Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



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 (c) Ecran Noir 96 - 19





Une chance sur deux réunit deux monstres sacrés, Belmondo et Delon, autour d'une star de notre époque, Vanessa Paradis. Patrice Leconte, réalisateur des Spécialistes, avait envie de s'amuser. Et de nous divertir par la même occasion...






Bertrand Amice : “Comment vous êtes vous réparti les tâches techniques avec Patrick Dewolf ?"

Patrice Leconte : “Avec Patrick Dewolf, on écrit vraiment à quatre mains, c’est à dire, qu’il n’y a pas de répartition des tâches, on invente, on conteste, on dit “non tu te trompe, tiens j’ai une meilleure idée... ah bon l’idée qu’on a eu hier j’y repense, je crois que il y aurait ça de mieux?”. C’est vraiment un travail à quatre mains, enfin à deux mains! (rires), parce qu’on écrit d'une main chacun. Et c’est vraiment comme ça que cela se passe, et ça c’est toujours passé comme ça avec lui. On se complète quoi, et surtout on n’a pas peur de dire à l’autre “non, je crois que c’est pas bien ça” et quand l’autre dit “c’est pas bien”, on est tous les deux confiants pour dire “oui, je crois que t’a raison”. Enfin bon voilà, à l’arrivée, on ne sait absolument plus lequel de nous deux a écrit quoi.”

BA : “ Pour écrire le scénario, vous êtes parti de la fin ou du début ?”

PL : “Non, l’idée du scénario, elle est venue du début. D’après les personnages parce que quand on s’est dit Delon/Belmondo/Vanessa Paradis parce que on a écrit pour eux trois, la question était qui sont-ils les uns par rapport aux autres ? Quels sont leurs personnages ? Leurs rapports ? Qu’est-ce qui font? qu’est-ce qui ont fait? et quand on a trouvé cette idée d’une fille qui avait jamais connu son père, et qui découvre qu’elle en a deux possibles, bien voilà, c’est là dessus qu’on est parti.”

BA : “Et au niveau des dialogues, comment s’est passée votre collaboration avec Serge Frydman ?”

PL : “Ca s’est passé, j’allais dire à l’ancienne, cela s’est fait comme à l’époque où les films se faisaient avec des gens qui écrivaient le scénario, et un autre Prévert, Jeansson, Audiard enfin bon on peut citer tous les grands. Un type qui arrivait et faisait les dialogues. Nous en fonction du talent, de l’humour, de l’esprit de Frydman, j’avais toujours dit, ce qui serait formidable, c’est que Serge Frydman écrive les dialogues de ce film, comme ça, cela nous déchargera d’une tâche avec Dewolf. donc, quand avec Dewolf on écrivait le scénario, on écrivait des dialogues provisoires sur lesquels on se cassait pas trop le derrière. Simplement parce qu’on ne peut pas écrire qu’une histoire sans dialogues. On écrivait les dialogues, après dans un deuxième temps, on a passé le scénario à Frydman, on lui dit “tous les dialogues qui sont là, tu les vires, et tu les réécris et tu les réinventes”, et c’est ce qui'il a fait avec son talent.”

BA : “Vos rencontres avec Alain Delon, Jean-Paul Belmondo et Vanessa Paradis, ça s’est passé quand ?”

PL : “La première rencontre, enfin physique si vous voulez, la première fois qu’on s’est vu avec Alain Delon, c’était totalement inattendu, et c’était pas une rencontre à propos de ce film, c’est-à-dire, que lui savait que j étais en train de travailler sur ce film. Je savais que j’allais faire un film avec lui, si tout allait bien. Mais on s’était jamais rencontré, ni même parlé au téléphone, et c’était très amusant parce que c’était le soir de la générale de Belmondo au théâtre pour la pièce de Feydeau (La puce à l’oreille), donc parterre très parisien tralala etc... Et je m’assié à ma place et puis juste devant moi au rang devant s’assié d’abord Claudia Cardinale et juste à côté d’elle Alain Delon. Donc, un certain nombre d’années plus tard, le couple du Guépard. Il y a avait de l’émotion cinématographique, mais surtout, je me disais, voilà Alain Delon que je ne connais pas, à qui je n’ai jamais serré la main, qui est assit en face de moi, je vais quand même pas lui taper sur l’épaule pour lui dire “Bonjour monsieur, je suis Patrice Leconte, on va bientôt faire un film ensemble”, enfin, je savais pas quoi faire. Et puis lui en s’assayant, il avait croisé très rapidement mon regard, donc il devait avoir la même impression. Et puis, à l’entracte quand la salle s’est rallumée pour la pause, on s’est levé tous les deux pour aller se dégourdir les jambes et tout, il s’est retourné et en même temps au même moment, hop! on s’est serré la main et il m’a dit “Je suis content de vous connaître, à bientôt”, et voilà. C’était quelque chose d’amical et c’était bien. Avec Jean-Paul (Belmondo), c’était plus traditionnel si vous voulez, c’est que... moi ce sont des acteurs que je n’ai rencontré que lorsque le scénario était écrit. Parce que, je ne voulais pas parler de quoi que ce soit avec eux, je voulais écrire le scénario comme je l’avais en tête, leur soumettre et espérer qu’ils aiment ça. Donc, avec Belmondo, ça s'est passé chez lui, il avait lu le scénario, il l’avait aimé et je suis allé le voir pour que tous les deux on discute, qu'il me raconte ce qu’il avait... enfin voilà, qu’on se parle du film qu’on allait faire. Et c’est vrai, que c’était une rencontre extrêmement émouvante parce que c’est un type que j’aime énormément comme spectateur, que j’avais jamais rencontré. Et là, je l’ai vu non pas en public et donc en représentation, mais dans l’intimité tranquille de chez lui. Il ne cherchait pas à m’éblouir, il était vraiment nature lui même. Et je l’ai trouvé magnifique, émouvant, vrai, simple. Et je me suis dis “Bien voilà, avec un acteur comme ça, il y a moyen de faire des choses merveilleuses.”

