Sara Forestier
Sara Forestier. Elle trouve que son nom est passe-partout, alors elle emprunte celui de Bahia BenMahmoud pour Le nom des gens. Rencontre avec une actrice nature et généreuse.



Gilles Perret
Hélène Giraud
Ryusuke Hamaguchi
Rohena Gera
Mohamed Ben Attia
Lav Diaz
Jonas Carpignano
Marc Webb







 (c) Ecran Noir 96 - 19





Nous sommes dans un grand hôtel, dans une grande suite, dans une grande tour. L'équipe TV qui me précède remballe ses cables. Je me prends les pieds dedans lorsque la jeune fille productrice-animatrice me félicite pour mon travail. Je deviens aussi rouge pivoine qu'un Michel Blanc dans Les Bronzés. Bref, Leconte s'assoit. C'était un an avant le tournage de La veuve de St Pierre qui aura lieu au Canada. Et avec humour et simplicité, il se prête au flash back sur sa carrière.






Ecran Noir: On a 25 minutes...

Patrice Leconte: 5 minutes suffiront...

EN: Vous êtes méchant là.... Vous avez commencé avec Les WC étaient fermés de l'intérieur.

PL: C'était en 75. Gros échec.

EN: Quel souvenir ?

PL: Souvenir épouvantable. Sincèrement épouvantable. Quand vous voulez faire des films, et qu'un beau jour vous avez la chance de réaliser votre rêve qui est de faire un premier film, et que ça se passe mal, vous vous dîtes: « merde, j'avais un rêve et ça devient un cauchemar. » Ca a été un cauchemar parce que je ne me suis pas du tout entendu avec Rochefort.

EN: Vraiment ?

PL: Ca a été une horreur. Je peux le dire maintenant parce qu'il y a prescription et qu'on s'est joliment retrouvé. Ce tournage a été terrible: j'ai vieilli de 10 ans en l'espace de 2 mois de tournage.

EN: Vous aviez fait quoi avant ?

PL: Mais rien...enfin si, j'avais fait 12 courts métrages, une école de cinéma, j'avais vu 5 films par jour pendant des années... Le cinéma ne m'était pas tombé dessus comme ça par hasard. J'avais toujours tout fait pour faire du cinéma. Et ça s'est pas bien passé. C'était très très lourd. Je me souviens que j'allais au tournage, et je me disais: « vivement que ça se termine... ». Je me disais : « je termine le tournage du film et j'arrête. J'ai rêvé du cinéma mais le cinéma n'a pas rêvé de moi. » Sincèrement. Et puis j'ai compris sur ce film qui s'était si mal passé, je me suis dit: « en tout cas, si un jour je refais un film, plus jamais je ne revivrais ce que je viens de vivre. »

EN: Qu'est ce qui était épouvantable sur ce tournage ?

PL: Tout a été épouvantable: le rapport avec les acteurs, en l'occurence avec Jean Rochefort, le rapport avec la production. C'était une grosse maison, la Gaumont. Ca ne venait pas comme je voulais. Quand vous êtes cinéaste, vous avez des images qui vous trottent en tête et puis notre rôle c'est essayé de les transformer en images qui trottent sur un écran. Et je n'arrivais pas, sans doute par méconnaissance, ou incompétence, ou parce que j'étais trop jeune, je n'arrivais pas à faire exister comme je voulais ces images que j'avais en tête. Parce que je m'y prenais mal sûrement, car c'est en grande partie de ma faute. Mais ce qu'il s'est passé surtout c'est que j'étais un jeune cinéaste qui faisais son premier film, et je me disais: « merde, on a quand même le droit de faire quelques erreurs. » Normalement on pardonne à un débutant. moi on ne me pardonnait rien. Le montage s'est aussi mal passé parce que je suis tombé sur un chef monteur qui n'en faisait qu'à sa tête. J'ai eu l'impression tout le temps que le film m'échappait.

EN: C'était une commande ?

PL: Non! Parce que si ça avait été un film de commande ça n'aurait pas été grave. Je me serais dit que c'est un film de commande, que c'est tout ce qu'il mérite, d'accord....C'est un film que j'avais très envie de faire, que j'avais écris...

EN: Après Les Bronzés, et puis Les Bronzés font du ski.

PL: Et ça, ça a été mieux.

EN: Oui, apparemment...

PL: D'un seul coup, toute ma vie a basculé dans le bon sens. J'avais l'impression sur Les WC ... d'avoir été précipité dans une espèce de marécage étrange; et pour moi c'était pas ça le cinéma. Et quand quelques années plus tard, après m'être posé beaucoup de questions, la proposition de faire Les Bronzés est arrivée, j'ai été enchanté. Quand je dis que ça a changé ma vie, c'est que c'était une chance inouïe de faire ce film. Cette bande du Splendid, je les connaissais tous très bien, je les aimais, on s'entendais tous très bien. L'esprit circulait. Et puis on est parti, ils me faisaient confiance: eux avaient aimé le fameux film. Ils avaient été les seuls sans doute... Et puis on est parti. Je leur dois beaucoup de choses parce que c'est eux qui m'ont inmposé sur le film. C'était un spectacle de café-théâtre, et un producteur leur a dit: « faisons l'adaptation cinéma. » Ils ont dit d'accord et quand le producteur a dit qu'il faudrait trouver un réalisateur , ils ont dit: « Ah Leconte! » Il ne me connaissait pas. C'est eux qui ont insisté pour que ce soit moi. Donc aujourd'hui, je ne sais pas si je leur dois tout, mais je leur dois beaucoup.

