Production : Dreamworks / Walter F Parkes, Laurie McDonald, Steven Spielberg
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Sacha Gervasi et Jeff Nathanson d’après un sujet de Andrew Niccol
Montage : Michael Kahn, A.C.E.
Photographie : Janusz Kaminski, ASC
Décors : Alex McDowell
Costumes : Mary Zoffres
Maquillages : Edouard F. Henriques III
Son : Ronald Judkins
Musique : John Williams
Durée : 128 mn

Casting :

Tom Hanks : Viktor Navorski
Catherine Zeta-Jones : Amelia Warren
Stanley Tucci: Frank Dixon
Diego Luna: Enrique Cruz
Zoë Saldana: Dolores Torres
Kumar Pallana: Gupta
Barry Shabaka Henley : Ray Thurman
Chi McBride : Joe Mulroy

 

 
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  (c) Ecran Noir 96-03
The Terminal (Le Terminal) 
USA / 2004 / Sortie en France le 15 septembre 2004 
 
valeria bruni tedeschi
 
Rien ne va plus en Krakozie, république présumée d’Europe centrale où le régime en place se retrouve renversé du jour au lendemain. Pendant que sa nation vit des heures sombres, Viktor Navorski, humble touriste, s’apprête à découvrir New York alors qu’il vient de débarquer dans l’aéroport JFK. Hélas l’actualité brûlante a rendu son passeport invalide, lui bloquant les portes de l’Amérique. A défaut de rebrousser chemin, le sympathique visiteur apatride se résignera à camper dans le terminal en attendant que sa situation se débloque sous le regard réprobateur du très sourcilleux responsable de la sécurité Frank Dixon.
 
   Friends :
Troisième collaboration entre Steven Spielberg et Tom Hanks (quatre en tenant compte de leur production commune sur la série Band Of Brothers réalisée pour HBO), les deux hommes semblent devenus inséparables. L’union s’est soudée initialement hors des plateaux de tournage; Spielberg avoue même que diriger un ami proche représente impose une relative pression. Si Hanks avait pris l’initiative pour s’accaparer le rôle du limier de Catch me if you can, l’acteur était déjà solidement associé au projet The Terminal lorsque celui-ci fut soumis au comité de production de Dreamworks. C’est la présence du complice qui inspira Spielberg et le poussa à réaliser le film.

Le vrai Viktor :
Si The Terminal n’en est pas la retranscription fidèle, son point de départ s’inspire en tout cas largement d’un fait divers survenu à l’aéroport Charles de Gaulle il y a quelques années. Mehram Nasseri, un passager énigmatique en provenance d’Iran s’était en effet retrouvé bloqué dans l’aéroport parisien. Le réfugié un brin noyé dans la confusion, avait même fini par se complaire dans sa situation de d’expatrié, refusant tout arrangement pour s’extirper de son nouveau chez lui. Andrew Niccol, toujours à l’affût de sujets révélant les absurdités de notre système moderne pour les tirer aux limites du fantastique (Gattaca, The Truman Show et plus récemment S1mone) a brodé sur le sa propre histoire.

JFK :
En prenant en compte le surbooking du transport aérien moderne, il semblait peu évident de s’approprier le célèbre aéroport new yorkais pour les besoins du film. Il fallu donc envisager une recréation du lieu et la construction d’un plateau gigantesque en Californie doté d’un système d’éclairage sophistiqué. Le vice du réalisme fut poussé jusqu’à incorporer les extérieurs des pistes d’atterrissage en trompe l’œil (sans incrustations digitales par conséquent) et d’installer de véritables boutiques sur les 20 000 m2 du set. Une consécration pour le décorateur Alex McDowell qui avait déjà donné un coup de main à Spielberg sur Minority Reportet avait eu fort à faire sur l’univers acidulé de The Cat in the Hat.

Control d’identité :
Si on ne présente plus les têtes d’affiche, on notera que deux figures montantes bénéficieront de la consécration Spielberg pour le couple qu’ils forment dans The Terminal. Diego Luna, jeune acteur mexicain révélé sur le plan international par son prix d’interprétation à Venise pour Y tu mama tambien et Zoë Saldana, poussée par le succès de Pirates of the Caribbean.

