Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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Réalisateur des Amants du Texas, sélectionné à la Semaine de la Critique et en compétition à Deauville, David Lowery nous explique les choix artistiques et techniques autour de son film , et évoque aussi bien ses méthodes de travail que l'aspect marketing du cinéma.
EcranNoir : Comment avez vous réagi quand vous avez appris que Les Amants du Texas allait être au Festival de Cannes (à La Semaine de la Critique) ? Puis ensuite qu’il serait en compétition ici au Festival Américain de Deauville ?




David Lowery : Aller à Cannes c’était en même temps excitant et effrayant parce que le film était prêt mais on était en train de retravailler un peu le montage et en particulier le mixage du son, et on n’avait pas encore terminé à trois semaines du début du Festival. Je me souviens que mon producteur m’a appelé pour me dire ‘tu seras à Cannes’ : j’ai été en quelque sorte exubérant pendant cinq minutes puis juste après j’ai considéré le travail qu’il restait à faire pour que le film soit vraiment terminé comme je voulais, et donc on n’a pas dormi les semaines suivantes. Apprendre cette nouvelle, que le film irait à Cannes, a été extraordinaire. Le moment où j’ai appris que le film serait à Deauville, c’était formidable parce que déjà c’était en compétition avec les autres, et surtout parce que Casey Affleck était venu ici auparavant et m’a dit que c’était un des ses meilleurs souvenirs de festivals. Il m’a dit que Deauville était une belle expérience, alors je suis très content de montrer mon film ici. J’apprécie aussi de revenir une nouvelle fois en France avec ce film sans la pression de Cannes, Cannes c’est intense comme une cocotte-minute pour le devenir d’un film au point que c’est difficile d’en profiter. Maintenant on sait par exemple que le film sort bientôt en France, à Deauville on le montre à un autre genre de public, c’est un peu plus relax.

EN : L’esthétique du film est particulière avec un équilibre délicat entre la lumière et les ombres. Aviez-vous des références spécifiques comme indications ou est-ce venu au moment du tournage ?
David Lowery : Pour certaines scènes j’ai fait quelques dessins mais pas beaucoup, pour la plupart des cadres je le décide quand je suis sur le plateau avec les acteurs. J’avais une idée générale des tonalités que je voulais pour composer mes plans, quel objectif utiliser et quel mouvement de caméra. Pour tout ce que est lumière et éclairage c’était assez précis et déjà discuté en amont avec mon directeur de la photographie. Nous avons regardé en effet plusieurs peintures qui jouent avec la lumière et l’ombre, je voulais moi une prédominance des ombres. Je voulais que les acteurs soient filmés non pas en très gros plan mais plutôt en gros plan médium, les filmer de manière simple mais qu’ils apparaissent très iconiques.

EN : La musique est très présente pour l’atmosphère des images, elle était déjà trouvée où elle est arrivée après ?
David Lowery : Je savais déjà au moment du tournage qu’elle allait être le rythme des séquences et comment, ensemble, elles seraient rythmées, puisque je suis aussi monteur de film. La musique n’était pas encore là quand on a commencé le montage, le compositeur a commencé la musique en se basant d’abord sur le scénario puis ensuite je lui envoyais des scènes montées pour qu’il modifie sa musique d’après les images. Ensuite on montait sa musique sur les images, il y a eu un va et vient d’observations, la musique est venue au fur et à mesure, on progressait main dans la main. La musique a influé sur la perception du film de manière très profonde, je n’avais pas espéré que la musique devienne à ce point un élément déterminant. Le musique est devenue presque l’ossature du film, elle contribue beaucoup aux émotions qui traversent le récit.

EN : Vous avez privilégier l’histoire d’amour en évitant les scènes d’action comme le hold-up où l’évasion…
David Lowery : On n’a jamais filmé ces scènes, et ce n’était pas prévu dans le scénario non plus. Je voulais vraiment faire un film qui montre les suites et les conséquences de l’action et pas l’action. Je voulais justement commencer mon film là où les autres films se terminent. Par exemple dans Bonnie and Clyde il y a le hold-up, la fuite, puis à la fin ils se font tirer dessus. Les amants du Texas n’a rien à voir avec ce genre de film, il débute justement au moment où ils sont encerclés par la police. Le public attend en général de voir le hold-up et tout ça, mais en enlevant ce genre de scènes, je suggère au public que c’est un autre type de film et qu’il faut porter l’attention sur d'autres aspects de l’histoire. Moi j’aime tous les moments avant et après l’action. Dès le début du film j’ai voulu être très clair que l’histoire tient à ce qui se passe après.

EN : Comment avez-vous convaincu Casey Affleck, Rooney Mara et Ben Foster de vous rejoindre ?
David Lowery : Le film pourrait sembler éloigné des autres films de studios, je leur ai simplement envoyé le scénario et ils ont aimé ce qu’ils ont lu, je leur avais aussi envoyé mon court-métrage qu’ils ont aussi aimé. Avoir mon script entre les mains avec aussi un exemple d’un film que j’avais réalisé a fait qu’ils ont eu confiance en moi et en mon projet. Je les ai rencontré chacun d’entre eux de manière individuelle à différents moments. Quand on rencontre quelqu’un, on se rend vite compte si on va avoir, ou pas, une bonne relation pour travailler ensemble. On devenus peu à peu amis, et c’était important pour moi de faire un tournage avec des amis pour qui, ce qui compte, c’est le film à faire.

EN : Vous avez fait le montage du film Upstream Color (découvert à Berlin, et aussi à Deauville) de Shane Caruth alors qu’il est connu pour justement tout faire (écrire-réaliser-interprèter-musique, production et distribution aussi) sur ses films, comment ça c’est passé ?
David Lowery : C’est une des expériences les plus mémorables que j’ai connu comme réalisateur de film autant que comme monteur. J’avais un peu peur d’aller faire le montage de son film et que ça ne fonctionne pas comme Shane Caruth aurait voulu, son film est très dense et très particulier. Son scénario ne ressemblait à rien de ce que j’ai pu lire avant, et en voyant ce qu’il avait filmé c’était certain que lui avait une vision très précise de ce qu’il faisait, j’étais un peu inquiet de faire un montage qui pouvait le décevoir. Je lui ai dis dès le départ que si quelque chose ne lui convenait pas, ça ne serait pas une bonne idée qu’il me garde. Il se trouve que j’ai compris assez vite ce qu’il voulait et j’ai été dans son sen. C’est bizarre mais le montage a été plutôt facile et rapide. J’ai été chanceux que le montage soit exactement ce qu’il souhaitait. Le film Upstream Color semble très complexe en surface mais ce n’était pas comme si le montage consistait à rassembler un puzzle, c’était plutôt comme essayer d’améliorer une partition musicale. Ce montage s'est fait juste avant de commencer le tournage de mon film.
Je suis un peu jaloux du contrôle de Shane Caruth sur son film qu’il distribue lui-même. Ceci dit c’est bien aussi de ne pas avoir à travailler sur ces aspects de commercialisation. Je sais par quoi Shane Caruth est passé, il ne dormait plus et voyageait tout le temps pour rencontrer plein de gens. C’est beaucoup de travail, je ne sais pas si je pourrais assumer tout ça. Il y a certaines choses qu’a fait le distributeur américain des Amants du Texas avec lesquelles je ne suis pas d’accord à 100% : l’affiche est bonne mais j’aurais monté le trailer un peu différemment. Quand on travaille avec un distributeur c’est lui qui fait ce qu’il pense être le meilleur choix pour que votre film rencontre le plus de public.


   Kristofy