Production: Fox 2000, 20th Century Fox
Réalisation: David Fincher
(Se7en, The Game)
Scénario: Jim Uhls
d'après le roman de Chuck Pahlaniuk
Musique: Howard Shore
Photo: Jeff Cronenweth
Montage : Jim Haygood

Casting:
- Brad Pitt (Tyler Durden)
- Edward Norton (Jack et narrateur)
- Helena Bonham-Carter (Maria Singer)
- Meat Loaf (Robert "Big Bob" Paulson)

 

 

 
Fight Club Opinions, Controverse
Brad Pitt
Edward Norton
The Fight Club (Site Brad Pitt)
Site Officiel
Site non officiel
Fight Club 
USA /1999/ Sortie USA le 15 octobre 99 
Festival de Venise 99 / Sortie France le 10 novembre 1999 
 
The 20th century Club
 
Jack, un homme banal, totalement en quête d'extrêmes, subissant son existentialisme, se laisse "séduire" par un anarchiste charismatique, et draguer par une droguée, Maria.
Jack va alors créer un univers secret, fascinant, et ultraviolent : les Fight Club. L'objectif pour les participants est de battre l'autre (jusqu'à sa capitulation), et ainsi de se dépasser à travers des sensations extrêmes. Se sentir exister, quoi. Problème : Jack va confondre de plus en plus sa vie "underground" et sa vie réelle. Tout en se révoltant contre son "Maître".
 
   David Fincher aime explorer nos parties les plus sombres : le meurtre, la manipulation... et ce Fight Club, à la fois secte et philosophie positiviste et destructrice, continue dans cette veine. Le film est une aubaine pour les gens du marketing : des acteurs chocs, le éalisateur et la star du méga-hit Se7en, 3 ans plus tard, et un script qui suscitera la controverse. Et 63 millions de $ de budget (il y a quelques effets spéciaux).
Le tout est donc basé sur un roman d'humour noir de Chuck Palahniuk. Véritable analyse de la société occidentale et du conditionnement humain qui en résulte (notamment la frustration, le fantasme...), le film est une sorte de "défoulatoire" et ses conséquences. L'impuissance des hommes à assumer leurs vies, les mènent souvent à des extrêmes : meurtres en série, enfermùement dans une secte mystique, ...
Fincher promet de l'irrévérence, du corrosif, de la subversion. En s'inspirant du culte et toujours actuel American Grafiti, le cinéaste cherchera moins à esthétiser l'horreur. Il se rabattra sur la violence - quintessence d'une civilisation barbare -, le message de cette histoire, et sur unn scénario éclaté en rien linéaire. Fincher se veut être un auteur. Il ne veut pas que choquer, mais faire réfléchir. Dommage : le message n'est pas passé, le marketing s'est planté avec son histoire de savons, et la violence est victime d'une apologie non expliquée.
Pour convaincre et séduire le public, il faut plus qu'un sex symbol comme Pitt, et deux acteurs réputés excellents comme Norton (prodige) et Bonham-Carter (élégante). Les 3 ayant été nominés à l'Oscar dans leur jeune carrière...
Depuis son avant-première à Venise, Fight Club prend des coups...
 
 
   PROJET K.O.
    Tyler dit : les choses que tu possèdes finissent par te posséder. C'est seulement après avoir tout perdu que tu es libre de faire ce dont tu as envie. Le Fight Club t'offre cette liberté.
    Première règle du Fight Club : Tu ne parles pas du Fight Club. Deuxième règle du Fight Club : Tu ne parles pas du Fight Club. Tyler dit que chercher à s'améliorer, c'est rien que de la branlette. Tyler dit que l'autodestruction est sans doute la réponse.