Citoyenneté :
Artistiquement peu militant, Spielberg s’implique essentiellement à cultiver le souvenir lorsqu’il se fait plus grave. Dans le civil, le réalisateur a cependant affiché ces derniers mois un net engagement en faveur du candidat démocrate John Kerry, en participant à l’élaboration de sa campagne aux présidentielles américaines, mais aussi en tenant lors du dernier festival de Venise un discours très désapprobateur à l’égard de l’actuel résident de la Maison Blanche. Vengeance, projet annoncé puis retardé à 2006, conduira Spielberg à se confronter à une page douloureuse de l’histoire des sports olympiques puisque le film repose sur la tragédie de l’exécution de 11 athlètes israéliens en 1972 par des terroristes palestiniens. Le cinéaste enfin rattrapé par l’actualité ?

Basses altitudes :
Projections de presse et avant première repoussées, une fin laissant trop sur sa faim pour ne pas mériter d’être retournée, une indécision inhabituelle chez Spielberg qui se concrétise par une semi déception au box office. Pas nécessairement une catastrophe économique, tant l’homme gère ses projets avec la précision exemplaire que lui confère l’expérience, mais pas un franc succès non plus, surtout pour un habitué des records. Le public américain préférera Dodgeball, la comédie énorme avec Ben Stiller aux démêlées tragico romantiques de Viktor. Spielberg peine à catalyser les foules, mais ne baisse pas les bras comme le prouve l’annonce tonitruante de son nouveau défit, une adaptation réactualisée de La Guerre des Monde de Wells, qu’il faudra attendre comme le film le plus impressionnant de la décennie. L’initiative soudaine se voit dictée par la disponibilité imprévue de Tom Cruise freiné par une mission impossible, mais aussi par l’envie probable du réalisateur de convaincre sur une échelle qu’il peine à gravir depuis quelques temps, alors que le retour du célèbre aventurier au chapeau et au fouet parait toujours un peu plus incertain les mois passant.
 

 
MINORITY AIRPORT

« Tant que je garde mon sol propre, la tête baissée, ils n’ont aucune raison de m’expulser… »