EN: Jusqu'aux Spécialistes, vous avez d'ailleurs été plutôt abonné aux comédies, avec Michel Blanc...

PL: J'ai aimé beaucoup cette période parce que lorsque je faisais des comédies, je ne savais pas que c'était une période et qu'un jour j'aurais la chance de faire autre chose. J'en savais rien du tout. C'était pas plannifié, j'ai jamais rien plannifié ni programmé. Et quand j'étais enfant ou adolescent, ma tournure d'esprit a toujours été ça! La comédie, faire rire, essayer de rire de tout... C'était vraiment là dedans que je me sentais bien. Et puis c'est toujours pareil: on n'est moins à nu quand on fait rire les gens, parce qu'on peut rire de n'importe quoi. On peut maquiller. Et ça me convenait tout à fait. Aujourd'hui, enfin quand j'ai commencé à faire des films plus personnels, on va appeler ça comme ça, comme Monsieur Hire, ou le Mari de la coiffeuse, ou Tandem, on m'a dit: « mais Les Bronzés c'est passé, on oublie ça... » Comment ça on oublie ça? Vous plaisantez là?!?!

EN: C'est très intello-parisien comme réflexion...

PL: C'est assez parisien. Ce qui est très parisien, c'est que tant que vous faîtes des comédies, vous n'êtes rien; et quand on commence à vous prendre en considération, à vous donner des récompenses, à vous sélectionner dans les festivals, à avoir des César éventuellement, ça peut encore vous arrêter de faire des comédies. Faire du divertissement c'est pas bien vu. Et aujourd'hui, alors là on saute un peu dans le temps, après le film Une Chance sur deux, je retombe exactement dans la même chose.

EN: On vous reproche d'avoir fait un divertissement ?

PL: On ne me le reproche pas parce qu'on me fait confiance et qu'on me dit: « on a aimé tel film, tel film et tel film... » On vous fout pas à la poubelle pour autant. « On a confiance, mais refaîtes nous du cinéma comme on aime. Pourquoi vous nous faîtes un film de divertissement? » Je trouve ça absurde! Enfin bref. Et donc quand j'ai fais des films plus personnels, on m'a vraiment...

EN: Mais vous les écriviez vos films... même avant Tandem...

PL: Oui, oui j'en avais écrit plusieurs avec Michel Blanc...

EN: On peut donc appeler ça des films personnels...

PL: Oui mais ce n'est pas personnel à partir du moment où on voulait faire rire les gens.

EN: Buster Keaton, il faisait rire, et c'était personnel?!?!

PL: Mais c'est pas à moi qu'il faut dire ça! Je suis d'accord!

EN: Qu'est ce que vous aimiez comme comédies dans le cinéma, avant de commencer ?

PL: Je serais un petit peu embarrassé pour vous répondre parce que le cinéma de comédie au moment où on a fait Les Bronzés était un cinéma qui vieillissait beaucoup.

EN: Tout à fait.

PL: C'était le cinéma des films un peu trouffion, militaire, bidasse et compagnie...

EN: Les Charlots, De Funès...

PL: Oui c'est ça! C'était les films de Robert Lamoureux, les films de Gérard Oury, c'était les films de la vieille garde quand même; pardon pour eux. Et quand on a mis en place au cinéma cet esprit café-théâtre, plus ironique, plus iconclaste, plus moderne, tout simplement, ça a été assez novateur... Si ces films ont tellement plus, c'est parce que d'un seul coup c'était autre chose. Et que c'était un humour qui concernait la nouvelle génération.

EN: La réalité aussi...

PL: C'est juste. C'était un cinéma comique plus attentif au quotidien.

EN: C'était même un cinéma d'observation !

PL: C'est très juste. Et au moment où on faisait Les Bronzés, il n'y en avait pas tellement d'autres qui faisaient des film de cet accabis. Alors, à cette époque là, je pourrais pas vous dire les films d'humour que j'aimais, enfin en France....

EN: Et plus loin dans l'histoire du cinéma ?

PL: Moi, ma passion c'est les Marx Brothers. Beaucoup plus que Buster Keaton finalement. Evidemment, Chaplin est un grand metteur en scène. Mais Les Marx Brothers, Grucho en tête. La soupe au Canard comme figure de proue, je trouve ça et je trouverai toujours ça formidable; parce qu'il y avait un esprit tellement iconoclaste, anarchiste un peu quand même, ... c'était des fouteurs de merde. Et aujourd'hui, il y a toujours des leçons à prendre, avec le recul, de ces gens-là. Ces gens qui ne respectaient rien ni personne...

