Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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 (c) Ecran Noir 96 - 24


Warner  

Production : Warner Bros Pictures / Village Roadwhow Pictures
Distribution : Warner
Réalisation : Pitof
Scénario : John Brancato, Michael Ferris et John Rogers d’après les personnages créés par Bob Kane et édités par E.C Comics.
Montage : Sylvie Landra
Photo : Thierry Arbogast
Décors : Bill Brzeski
Musique : Klaus Badelt
Costumes : Angus Strathie
Durée : 104 mn
 

Halle Berry : Patience Phillips / Catwoman
Benjamin Bratt : Tom Lone
Sharon Stone : Laurel Hedare
Lambert Wilson : George Hedare
 

Site Officiel
 
 
Catwoman


USA / 2004

8 septembre 2004
 

Indissociable du vengeur masqué, Catwoman apparaît dès le premier numéro de « Batman », au printemps 1940, sous le crayon d’un des pères de E.C Comics, le fabuleux Bob Kane. Pour le look, Bob Kane s’inspire et mixe la star en vogue Jean Harlow, Anna, l’une de ses ex-compagnes, et Musidora, actrice française déjà toute vêtue de pied en cape de collants noirs pour le feuilleton cinématographique de Louis Feuillade, Les Vampires, en 1922 (dont d’ailleurs Olivier Assayas rendra hommage en 1996 avec Irma Vep et son ex-épouse, Maggie Cheung, dans le rôle), A sa naissance sur papier, Catwoman, alias Selena Kyle, est une gentille hôtesse de l’air qui aime les chats depuis que son père tient une boutique d’animaux domestiques. Suite à un accident d’avion, elle perd la mémoire pour ne se souvenir que de son attirance pour les minets et se transforme ainsi en Catwoman, se vengeant dans un premier temps de son ex-mari en le cambriolant. Ayant pris goût à son succès et ses nouvelles aptitudes, elle devient une criminelle de haut vol pour assouvir sa passion pour tout ce qui brille et plus particulièrement les diamants. Au fil de leurs aventures communes, elle en donne à retordre à l’homme chauve-sourie, constamment à sa poursuite pour l’arrêter et plus si affinité, développant ainsi une relation des plus ambiguës dans le gotha de Ghotam, masochistes, voire sado-masochistes si on considère le kit cat fouet, masque et col au corps de latex noir qu’ exhibe la bonne dame. En bientôt 65 années de cases communes avec le butterfly murder et sa noirceur progressive - dont le sommet est atteint dans le chef d’œuvre de la BD qu’est le Dark Knight de Frank Miller où elle ne fait qu’une courte apparition - la féline s’est mise au goût du jour, certains scénaristes et graphistes allant même jusqu’à reconsidérer sa genèse pour en faire une pute s’étant retournée contre son souteneur. Les temps changent…. Même si dès 1943 un serial scénarisé par Bob Kane et réalisé par Lambert Hillyer avec Lewis Wilson dans le rôle de Batman comble en double programme les matinées des cinoches U.S, il faut attendre la psychédélique transposition télévisée de 1966 avec Adam West (dont une version ciné qui sort sous peu en DVD) avec ses Waouuuuuch !, ses Piiiiiiiing et ses Paaaang ! pour voir se concrétiser en chair et en poils la chatte en beauté et bottée. La déjà ébène, bien avant donc Halle Berry, et sémillante Eartha Kitt (décrétée par Orson Welles, le nez dans sa vodka citron, la femme la plus sexy du monde et dont certains lecteurs « cat-dragénaires » se remémoreront ses tubes des eighties tels Where is my man ou I love men) y prenait la relève de Julie Newmar et précédait Lee Meriwetter dans le rôle de la femme-chat. Les années 70 décrètent que les super-héros sont dans la rue, en haillons, ou à l’Actor’s Studio (cf : L’épouvantail de Jerry Schatzberg ou Un après-midi de chien de Sidney Lumet), et le cinéma U.S délaisse un temps son unique mythologie, mis à part le toujours fringant Superman visualisé par Richard Donner, quand bien même fort enclin à la psychanalyse ambiante et un papa furtif incarné pour un million de dollars de l’époque par Marlon Brando (ce qui n’aide pas).




