Production : Walden Media, Spanknyce films, Mostow/Lieberman prod.
Distribution : Pathé
Réalisation : Franck Coraci
Scénario : David Benulto, David Goldstein, d'après le roman de Jules Verne
Montage : Tom Lewis
Photo : Phil Meheux
Format : Scope
Décors : Perry Blake
Musique : Trevor Jones
Effets spéciaux : Cinesite, Rhythm & Hues, The Moving Pictures Company
Costumes : Anna Shepard
Durée : 120 mn

Casting :

Jackie Chan :Passepartout
Steve Coogan : Phileas Fogg
Jim Broadbent :Lord Kelvin
Cécile de France :Monique La Roche
Ewen Bremner : L'inspecteur Fix
Arnold Schwarzenegger :Prince Hari
Kathy Bates : La Reine Victoria
Michael Youn : le directeur de la galerie d'art
John Cleese : le sergent de police
Owen et Luke Wilson : les frères Wright

 

 
Cécile de France sur EN
Schwarzenegger sur EN
Site officiel
  (c) Ecran Noir 96-04
Around the world in 80 days / 
Le tour du monde en 80 jours 
USA / 2004 / Sortie France le 11 août 2004 
 
 
Un chinois vole un bouddha à la Banque d'Angleterre, réputée imprenable. Au coeur de ce scandale, Lord Kelvin, Ministre des Sciences de la Reine Victoria, qui prépare une alliance de grande envergure avec la Chine, en secret. Le chinois, poursuivit par les policiers, se réfugie chez un savant réputé fou, Philéas Fogg. Manquant de se faire prendre, il se fait passer pour un domestique français, nommé Passepartout, au service de ce gentilhomme déluré.
Lors d'une discussion à l'Académie des Sciences concernant le vol du Bouddha (déjà dans l'Orient Express?), Fogg défie Lord Kelvin, prolongement d'une rivalité ancienne entre l'homme de progrès et l'ultra-conservateur. Kelvin le prend au mot : si Fogg ne fait pas le tour du monde en 80 jours, il s'engage à ne plus inventer quoi que ce soit et ne mettra plus jamais les pieds à l'Académie. S'il réussit, en revanche, il prendra le siège de Lord Kelvin.
L'enjeu est tel que Kelvin va leur mettre des batons dans les roues, de Londres à Paris, de Constantinople à Agra, de la Chine à San Francisco, de New York aux marches de l'Académie. En chemin, Fogg découvrira qui est vraiment Passepartout, et il rencontrera la douce Moncique La Roche, à la langue bien pendue.
 
   Le roman "Le tour du monde en 80 jours" a été publié en 1873. Jules Verne racontait ainsi le dixième tome de ses "Voyages extraordinaires". «Jules Verne, dernier écrivain voyant. Ce qu’il imaginait est devenu réalitéÊ», disait Ionesco. Maintenant le tour du monde se fait en moins de 2 jours par avion. Mais Verne avait deux objectifs en racontant cette histoire : d'abord prouver l'étendue de l'empire britannique (toutes les pays sont d'anciennes ou de récentes colonies), ensuite l'évolution technologique des transports (de l'air à la vapeur, du Canal de Suez à la ligne San Francisco-New York). En jouant sur le sens du déplacement (d'Est en Ouest), il se permet une astuce "scientifique" pour un ultime rebondissement. Verne utilise souvent la science (physique, astronomie...) pour accentuer l'intensité dramatique des situations.
Il y eut de nombreuses adaptations à la télé, en série animlée ou au cinéma, de ce roman, à coup sûr le plus populaire de tous (devant "20 000 lieues sous les mers" et "Michel Strogoff"). En 1956, Hollywood s'en empare. Le film reçoit 5 Oscars (sur 8) dont celui du meilleur film. Pas rien. Le tout Hollywood s'y était présenté : de Buster Keaton à Charles Boyer, de Fernadel à Frank Sinatra, de George Raft à Martine Carol, de Marlene Dietrich à Trevor Howard. Super-productions à records (costumes, animaux, décors, figurants...) pour certains toujours tenus, il avait pour vedette David Niven (2 ans avant son Oscar). Le film fut surtout un énorme hit (juste derrière Les 10 commandements et Ben Hur dans les années 50, hors films d'animation). Car son grand rival au Box Office (Charlton Heston en Moïse) gagna les faveurs du public mais pas celles des professionnels...
Niven avait 46 ans. Et 46 ans plus tard, Jackie Chan remet le film à sa sauce. La star du cinéma de kung-fu est passé de l'héritier de Bruce Lee au statut de héros pour les gamins (avec une série animée notamment). De Hong Kong à Hollywood. Ses premières apparitions dans les années 80 furent exotiques (Cannonball). Il faut attendre 1996 pour voir Jackie Chan boxer dans le Bronx. Succès d'estime. Mais une solide base de fans permet d'envisager une carrière américaine. Les films font des scores "art et essai", sortant au rythme de deux par ans. Mais avec le carton phénoménal de Rush Hour (140 millions de $) en 98 puis de sa suite (226 millions de $) en 2001, Jackie Chan s'impose comme une vedette populaire chez les ados. Son talentueux mélange de comique et d'action en font un personnage plus séduisant que Van Damme ou Jet Li. Si bien qu'avec Shanghai Noon et la suite, Chan réussit à conquérir l'Amérique profonde. Mais toutes tentatives est aléatoires et un mauvais scénario (The Medallion) anéantit le succès d'une série b (The Tuxedo).
Avec ce film adapté de Verne, Chan échoue puisque son budget de 140 millions de $ (marketing inclus) ne sera jamais couvert par des recettes rikikis (23 millions de$). Ce n'est jamais que le énième bide pour Disney aux USA (après Hidalgo, King Arthur, Home on the Range, The Alamo).
Il peut mieux marcher dans le monde avec la présence britannique de Steeve Coogan (Coffee and Cigarettes face à Alfred Molina), Jim Broadbent (Moulin Rouge, Le journal de Bridget Jones), Ewen Bremner (Trainspotting). On notera aussi les apparitions de Kathy Bates (Misery, Titanic), John Cleese (Un poisson nommé Wanda, James Bond), Arnold Schwarzenegger, Michael Youn (oui oui le trublion qui fume trop de beuze), Rob Schneider (issu du Saturday Night Live) ou les frères Wilson (La famille Tenenbaum). Sans oublier l'atout francophone de charme, Cécile de France, césarisée pour L'auberge espagnole et du prochain Chatiliez.
On est loin de l'original, cependant... isn't it?
 