EN: ... irréverrencieux même...

PL: Et oui; l'irréverence c'est merveilleux. Être irrévérencieux systématiquement, c'est pénible. Mais être irrévérencieux en choisissant pour cible des gens qui méritent l'irrévérence parce qu'on a été trop révérencieux, ou des institutions, ou ce qu'on voudra... foutre un peu la merde en ayant l'air bien élevé, c'est... c'est top.

EN: Plus tard, vous avez fait les Spécialistes: c'est votre plus gros hit.

PL: Oui c'est le plus gros succès et quand on dit de mon travail que c'est à partir de Tandem que j'ai changé, c'est pas vrai. Les Spécialistes, c'est ce film là qui m'a ouvert les yeux; parce que c'était le premier vrai film qui n'était pas une comédie. Jusqu'aux Spécialistes, je faisais une comédie tous les ans... À partir des Bronzés, ma vie a changé, le succès était là, on me faisait confiance, et les choses roulaient comme on dit. Mais quand je commençais à m'ennuyer de faire des comédies, c'est Les Spécialistes qui m'ont sorti de là. C'était un coup d'électrochoc dans le derrière. Je me suis dit: « mais c'est vrai après tout, pourquoi je ne ferais que des comédies? Et après Les Spécialistes, j'avais ni envie de retourner à la comédie pour refaire des comédies régulières, encore moins envie de faire une période « films d'action ou d'aventure» , mais je me disais maintenant: « je ne sais pas si je peux faire n'importe quoi, tout ce qui me trotte en tête, ça je n'en sais rien, mais en tout cas après le succès des Spécialistes, un succès énorme d'ailleurs, je peux me payer le luxe de faire un petit film qui n'interessera personne. » Pour voir. Je peux quand même. Je sors d'un gros succès donc laissez-moi ... Ce petit film en question, ça a été Tandem; je l'ai fais dans un total état d'inconscience en me disant que ce n'est pas grave si ça ne marche pas; mais ce qui est le plus rigolo, c'est qu'après un gros succès comme Les Spécialistes, quand vous avez derrière vous Les Bronzés, Viens chez moi j'habite chez une copine, d'autres très gros succès, vous dîtez un jour à des amis producteurs, à qui veut l'entendre: « voilà je voudrais faire Tandem maintenant. » On vout dit non. Et vous pouvez pas faire Tandem. Et j'ai ramé pour faire Tandem, vous n'imaginez pas! J'ai fais tous les producteurs de Paris, et on me disait avec beaucoup d'amitié et de bienveillance: « attendez, pas ça! vous sortez des Spécialistes! Patrice, vous n'y pensez pas! Faîtes-nous encore des films encore à succès comme ça ... » Je répondais: « Oui peut-être un jour. je voudrais faire Tandem, je ne demande pas grand chose. » C'était un film qui coûtait 3 francs 6 sous. On a fait ça avec une toute petite équipe. Les Spécialistes c'était un gros truc. Tandem on était 8 pour le faire.

EN: Comment est venue l'idée de Tandem ?

PL: J'ai toujours aimé la radio. Ca a ça de bien la radio justement : ce n'est que du son. Je t'apprend pas grand chose...C'est la porte ouverte à l'imagination. La télévision, on peut rêver au delà des images de TV, imaginer les choses, imaginer les destins, les coulisses, ce qu'on veut. Mais la radio c'est encore plus magique. Parce que ce ne sont que des voix. Et d'imaginer la vie de ces voix là c'est assez inspirant. Donc je suis parti là dessus. Mais le projet de Tandem remontait à longtemps, puisque je me souviens avoir un repère très précis: la 1ère version de Tandem j'étais en train de l'écrire quand Viens chez moi j'habite chez une copine sortait. C'était un projet qui remontait à 4... non à 5 ans avant. Mais ça a été très difficile de faire Tandem.

EN: Vous y avez retrouvé Jugnot; Rochefort...Ca s'est mieux passé apparemment...

PL: On s'est retrouvé. C'était drôle parce que, je le raconte souvent, mais sur Les WC on ne s'était vraiment pas entendus; j'avais détesté ce type là. Comme j'ai mon orgueil à moi, je me disais: « Rochefort s'est trompé, il faut absolument que je lui prouve qu'il s'est trompé et que je suis quelqu'un de bien. » Voyez l'orgueuil, mais bon.

EN: C'est constructif...

PL: Ah ça.... ça pousse en avant. Et Rochefort , pendant les 10 ans qui séparaient Les WC de tandem, on ne s'est jamais revus. Moi je le voyais parce que j'allais le voir au cinéma, parce que je trouvais que c'était un grand acteur. Lui c'est un grand acteur, moi je suis pas un grand metteur en scène. Et je vais lui montrer qu'il s'est gourré. Donc je lui ai envoyé le scénario de Tandem parce que je pensais vraiment qu'il serait formidable dans ce film. Et il m'a rappelé en me disant: « mais qu'est-ce que j'apprends Patrice, tu es devenu fou, tu veux refaire un film avec moi? » Je lui ai dit: « peut-être suis-je devenu fou, mais dis le au moins. » Lui avait suivi mon évolution entre temps, donc il s'était calmé, et puis il était devenu un homme plus serein quand même. Je lui ai envoyé le scénario, il l'a lu aussitôt, il l'a adoré et il m'a rappelé aussitôt. Il a laissé tomber au téléphone cette formule définitive: « Patrice je t'interdis de faire ce film sans moi! » On s'est vu et notre histoire d'amour a commencé là.