Avançant dans l’âge, Steven Spielberg n’a cessé au cours de ces dernières années de chercher à faire évoluer son cinéma, variant les genres mais surtout ses intentions. Cette quête de maturité et de sens ne se poursuit pas sans que quelques contradictions apparaissent de ci de là dans le prolongement d’une filmographie fertile, dessinant en définitif les limites du golden boy au-delà desquelles son talent peine à donner la pleine mesure de son efficacité. Car défendant ses goûts, mais aussi sa réputation de sommité du divertissement universel, l’homme oriente bien souvent ses choix de réalisation en tentant de concilier l’aspect spectaculaire de ses projets avec le prestige de leur sujet (au point de coiffer désormais systématiquement sa casquette unique de producteur dés qu’il s’agit d’entertainment pur mais aussi d’intimisme peu exubérant). Dans l’absolu, le point de départ de The Terminal, un fait divers extraordinaire assez proche dans sa tournure kafkaïenne de la Quatrième Dimension, représente à priori un condiment familier parfaitement adapté au régime auquel se contraint Spielberg. Sauf qu’au final l’entreprise peine à trouver un dynamisme digne de la signature du prodige. Trop ancrée dans la réalité, boulet décidément ingérable pour le réalisateur, l’anecdote véridique aura raison de la fantaisie de Spielberg, qui se retrouvera, lui gamin passionné d’aéronautique, comme un avion sans aile (les transporteurs étant tous posés sur la piste). Cloué au sol, le metteur en scène enfin adulte, en tout cas jouant les patriarches débonnaires, essaiera bien de donner le change avec son joujou de luxe, un set ultra luxueux reconstituant un aéroport plus vrai que nature (on se serait passé des marques réelles, surtout après avoir vu la pub envahissante fustigée dans Minority Report, bien la peine…) mais dans lequel la frénésie courante des flots de voyageurs a été largement atténuée. Insuffisant pour bâtir un film, le challenge est autre pour Spielberg, réaliser une pure comédie. Etrangement cela n’est pas une mince affaire pour ce spécialiste du divertissement qui est loin de manier l’humour avec la désinhibition démesurée d’un Blake Edwards, pour n’en citer qu’un. Il faudrait remonter à 1941 pour trouver une comédie ouvertement revendiquée comme telle dans l’oeuvre spielbergienne. En ces temps là, le californien était plus attiré par la lecture de M.A.D. que par le visionnage d’archives historiques. 1941 se résume à une immense farce potache, expérience parfaitement jouissive que le réalisateur aurait bien du mal à réitérer après les oscars. Hélas pour lui faudrait-il se demander ? Assurément. Le fait est que, coupé de toute dynamique rythmée, de toute innocence rêveuse, Spielberg s’enfonce invariablement dans le sentimentalisme poisseux et est incapable de formuler une verve percutante, de bâtir une satire engagée. Catch me if you can trouvait son salut dans la vitesse de déroulement de la fuite de son personnage principal, The terminal perd son intérêt dans l’inertie de son action en huis clos (surveillance vidéo statique du préposé au maintien de l’ordre, le cul vissé dans un fauteuil). Cela se traduira par des gags mous façon scout, comment survivre en terre inhospitalière avec une alimentation à base de gâteaux apéritif, ou par le comique usant de répétition (remplacer la peau de banane par un coup de serpillère).
Le script frileux n’aide pas, actuel, mais pas franchement au fait des derniers événements post 11 septembre, il circonscrit l’intrigue à une absurdité bureaucratique finalement universelle sans se soucier d’un quelconque repli protectionniste d’une nation américaine en proie à la paranoïa républicaine vis-à-vis de l’étranger (pas de soutien ici à Kerry donc). La prétention de Spielberg ne semblait pas être cette fois-ci de toucher la conscience de ses contemporains, mais de les émouvoir (à défaut d’être en mesure de les faire franchement rire) avec ce savoir faire touchant que cultivait naguère Capra quand il représentait la société des petites gens. Sauf qu’aujourd’hui la méthode ne peut plus faire raisonnablement recette, les protagonistes de The Terminal débordent de gentillesse contrainte, jusqu’aux plus mal intentionnés, désamorçant toute tension même lors de séquences dramatiques, s’interdisant toute critique pour laisser le champ libre à un amusement quelque peu suranné et encombré d’invraisemblances peu digestes (comment ne pas trouver un traducteur dans une ville aussi cosmopolite que la Grosse Pomme et à l’ère d’Internet ?). Parfait représentant de ce positionnement peu concluant, Tom Hanks dans la peau de l’exilé de service échoué non pas sur une île déserte mais en plein no man’s land surpeuplé. Expérimenté dans la survie, il campe son personnage avec un sens de la débrouillardise équivalent à celui du livreur de chez Fedex, mais sa naïveté confondante jusqu’à la motivation de son voyage qui évoquerait quasiment Forrest Gump (un destin qui se résume à une boîte de cacahuètes), renvoie à la propre ignorance (cliché du pays de l’est totalement arriéré qui date) des auteurs de l’histoire.
Bref, l’ensemble est emprunté et pourrait largement s’autoriser une véritable échappée romantique quand la belle Catherine fait son apparition. Ce serait oublier que Spielberg ne compte jamais sur les femmes pour développer la structure de ses films (n’est pas Truffaut qui veut…), à un point où l’aversion en deviendrait même préoccupante. Ingrates et inaccessibles, les caricatures féminines du film ne distilleront essentiellement que frustrations et trahisons à leurs prétendants sous doués. L’amour même idéalisé de façon enfantine (le mariage arrangé du personnel) n’est pas le cœur de cette histoire trop pure dans ses aspirations pas plus qu’il ne l’est dans le cinéma de l’américain à la libido limitée.

La magie Spielberg n’opère pas dans le présent où la rhétorique de ses effets de style habituels se transforme en autant de maladresses. The Terminal démontrera les difficultés que le réalisateur éprouve à composer avec la rigueur du concret qui ferait presque passer son art de la sublimation pour une supercherie à faible portée (laborieuse réhabilitation de l’american dream à l’ancienne).Une incursion en territoire balisé risquée qui se solde malheureusement par un résultat mineur aux défauts évidents.

- PETSSSsss-