Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 18



En pleine promotion de son second film, Mon cher enfant, Mohamed Ben Attia s'est plié à l'exercice de l'interview avec plaisir. Sans langue de bois, il dit tout ce qu'il pense et tout ce qui l'a mené à écrire l'un des meilleurs films de la Quinzaine 2018. Rencontre.
Ecran Noir : Pour écrire le scénario de Mon cher enfant, quels types de recherches avez-vous entrepris ?





Mohamed Ben Attia :L'essentiel de l'histoire est purement fictif et tourne autour de cette famille, de leur réalité. La partie traitant du djihad a été nourrie par des rencontres et des témoignages de parents. Dans la résidence Rades Forest, là où on a tourné le film, six familles ont été touchées par ces départs pour la Syrie dont le propriétaire de l'appartement, le lieu du tournage. Pour tous les détails relevant de la procédure administrative, le Ministère des affaires étrangères nous a beaucoup renseignés sur la question.

EN : Que pensez-vous de l'appellation "film social" pour désigner Mon cher enfant ?

MBA :J'ai du mal avec ces raccourcis qui peuvent non seulement mal renseigner le spectateur mais aussi ne pas correspondre au film. Pour moi le sujet du film est au-delà du fait divers ou de l'actualité. On parle de couple, de choix de vie, de paternité et d'idéologie. Dans cette recherche du bonheur ou plutôt dans cette misère affective et idéologique, la radicalisation devient le syndrome d'une société moderne et "malade". Maintenant tout ce que dit le film peut être interprété d'un point de vue social et politique, mais le qualifier de film social me semble réducteur.

EN : Comment s'est déroulé le casting des parents de Sami ?

MBA :On a eu beaucoup de chance. Le casting est une étape que je redoute puisque je pars avec plein d'attentes et d'envies et au final une journée de casting se résume à deux ou trois rencontres. Mais pour ce film, Mohamed Dhrif et Zekeria Ben Ayed ont été les premiers choix du directeur de casting et ce sont avérés les meilleurs acteurs pour les rôles du père et de son fils. Pour le rôle de la mère, Mouna Mejri se trouve être la mère de Majd Mastoura, l'acteur qui a joué dans [son précédent film, NDLR].

EN : Comment est née l'idée des migraines ?

MBA :J'en souffre depuis mes 20 ans et l'analogie avec le départ de Sami était là depuis le début du scénario. Mes propres parents ne savaient plus comment résoudre le problème et passaient beaucoup de temps à chercher le pourquoi du comment. Et c'est finalement ça le plus dur quand on souffre de migraine, arriver à cerner les causes. Parfois les raisons ne sont pas aussi évidentes et c'est d'autant plus frustrant pour le patient que pour son entourage.

EN : Avant d'écrire Mon cher enfant, étiez-vous particulièrement intéressé par la thématique de l'embrigadement des jeunes ?

MBA :Je me posais des questions comme tout le monde, mais à aucun moment je n'avais l'intention d'en faire un film. C'est un témoignage à la radio qui m'a particulièrement troublé et qui a été le déclic pour commencer à écrire sur le sujet. Petit à petit, je voyais que le scénario prenait une autre tournure, une dimension plus large, plus complexe qui, du coup, pose de nouvelles questions sur ce sujet.

EN : Avez-vous rencontré des problèmes ou dû faire avec des limites ou des contraintes lors de vos recherches sur les cellules terroristes ?

MBA :Non, aucun problème de cet ordre là. Le seul souci était l'octroi de l'autorisation de tourner en Turquie. Les autorités turques étaient contre l'idée d'associer leur pays à ces démarches de départs des jeunes et on a dû batailler pour finalement obtenir cette autorisation qui nous a été délivrée pendant le tournage en Tunisie.

EN : Après la sortie de Mon cher enfant en France, que comptez-vous faire ?

MBA :Là j'écris une nouvelle histoire, différente de Mon cher enfant. J'espère que l'ambition du projet ne sera pas un frein pour son développement et que du coup ça ne prendra pas trop de temps. On croise les doigts.


   wyzman