EN: Vous avez fait Le Mari de la Coiffeuse après.

PL: C'est ça. On a fait Tandem, Le Mari de la Coiffeuse, Tango, Les Grands Ducs... Et Ridicule !

EN: Le Mari de la Coiffeuse a marqué (Ce fut un énorme hit en Espagne, au Japon...)... Un film éminemment poétique...et dramatique.

PL: Ca fait partie de ces films... Tandem on ne sait pas très bien pourquoi on fait des films comme ça; Monsieur Hire c'est plus clair. C'est l'adaptation d'un roman de Simenon, dont on se dit « tiens, je vois comment je peux faire les choses, je vois quel travail je peux faire... »

EN: C'est le travail d'adaptation qui vous plaisait dans ce film ?

PL: Le travail d'adaptation qui me portait à faire un film à l'arrivée. Et puis aussi le fait que j'aimais beaucoup l'adaptation qu'en avait faîte Duvivier, ce film qui s'appelle Panique, qui date de 47, quelque chose comme ça, avec Michel Simon. Panique, je trouvais que c'était un film très dramatique, romanesque. fort, déchirant. J'ai lu le bouquin, je l'ai lu après. Je me suis dit: « je crois que je peux faire autre chose. » Alors une aventure comme Monsieur Hire, c'est une aventure plus facile à expliquer: un bouquin , un coup de coeur, des images qui vous trottent en tête ...

EN: Michel Blanc; Sandrine Bonnaire...

PL: Voilà... ça vient après. Mais sur le projet...

EN: Vous ne pensez jamais aux acteurs, avant...? C'est toujours après ?

PL: Non c'est souvent avant. Mais quand j'ai fais Monsieur Hire, c'était le bouquin qui m'inspirait. J'avais pas besoin de m'inspirer avec des acteurs. En cours de route, on écrivait et on se demandait qui pourrait jouer Monsieur Hire. On ne savait pas, on continuait à écrire, et on verrait plus tard. En revanche, autant Monsieur Hire est un film dont on peut canaliser l 'élaboration, on va dire comme ça, autant Le Mari de la Coiffeuse c'est un film de pure rêverie...

EN: C'est poétique, c'est tragique...

PL: Oui c'est un film assez déraisonnable. C'est vrai que si on remonte à l'origine d'un film comme ça, je n'arrive pas à trouver d'où est parti ce film. Très souvent quand je fais des films, quand j'ai des envies de films ou des rêveries de films, ça part souvent d'images. Et le Mari... je me demande si ce n'est pas parti plutôt d'odeurs. Parce que le Mari... ça se donne comme étant un film auto-biographique. Mais enfin c'est du pipeau, c'est une copie quoi. C'est pas vrai. J'ai jamais épousé une coiffeuse. Comme c'est un film parlé à la première personne, on croit que c'est un film autobiographique.

EN: Je ne sais pas: vous faîtes la danse du ventre ?

PL: Moins bien que Rochefort. Beaucoup moins bien, il est très doué. Je ne sais pas comment il est parti, franchement j'en sais rien.

EN: Il a quand même cartonner dans certains pays comme le Japon...

PL: Au Japon, oui, c'est incroyable. Les pays latins aussi: l'Espagne... En Espagne, il est resté 2 ans en exclusivité. Ce sont des aventures incroyables. Puis un jour, pour faire un film publicitaire, je suis allé en Argentine, et puis j'ai rencontré des gens et on m'a présenté comme étant un réalisateur français. Les gens ne retiennent pas les noms des cinéastes. C'est pas grave, c'est mieux qu'on retienne les films. Et on me demandait ce que j'avais fait comme films, et je citais comme ça, sommairement,quelques films, dont Le Mari de la Coiffeuse, et là: « c'est vous qui avez fait Le Mari de la Coiffeuse? » D'un seul coup, à Buenos Aires, dans un bar, il y a des gens qui tombent à la renverse; c'est tout juste s'ils ne vous embrassent pas. Et au Japon, par exemple, pourquoi ?

EN: L'érotisme peut-être ?

PL: Peut-être... et aux Etats Unis ?

EN: Aux Etats Unis, je ne sais pas... Après il y a eu Tango. Et un court métrage entre temps aussi.

PL: Est-ce qu'il s'est fait à ce moment là ou après Tango ?

EN: Le batteur de Boléro ?

PL: Ah oui..? c'était un petit caprice. Enfin ce n'est pas une crotte de bic, mais c'est un petit caprice d'une idée de court métrage qui me trottait dans la tête depuis longtemps. Je me suis dit plutôt que ça me trotte en tête, et comme à chaque fois que je le raconte à mes amis, ça les fait marrer, je le fais! Et puis voilà, c'est fait. Puis après il y a eu Tango, mais Tango, je me suis un peu planté.