Fight Club laissera certainement des critiques et une grande partie du public sur le carreau. On comprendra que ce nouvel opus de Fincher dérange. Un film aussi provocateur et lucide ne peut laisser indifférent. Cependant, il faut déjà adhérer au point de vue du cinéaste pour pouvoir accepter (endurer) la violence (plus illustrative que vibrante).
Par conséquent, Fight Club est avant tout un pamphlet sur notre société occidentale et un reflet, voire une réflexion, de l'identité masculine contemporraine. Dans les deux cas, il s'agit d'une remise en question.
Tout y passe : Ikea, Calvin Klein, les cartes de crédit, ... tous ces symboles de notre existence moderne desquels on dépends à force de les posséder. On nous montre des vies photocopiées, réglées selon des critères, des valeurs, des aspects extérieurs qui nous définissent. Ce conditionnement (par des multinationales) est la véritable cible du scénario, avec parfois une certaine dose d'humour. Il amène une volonté de rébellion. Le Chaos. Les Big Brothers en puissance doivent être détruits, et ainsi nous retrouverons une certaine liberté. Cyniquement, Fincher fait naître cette détermination à s'en échapper dans l'insomnie de son héros; l'incapacité de dormir, d'être soi, cette soumission à une prison virtuelle, ce devoir de ressembler aux autres, cette aspiration à avoir une image étiquettée... Il fréquente alors, sans être concerné, des groupes d'anomnymes, parfaits centre de thérapie collective pour l'homo urbanus solitaire et paumé.
Le manque de sommeil perturbait déjà les protagonistes de ses précedents films. Et tout comme eux, Jack est timbré. Il y a un véritable dédoublement de personnalité. La société nous rend schyzophrène, et les rêves qu'elle nous vend ne correspondant aucunement à la réalité, nous finissons déçus et désespérés. Ce film c'est l'apologie du désespoir de nos temps modernes, avec la noirceur et la violence propres aux films américains.
L'autre aspect, parallèle, du film c'est le mâle. Cet être fragile qui ne sait plus où il en est après 30 ans de féminisme, une prise de conscience de sa sensibilité, et une déresponsabilisation totale. Bref le mâle n'a plus de couilles. Très perturbant. Et là the Fight Club ne fait pas dans le délicat. Le club en question vante le combat physique, saignant, dents en moins. Il sera suivi d'un Projet Chaos regroupant des soldats (terroristes) formés pour le combat final. Bref l'homme est tellement conditionné, qu'il passe de la domination économique (les marques, les franchises, les dollars à dépenser, la possession de biens) à l'obéissance idéologique. Chemises noires, muscles saillants, souffrances bienfaitrices, crânes rasés... on célèbre l'Homme Nouveau, un fascisme en guise de révolution. Le besoin d'un chef (voire d'un mythe-leader, ici un cinglé de première) offre une opportunité de montrer que l'anarchie ne conduit nulle part.
Il n'y a donc plus d'espoir entre ces deux voies : la société dans laquelle nous vivons, et la révolution qu'il faudrait. The Fight Club c'est Sparte et son régime absurde, c'est le déclin d'une civilisation surdouée mais inhumaine.
Artistiquement, les effets spéciaux sont saisissants, l'interprétation des acteurs contractuellement réussie, et la voix off bien utilisée. Dommage que le scénario se fourvoit un peu et rallonge inutilement le film, que certains combats soient filmés avec aussi peu de tripes, et surtout qu'il y ait cette malheureuse référence de savon sorti des usines à graisse.
Fincher aurai pu être un peu plus clair sur sa manière de critiquer le groupuscule et ses méthodes afin de s'éviter des interprétations hasardeuses et polémistes.
En se mettant du côté de la base (ouvriers, serveurs, cols bleurs, cadres moyens, ... ), en détruisant le "beau" (selon les repères publicitaires), The Fight Club démontre le malaise de l'homme occidental, l'aliénation dans laquelle on l'enferme. Nous ne sommes pas loin de Falling Down (Chûte Libre, de Joël Schumacher) qui suivait le dérapage meurtrier d'un américain déboussolé (plus de femme, plus de job).
Fincher dit que la société d'aujourd'hui fabrique les détraqués de demain. La propagande n'est plus dans les sitcoms-dents blanches-verre de lait des années 50, mais bien dans le mode de vie qu'on veut nous imposer.
Avec cette force obscure en nous, qui ne cesse de vouloir combler ce vide exitentialiste qu'on nous créé à longueur de journées, il est difficile de ne pas voir qu'on nous prend pour des cons dès qu'on est né. La fin, sentimentale, n'apporte peut-être aucune solution. Mais le constat est acide, et très juste, hélas.

- VinCy