BA : “Et avec Vanessa Paradis ?”

PL : “Vanessa Paradis, là aussi c’était un hasard. J’avais passé un coup de fil au producteur Christian Fechner, et je lui avais dis “J’ai un truc à vous dire, est-ce que je peux passé maintenant”, c’était un jour en fin d’après-midi. Et il me dit “Ah ça tombe bien, passez; maintenant, oui ça tombe bien”. Alors, je me dis “pourquoi ça tombe bien?”, cela veut dire qu’il est libre. Alors, en voiture je circule, puis je me gare et je monte au deuxième étage dans son bureau, et il était avec Vanessa Paradis. Je dis “Ah bon, c’est pour ça qu’il a dit ça tombe bien”, c’est parce que d’une manière totalement inattendue, inopinée, on va pouvoir faire connaissance, se dire bonjour. enfin, c’était ça les premières fois pour chacun d’eux.”

BA : “Quelles ont été les cascades les plus difficiles à régler ?”

PL : “La cascade, sincèrement, la plus difficile à régler ce fut cette histoire d’hélicoptère, de bagnoles et d’échelle de corde parce que je tenais à ce que ce soit quelque chose de très léger, pas comme un tour de force, parce que dans la situation du film, enfin, Belmondo monte à l’échelle en mongréant du genre “Ah bon, une fois de plus faut que je me tape ça”. C’est tout l’humour de la situation évidemment. Donc, il fallait que ce soit léger et enlevé. Et ce jour là, enfin c’est une cascade, c’ est très compliqué à régler. C’est dangereux, puisqu’il se fait pas doubler cet homme-là. Et que ça l’amuse de le faire lui même. Ce jour là, il y avait beaucoup de vent, un vent latéral très fort, donc le pilote de l’hélico avait beaucoup de mal à, et je pouvais pas lui en vouloir, à positionner l’échelle précisément. Quand on pilote un hélico on voit pas à la verticale ce qu’il y a au dessous. C’était très compliqué, tout un système de relais pour dire “plus haut, plus bas, plus à droite, plus à gauche”, et le moment où Belmondo devait prendre l’échelle et se laisser embarquer... Eh bien, il fallait qu’il y aille, fallait pas qu’il hésite, fallait pas que l’hélicoptère se mette à descendre parce que sinon Belmondo était traîné sur le macadam. Enfin, on en a un petit peu bavé.”

BA : “Aviez-vous envisagé plusieurs fins avec Patrick Dewolf ?”

PL : “Non, d'emblée on s’était dit “Voilà, elle a deux pères possibles, enfin c’est ça la situation du scénario. Ils n’ont pas le temps de faire des analyses de sang, ce qui leur permettraient de déterminer le vrai père, parce qu’il y a tout un bazar qui les empêche, qui repousse à toujours plus tard le moment où ils pourront aller tranquillement dans un laboratoire. Et nous, notre idée, cette fille qui avait deux pères possibles, dont un était le bon. Elle venait de passer 1 heure 50, enfin plusieurs jours avec eux deux. Et quand à la fin du film, elle avait les résultats des analyses, elle voulait pas en prendre connaissance et déchirait l’enveloppe pour garder ses deux pères, parce qu’elle voulait pas dire “bonjour à l’un et au revoir à l’autre”. Donc, c’était notre idée depuis le départ, l’idée est assez simple. En fait, d’une certaine manière Belmondo et Delon, en les superposant, ça pouvait pour une fille de maintenant, faire une espèce de père imaginaire et idéal.”

BA : “Comment avez-vous trouvé les acteurs russes Alexandre Lakovlev et Valéry Gataev ?

PL : “On a été faire du casting à Moscou, parce que, comme les méchants de ce film c’est la mafia russe, je me suis dis, ça va être bien on va avoir l’occasion de prendre des vrais acteurs russes qu’on a jamais vu ici. Qui parleront pas, c’est pas grave, j’ai pas besoin qu'ils parlent français, ils seront sous-titrés. Et on a été faire du casting à Moscou et j’ai été enchanté de travailler avec ces types là, parce que c’est des gens merveilleux, des bons acteurs, ils ont été généreux, disponibles, enfin superbes. J’ai adoré filmer ces gens là, parce que c’était pas des russes d’opérette, c’était des vrais bons acteurs russes.”

BA : “Votre prochain film sera "La fille sur le pont" avec Vanessa Paradis et Jean-Pierre Marielle. Quand allez-vous le commencer ?

PL : “Le tournage commence mi-août jusqu’à fin octobre 1998, c’est pas un film très long.”


   bertrand