EN: Pourtant l'ouverture est phénoménale.

PL: Non mais c'est un film dans lequel il y a sûrement des qualités, il y a des bouts du film que je trouve réussis; mais je me suis un peu planté parce qu'après Tandem, Hire et la Coiffeuse, qui avaient été 3 films salués par la critique, qui avaient eu des Prix, des sélections, qui étaient une espèce de petite musique intimiste et stylisée, même si c'est 3 films tout à fait différents, je me disais: « ah bah zut! j'ai eu une période de comédies, me voilà embarqué dans une espèce de cinéaste-musique de chambre. » Vous voyez ce que je veux dire. Et je ne voulais pas me laisser enfermer dans ce côté des miniatures en cinémascopes, ce côté un peu minimaliste, intimiste... et j'avais envie, plus fort que tout, que dans Tango, on fasse pêter les murs, on soit dehors, qu'il y ait des avions, du barrouf, du cinéma quoi, que ça pête... enfin vous me comprenez, j'espère...

EN: Oui, oui...

PL: Et du coup, j'ai fait un film sur le mode « vous allez voir ce que vous allez voir »; un film délibérément provocateur, un peu iconoclaste, irrévérencieux sans doute. Et qui du coup, ressemblait comme deux gouttes d'eau à un film de Blier. En moins bien. Et puis Blier il les fait les films, c'est pas la peine qu'eon les fasse à sa place. Alors j'ai fait une grosse bêtise. En plus, comme il y avait ce côté « vous allez voir ce que vous allez voir », le film a été lancé en France comme un film qui se moquait des femmes. Alors que moi je ne voulais me moquer que des hommes. De moi-même, bien sûr. Et donc il y a eu cette étiquette infammante qui était « film mysogine ». Collée sur l'affiche. Enfin mentalement. Ca c'était pas très fin.

EN: Suivent deux échecs: Le Parfum d'Yvonne et Les Grands Ducs...

PL: Deux gros échecs. Là c'était une mauvaise passe, comme on appelle ça. Le Parfum d'Yvonne c'était le plus gros échec. Mais, il y a des choses qui m'ont échappé dans le Parfum d'Yvonne, mais il y a des choses que je reprocherais toute ma vie aux producteurs. Il y a des choses qui sont devenues pas bien par leur faute. Et je n'avais plus de force, je n'arrivais plus à me bagarrer. Ca m'a servi de leçon pour le restant de mes jours. Il faut avoir des forces jusqu'au dernier moment. Pour se bagarrer à tout prix, pour essayer de faire valoir tout ce qu'on veut faire. Le problème du Parfum d'Yvonne ...je voulais faire délibérément peut être pas un film érotique, mais un film sensuel. Un film qui soit purement et simplement l'expression de la sensualité. La lumière, de la peau, de l'odeur, du plaisir de ne rien faire, ... enfin bon tout ça. Et j'ai trouvé chez Modiano l'écho de ça, avec ce joli livre que j'aimais depuis longtemps; j'y trouvais quelque chose d'infiniment languide dans ce bouquin, dans ce personnage d'Yvonne, aussi. Et à l'arrivée, un peu en me laissant, aller à ça, j'ai fini par faire un film... esthétisant, presque. Il y a des gens qui adorent ce film. Je rencontre des gens qui me disent qu'ils aiment ce film, que c'est mon meilleur film, qu'il ne faut pas que je dise ça, etc.... Je sais quelles son les limites de ce film là. En revanche, dans Le Parfum d'Yvonne, je sais tout ce que j'adore, et tout ce que j'adore c'est ce qu'il y a autour de Jean-Pierre Marielle. Parce que je le trouve gé-ni-al.

EN: Vous l'avez repris dans Les Grands Ducs...Rochefort, Noiret, Marielle...

PL: L'échec du Parfum m'a rendu triste, mais je dois dire que j'ai assez vite compris pourquoi les gens n'aimaient pas le film. Pourquoi le film, on n'aurait pas du le faire ou pas comme ça,... j'ai assez vite digéré ma douleur, ma tristesse en me disant que c'était normal. « C'est bien fait pour moi! » Enfin vous voyez ce que je veux dire.... En revanche, Les Grands Ducs, l'énergie qu'on a mis dans ce film, vous n'imaginez pas. C'est le film, je crois, malgré les apparences, dont je suis sorti le plus l'ombre de moi-même, liquéfié. Et j'aurais été au bout du bout de ce qu'on voulait. Cette espèce de, ...pas de frénésie..., mais de jubilation à faire les choses. Je suis sorti ratatiné de fatigue, mais fou de joie. Le film était vraiment comme je voulais. Allumé, burlesque, 300 à l'heure, pathétique, mais très rigolo, enfin un mélange invraisemblable comme l'espèce d'hommage enthousiaste aux petits acteurs, au théâtre, aux tournées , enfin tout ce que j'aime: la province, tout ça. Et quand Les Grands Ducs sont sortis et que ça n'a pas marché, et que ça n'a plu à personne, parce que peut-être que ce film n'était pour personne - il y a des gens qui aiment ce film, bien sûr, heureusement - là ça m'a foutu un coup; vous n'imaginez pas.

