depuis qu'elle a l’usage de la parole, je lui raconte une histoire tous les jours. La plupart sont inventées. Et quand je pars d’un conte existant, je le change, comme dans le film. C’est vrai qu'en quelque sorte, les contes m’obsèdent un peu. Pour moi, c’était le moment d’en parler. C’était aussi comme un cadeau pour ma fille. Elle sait que son père est réalisateur de films mais elle ne peut pas voir le précédent [Torremolimos 73] puisqu'il parle d’un réalisateur de pornos. Ce n’est pas l’idéal pour une petite fille…

Le conte est souvent violent et cruel. Et dans le film, vous jouez avec ça en exacerbant la cruauté et la dureté.

PB : Les contes viennent d’une tradition orale de centaines d’années. Les frères Grimm les ont simplement compilés. On parle d’une Europe analphabète et pleine d’inégalités. Les contes étaient un peu comme des histoires avec une morale, comme un exutoire, comme des métaphores de la vie. C’est-à-dire que c’est une manière d’indiquer à ses filles qu'il ne faut pas s’écarter du chemin, de peur de rencontrer le loup. Les contes présentent un monde plein de dangers. Maintenant, nous sommes passés de l’autre côté. Les contes de fées présentent un univers idéal, parfait, qui n’existe pas. Je ne suis pas particulièrement pessimiste mais c’est intéressant de regarder en arrière et de voir que dans les contes traditionnels, il y a une part de vérité : la vie est dure. Je pense que la vie va de pair avec un côté noir et un côté blanc. Il y a la mort mais il y a aussi l’amour. Je pensais que mon conte devait aussi refléter l’amour. Mais c’est vrai que je voulais faire la marâtre la plus méchante du monde ! C’est très amusant d’écrire des personnages méchants.

EN : On sent aussi l’envie de rendre un hommage un peu ironique aux films muets du passé.

PB : Oui, mais avec respect. Mes périodes de cinéma préférées, ce sont les années 20 et les années 70. J’aime énormément le cinéma européen muet. Mais je ne voulais pas faire une copie, un fac-similé de cette époque. Je voulais faire un film avec les codes du cinéma muet mais pour le public d’aujourd’hui. Effectivement, on peut trouver une sorte d’ironie, mais plutôt sur le genre du mélodrame qui était le genre roi dans les années 20. Dans ce sens-là, faire monter la tension de ce mélodrame en écrivant, c’était très amusant. A la limite d’un soap opéra. Je voulais aussi y mettre des émotions vraies. Les personnages négatifs sont extrêmes, "grand guignol", mais les personnages positifs, je voulais les traiter sur un plan de vérité.

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