 
VOYAGEURS DU MONDE

"- Etes-vous prêts à mourir pour la science?
- Oui, je sais chanter aussi.
"

Attention. Avant tout voyage, il est important de connaître exactement les prestations fournies par le tour-opérator. Bien lire la petite clause en bas du contrat, écrite en italique taille 4. Il est stipulé pour ce tour du monde en 80 jours (confort imparfait, réservations aléatoires, destinations au gré du guide, perte ou vol d'objets personnels possibles...) que le voyageur se fait mener en bateau, ballon, avion, train, et autres machines. Car, hormis le titre du film, le vague concept du circuit et le patronyme des deux guides (Fogg, Passepartout), il n'y a rien de commun avec le produit imaginé par Jules Verne. Il est loin le temps de Thomas Cook où David Niven restait fidèle à la lettre au seul roman de Verne à peu près lisible et désormais mythique. Désormais le révisionnisme des oeuvres illustre parfaitement le cynisme et l'absence de scrupules des auteurs, décideurs et investisseurs. Cette adaptation est davantage dans la lignée des aventures de Jackie Chan (déclinées : en Gaule, chez les Ottomans, en Inde, en Chine, au Far West...) que du bouquin. L'indienne des colonies britanniques n'existe plus, remplacée par une française, entente cordiale oblige. De triades chinoises en complot politique, les enjeux prennent des allures de séries B hollywoodiennes. Quant à Fix, son voyage s'interrompt à mi parcours. Sans oublier Phileas Fogg, transformé en inventeur visionnaire et naïf ("- Vous rêver de voler ou d'hommes nus?").

Nous sommes ainsi plus proches de la BD Léonard (de Bob de Groot et Turk) que de Tintin, notamment dans le traitement esclavagiste du domestique. Mais en fait, cette production Disney va chercher ses sources ailleurs. A l'instar de Pirates des Caraïbes et du Manoir Hanté, le studio, en panne réelle d'inspiration, a adapté, sans oser le dire, une des attractions vedettes de Disneyland Paris : un film à 360° (circulaire comme la terre) où Jules Verne croise un robot voyageur dans le temps. La direction artistique est étonnement similaire pour ce court métrage de 10 minutes qui nous fait faire... le tour du monde. Disney a produit un film hybride, entre attraction et divertissement familial, entre séquences animées (le film fourmille en effets visuels "cartoonesques" plutôt kitschs) et personnages ahuris et binaires (sympas ou méchants ou crétins). En étant méchant nous pourrions dire que c'est le premier film en 3D de Disney depuis Dinosaures.

Le tout se regarde, grâce au peps de Jackie Chan, héros des gamins, au charme de Cécile de France (elle ne gâche rien) et à la bonne bouille de Coogan (qui déçoit par son manque de dérision). Broadbent joue parfaitement le vil incompétent ("- J'ai peine à l'avouer, mais je suis un lord battu", dira l'un de ses collègues). Et la vision d'horreur de Schwarzenegger (avec une perruque) ajoute au ridicule du film. Il faut donc voir tout cela au 80ème degré. En flirtant avec des films comme Ces merveilleux fous volants (merveilleux) ou La grande course autour du monde (grandiose), cette nouvelle version essaie de moderniser le matériau du XIXème siècle, sans jamais y parvenir. On frôle davantage le pathétique et le sympathique. Tout le mauvais goût est assumé. La fable cible les moins de 8 ans. Mais pourquoi avoir fait un film qui vise si peu les Américains?

Il ne suffit pas d'une Kathy Bates en Reine Victoria (la meilleure scène du film) ou des frères Wilson (en roue libre dans leurs délires) pour attirer le chaland. Tous les dialogues semblent résonner comme des phrases d'un ancien temps ("- L'Angleterre possède-t-elle toute l'Asie? - Pas la Chine, pas encore!"). Et donne un coup de vieux au livre de Verne.
La trahison de cette entreprise sera de ne pas avoir su moderniser l'oeuvre originale. "- La France vous crache dessus" lance la belge Cécile de France. Le mot de la fin?

- Vincy