EN: Heureusement qu'il y a eu Ridicule !

PL: Oui, mais même avec...

EN: Même avec le succès de Ridicule ?!

PL: Le succès de Ridicule, il a été magique! C'est un film béni des Dieux. Il y a eu une harmonie sur ce film incroyable, du tout premier jour jusqu'au tout dernier jour. Une harmonie exemplaire sur ce film. Mais, malgré cette harmonie là, on ne peut pas oublier les cicatrices des Grands Ducs. Les Grands Ducs, ça m'a laissé meurtri, déçu; je m'en suis pas complètement remis. Et puis je sais que mes amis, Noiret, Rochefort et puis Marielle, ils l'ont encore au travers du gosier. Parce qu'on s'est donné sur ce film, on l'a aimé, on y a cru; c'est aussi bête que ça. On y a cru follement. Et quand vous êtes plusieurs à tomber de cheval comme ça et qu'on vous dit « vous y croyiez? pas nous! » et que le public ne vous suit pas, c'est très rude. Et quand j'ai tourné - est-ce que j'ai tourné Ridicule quand Les Grands Ducs sont sortis? je ne sais plus ...

EN: Le tournage était sûrement fini puisqu'il n'y a eu que 4 mois entre la sortie des Ducs et Ridicule au festival de Cannes...

PL: Oui, alors j'étais en train de faire du mixage. C'est ça: vous avez raison. En plus, ce qui était très bizarre, et ce qui prouve qu'on n'y connaît rien, j'ai fais les 2 films coup sur coup. Les grands Ducs j'y croyais à mort, je me disais que ça allait être formidable. En terme de plaisir, en terme de réussite, en terme de succès donc évidemment. Et Ridicule, « ça je le fais parce que le scénario est trop exceptionnel, je ne peux pas passer à côté de cette occasion là, je le fais ce film .» Mais alors ce film, qui ça va intéresser? Comme quoi...

EN: Si vous ne deviez qu'un souvenir sur l'aventure de Ridicule ?

PL: Un seul souvenir... Bah c'est pas gentil pour les autres souvenirs mais ce que je garderais toujours au fond de moi-même, c'est le fait d'avoir aussi joliment travailler avec Fanny Ardant. J'ai adoré cette femme et on s'est très bien entendu: c'était léger et harmonieux. Et je me souviendrai longtemps et longtemps de la collaboration au travail avec cette femme là.

EN: Sa première image dans Ridicule, où elle se fait poudrer le corps...

PL: Oui; et puis belle dernière image aussi où elle tombe le masque et où on n'a pas envie de dire « coupez! » Tous les films sont plus ou moins harmonieux. Et moi je préfère l'harmonie au chaos. Je déteste les conflits et je préfère que tout le monde ait du plaisir à faire les choses. Pour Ridicule, il y avait un côté unisson de tout le monde, tout le monde travaillant exactement dans la même direction sans qu'il n'y ait l'ombre d'un couac. Il y avait quelque chose de calme et d'exemplaire. C'était un film difficile à faire mais tout venait bien. Vous savez, ça c'est une expression que j'adore: les peintres, je suis pas peintre, j'aurais aimé être peintre mais il faudrait que j'ai du talent pour ça, enfin bref, les peintres ils sont devant le motif - le paysage, une jolie lumière - ils peignent et puis vous les interrogez si c'est un ami. « Ca va ce que tu es en train de faire? » et ils vous disent: « ça vient bien. » C'est merveilleux quoi! Et bien c'est une expression qu'on peut appliquer aux films quand on est en train de les faire. Et Ridicule, il est venu bien.

EN: Vient alors Une Chance sur Deux. Très proche des Spécialistes dans le style...

PL: Délibérément.

EN: Il y a aussi un peu du Veber, avec Les Compères...

PL: Oui, ça c'est moins délibérément. Mais c'est conscient. Je l'ai pas fait exprès.

EN: on retrouve la période de « training », le décor de la Riviera, ...

PL: Oui, oui, oui; je voulais pas faire un Spécialiste 2...

EN: Il n' y a que la BMW qui ne se retrouve pas dans ce film...

PL: (rires) si si il y en a une!... je voulais pas faire un Spécialistes, le retour. Mais il y a deux choses qui nous ont poussé à faire un film comme Les Spécialistes; la première chose c'est que j'ai vraiment adoré faire Les Spécialistes, ça m'a éclaté ce truc là. C'est un film qui est assez loin de moi, ça n'a pas grand rapport avec Le mari de la Coiffeuse que j'allais faire plus tard. C'est un film un peu à part. Mais je le revendique parce que j'ai adoré ça. Et je m'étais dit « faire un film d'action, ça détend, c'est lourd et ça détend. C'est que de l'image, que du cinoche, que du plaisir, sans aucune arrières pensées. Et je me disais: « si un jour j'ai l'occasion de refaire un film de ce genre là, j'aimerais beaucoup. » Et quand 11 ans plus tard, un producteurme dit « Delon-Belmondo qu'est-ce que vous en penser? », je me suis dit « c'est super, voilà l'occasion de faire un film comme il y a 11 ans. » Ce même genre d'ambitions. Et puis il y avait quelque chose de plus clair aussi, c'est que lorsqu'on a fait Les Spécialistes, on faisait un film avec Lanvin et Giraudeau, alors qu'à l'époque, les rois du genre c'était Delon et Belmondo. Et Delon et Belmondo, on s'est amusé à en parler sur le tournage de ce film là, l'ont vraiment eu en travers du gosier. Ils se sont dit: « Merde v'là les jeunes! » Et qu'en plus ils cartonnent, ils les avaient là. Les pauvres... Et 11 ans après Les Spécialistes, ...

EN: Ils étaient surtout sur la fin de leur période de films d'action... Delon avait son dernier hit en 85, Belmondo dans le genre en 86...

PL: Oui, enfin, ils avaient encore pignon sur rue. S'ils étaient un tout petit peu, peut-être, sur le déclin, on est venu précipiter le déclin de l'empire, non pas américain, mais Belmondo-Delon. C'était pas une Mauvaise Action, mais c'était comme ça. Comme une espèce de pied de nez à nos grands anciens, à nos maîtres. Et, quand 11 ans plus tard, on fait un film du même genre, un film d'action, de divertissement, un film de cinéma pur, et qu'on le fait justement avec Delon et Belmondo, je me disais que c'était une manière plutôt élégante de boucler la boucle. Dans le scénario, et c'était délibéré, on prenait Delon et Belmondo, mis à la retraite, peut-être à cause des Spécialistes, on peut dire ça. Et que par le biais de Vanessa Paradis, on venait les chercher pour reprendre du service. Mais à condition qu'il y ait de l'humour et de l'auto-dérision.

EN: Il y a beaucoup de clins d'oeil même...

PL: Je crois que c'est ça qu'il fallait. Si on avait fait ce film, sérieux, premier degré, on était mort, je pense vraiment qu'on était mort.

EN: On ne parle pas beaucoup de Vanessa Paradis pour ce film; pourtant vous allez retourner avec elle (La fille sur le pont, sortie le 31 mars 99)...

PL: Oui mais je trouve ça dommage justement parce que ne pas parler de Vanessa Paradis c'est une injustice folle; cette fille est formidable! En plus, quand on fait un film comme 1 chance sur 2, il y a un petit truc qui est emmerdant, forcément, on parle plus volontiers des retrouvailles emblèmatiques Delon-Belmondo, puis on parle moins du film lui-même. Le nouveau film Delon-Belmondo, 27 ans après Borsalino! Et tout le tra la la. C'est pas un film ça, les retrouvailles ... Et au delà de ça, on parle surtout de eux 2, bon ça va je suis pas contre, mais on ne parle pas d'elle. C'est dommage parce que je pense vraiment que sans elle le film n'existerait pas.

EN: Il fallait une fille charismatique...

PL: Il fallait une fille charismatique, il fallait une fille qui à sa manière représente le nouveau cinéma, la nouvelle génération, comme s'il y avait une passation de pouvoir. Eux ils représentent vraiment un cinéma plus traditionnel, qui appartient à notre mémoire cinématographique, à notre culture. Donc il fallait un relais entre les grands anciens et la nouvelle génération, qui est un relais évident, parce qu'elle est leur fille. Elle est la fille du cinéma d'avant. Et pusi aussi Delon et Belmondo dans le film ce sont des anciens aventuriers qui se sont embourgeoisés, qui se sont endormis. Donc si Vanessa Paradis n'est pas là, qui va réveiller les 2 belles au bois dormant? Donc il fallait Vanessa paradis. Enfin il fallait une jeune femme, une jeune fille.

EN: Et La fille sur le pont...

PL: C'est une histoire compliquée à raconter. C'est une histoire de lanceur de couteaux (Daniel Auteuil) inspirée par sa cible (Vanessa Paradis). C'est un type qui lance des couteaux au Music-hall - ça ne se fait plus beaucoup, mais ça ne fait rien, ce n'est pas un film très mode - mais c'est une métaphore de quelque chose de plus simple... il est donc lanceur de couteaux, il fréquente les ponts de Paris à la recherche de filles un peu désespéres qui seraient prêtes à se jeter dans la Seine et pour leur dire: « je pense que j'ai mieux pour vous. » C'est comme ça que ça part.

EN: Vous allez aussi reprendre le projet de Corneau, La Veuve de St Pierre, avec Binoche et Auteuil...

PL: Je comprend pas; Corneau il faudrait que je lui envoie des fleurs parce qu'il a abandonné ce projet. C'est un scénario sublime, c'est un casting brillantissime, et il arrête.

EN: Il devait le tourner durant l'hiver 98 au Canada...

PL: Les producteurs, ce sont ceux de Ridicule, m'ont dit: « Corneau abandonne ce film, on peut donc ranger les jouets et passer à autre chose, mais on peut aussi te le faire lire, et si ça ne t'embête pas de reprendre le projet d'un autre cinéaste, tu es le bienvenu si ça te plaît. » Je l'ai lu, et je n'ai aucune fierté, et qu'est-ce que ça peut me faire que ce soit le projet de Corneau, j'ai lu l'histoire, j'ai aimé l'histoire passionnément, et je me suis dit: « pourvu qu'avec ce changement de réalisateur, Juliette Binoche et Daniel Auteuil soient toujours d'accord. » C'était important. On s'est vu. Je leur ai raconté comment je voyais le film. Et ils ont dit qu'ils avaient envie de faire le film avec moi aussi. Mais tout ça est décallé d'un an par rapport au projet de Corneau. On commencera en mars 99.

EN: Donc au Canada...

PL: En Nouvelle Ecosse, là où ils avaient repéré. Il m'a facilité la vie, parce qu'il m'a déblayé le terrain. Quand j'ai eu le projet entre les mains, et que j'ai dit oui à ce projet, je l'ai appelé. C'est un ami. Je lui ai dit « je te remercie ». Corneau m'a répondu: « ne me remercie pas, bonne chance! » J'ai pas trop voulu savoir pourquoi il avait abandonné le projet. Je me suis dit que si ça se trouve il a des bonnes raisons qui vont me glacer, qui vont m'inquiéter, donc je préfère avoir mon inconscience à moi.

EN: Dans Studio Magazine, vous avez dit que vous vouliez désormais vous faire plaisir... Depuis Les Grands Ducs vous n'arrêtez pas...

PL: Oui, peut-être trop... J'ai de l'appétit pour faire les choses mais après La Veuve..., l'ex projet de Corneau, le projet de Cornonte, après j'arrête un bon moment je crois. Ce sera l'an 2000, et c'est une bonne occasion pour souffler un peu. les Grands Ducs, Ridicule, ça s'est enchaîné très très vite; Une chance sur 2 c'était un gros truc qui m'a pris beaucoup d'énergie; puis La Fille sur le pont, La veuve de St Pierre en mars... c'est pas très raisonnable.

EN: Retourner avec les gens du Splendid ne vous tente pas? Comment vous voyez leurs réalisations... Blanc tourne aussi avec Auteuil, ...

PL: C'est pas gentil pour les autres, mais je trouve vraiment que Michel Blanc est le plus doué. D'abord ils sont pas nombreux à être réalisateurs. Blanc, Balasko...et Jugnot. Jugnot c'est pas mal, mais c'est plus instable. Enfin il a fait plus de films, donc il n'a pas pu faire que des chefs d'oeuvre. Pinot simple flic c'était pas mal, mais Une époque formidable c'est un film génial. C'est formidable. Bohringer a jamais été aussi bien. Un film sur les SDF, une comédie, ça m'a bluffé ce film là. J'aime beaucoup les 2 films de Michel Blanc. Marche à l'ombre c'était vraiment bien. Et Grosse Fatigue, le film n'a pas été très aimé par la critique, mais c'était un bon succès public, mais je me dis de temps en temps, que si GF avait était un film de Woody Allen, tout le monde aurait crié au génie. C'est vrai que ça aurait pu être un film de Woody Allen. Un film sur le dédoublement, c'est évident. Je ne sais pas ce que c'est le film qu'il tourne en ce moment.

EN: Ca se passe à Londres, sur le milieu des « escorts ».

PL: Et comment vous êtes au courant de tout ça ?

EN: Internet c'est terrible: on est surinformé...

PL: Internet d'accord, mais enfin vous n'avez qu'une tête...Comment vous êtes au courant de tout ça ?

EN: Je ne sais pas...

PL: C'est dément ! En fait j'avais le sentiment que tout ce que je vous racontais, vous le saviez déjà.

EN: Non, non! Là j'ai vraiment appris des choses !

PL: (rires) Non mais en même temps je me disais, ce mec là a l'air tellement informé, tellement passionné, voilà tout, que je me disais « il doit être au courant de tout ça depuis belle lurette ». Internet...

EN: On a tous nos défauts. Questions subsidiaires: votre premier souvenir avec Bébel et votre premier souvenir avec Delon ?

PL: Belmondo, c'est A bout de souffle.Quand on voit ABDS, on se dit « j'ai raison de vouloir faire des films ». D'un seul coup, le cinéma semble palpable. Avant quand on voit les films de Autant-Lara...

EN: Oui mais là on change de grammaire...

PL: Oui là on change la grammaire. D'un seul coup on a l'impression de connaître cette grammaire là, la grammaire si libre de Godard. Et Delon j'essaie de me souvenir si c'est Rocco et ses frères ou le Guépard... Un Visconti en tout cas.Mais ce n'est pas ces films là que je préfère de Delon. Mon film préféré c'est le Professeur. J'adore ce film; c'est beau, c'est triste et il y est génial.

(L'attachée de presse revient)

PL: Qu'est-ce qui se passe?! L'avion?!

Vincent Cyril Thomas / Ecran Noir


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