Et puis 20 ans plus tard survint Sa Majesté Burton et son bric-à-brac déjanté. Lorsqu’il signe en 1989 son contrat avec la Warner pour la réalisation de Batman, il n’a déjà qu’une idée en tête. Le milliardaire autiste dont le seul phallus est une automobile ne l’intéresse guère. Il sème ci et là sa gangrène auteuriste, freinant son génie pour atteindre une totale liberté sur sa suite, Batman Returns (Batman, le Défi ) et celle qui l’inspire en son âme et subconscience : Catwoman. Dans cette séquelle signée en 1992, l’homo chiroptère n’est plus qu’un schizophrène suicidaire en proie à ceux qui ont assumé et fait le pas de mourir pour se réincarner en bestiole, au choix chatte ou pingouin, là où il s’obstine à vivre, survivre, déguisé en linceul. Une femme lui mettra le nez dans sa fiente :: Selina Kyle, « suicidée » par un vampire, son boss, Max Shreck, un nom d’acteur, celui qui fut Nosferatu en 1922 pour Murnau… Pour sa part, elle deviendra Catwoman.
Dès l’annonce du projet, la chatière est en branle : la moitié de ce qui compte comme actrices « bankables » prennent d’assaut le casting. Mais aussi les autres. Sean Young, n’a plus vu, ni avant, ni après, un cachet à cinq chiffres et encore moins à six depuis son rôle (presque de composition) de Blade Runner. Bien qu’ayant désisté le rôle dont héritera Kim Basinger dans le premier volet, l’ex-répliquante de Ridley Scott déambule dans les rues de Los Angeles défroquée en Catwoman avant de se pointer à la Warner le fouet à la main et prête à zébrer les fesses des patrons, havanes brandis pour seule défense. Ce sera non…. Ben non quoi. Normal ! Elle repasse par la fenêtre, pleure, fulmine, harcèle Burton et toute personne qui touche au projet pour finir à l’asile ( dont elle est tôt sortie, l’auteur de ses lignes l’ayant eu deux ans plus tard et peu rassuré à ses côtés lors d’un vol Gérarmer-Paris). Finalement, c’est Annette Bening qui convainc studio et réalisateur. Jusqu’à ce qu’elle découvre que son insatiable géniteur mais néanmoins cette fois mari, Warren Beatty, soit-disant rangé des voitures et tout ce qui porte jupe (il en a chiffonné une bonne partie d’Hollywood et d’ailleurs), a offert un neveu à Shirley Mac Laine. Enceinte et épuisée par les séances d’entraînement, elle quitte donc le plateau en pleurs et, oh génie, Michelle Pfeiffer prend la relève et inscrit dans la courte histoire du cinéma l’une des plus inspirées incarnations de la femme fatale hollywoodienne, la poussant à son paroxysme, avec l’appui toujours plus excitant et zinzin d’un auteur cette fois en totale osmose avec sa création et sa créature. De sa dénonciation des valeurs imposées à la femme américaine jusqu’à sa libération dans la mort, de sa maison de poupée prônant « Hello There » (Bienvenue) jusqu’à ce qu’elle mette à sac son appartement pour culminer en explosant du poing deux lettres pour afficher « Hell Here » (L’Enfer est ici), le personnage de Catwoman devient dès lors un cri et non plus un miaulement. Celui d’une Amérique des faire-valoir, des homeless, des chats de gouttières, et dont l ‘anti-héroïne devient l’incarnation, triturant les couilles coquées du pseudo-héros qui la prône et qui lui, subodorant l’identité civile de celle qu’il pourchasse, n’aspire qu’à une chose : l’embrasser sous le gui le soir de Noël !
La Warner fait la gueule. Hélas, au box-office, les chiffres aussi en comparaison de l’habile compromis artistique-commercial réalisé par Burton avec son volet initial ( le premier Batman s’inscrivait encore à l’époque en tête de liste des meilleurs recettes jamais enregistrées par Hollywood). Burton, lui, prépare déjà ce pour quoi il s’est plié aux règles et à son évidence : obtenir une totale liberté créatrice et réaliser SON Catwoman. Le scénario est écrit. La Warner retire la licence à Burton et, ayant fumé sans aucun doute la moquette et le parquet par la même occasion, décrète ce bon vieux Oui-Oui de Joël Schumarer comme le garant de deux suites à Batman dont le seul intérêt est d’offrir des nanars cultes à nos amies drag-queens .Le mal est fait. Batman disparaît des calendriers de la Warner. Qu’à cela ne tienne, il faut rentabiliser les doits contractuels avec E.C Comics, et vite. Aux dernières nouvelles, Catwoman n’a ni encore léché, ni fumé le gazon. Vers la fin du siècle, on en revient donc au script de Daniel Waters adjugé par Burton et qu’il comptait réaliser(lisible pour tout anglophone sur  www.ed.wood.net. Il ne sera jamais pris en compte et lassé Tim abandonne.
Tout ça pour vous dire quoi déjà ? Ah oui,…que tout ce que vous avez lu ci-dessus, de la B.D aux films, n’a rien, mais alors rien à voir avec le Catwoman de Pitof. ! Désolé…

Le scénario de Waters relégué aux oubliettes, la Warner compte néanmoins exploiter au plus vite le contrat qui la lie encore avec Bob Kane et E.C Comics pour la licence Batman et ses personnages. Le sujet voyage d’écriture en réécriture , se retrouvant immanquablement sur le bureau matinal des réalisateurs en vogue (dont John Woo qui se déclarera un moment intéressé) pour finalement décréter en haut lieu que Catwoman, après tout, ce sera celle qui l’incarne.. Le génie limité des décideurs s’amuse à faire circuler les noms, dont celui de Ashley Judd, jusqu’à ne plus en retenir qu’un : Sarah Michelle Gellar, alias la blondasse (scuse’) de Buffy qui a accentué là-bas et chez nous, il y a peu encore, l’acnée de nos pré-ados lorsqu’ils ne savaient plus quoi faire de leur main droite..
Ex-James Bond Girl, Halle Berry, couronnée d’un Oscar d’interprétation pour A l’ombre de la haine, devient soudain l’icône de la minorité afro-américaine, de surplus féminine. Et de nous rappeler ainsi Pam Grier, qui, avec combien plus de pogne et de charisme, faisait manger leurs gencives aux faces de craie dans les années 70. De là à dire que Catwoman, réalisé par un « méchant français » aux States, est une canalisation et un premier pas vers une nouvelle blaxploitation, il y a un pas que n’oserions franchir. Mais quand bien même…
Aux premières lueurs, il n’y aura pas de Catwoman dans le Batman Begins que nous concocte actuellement Christopher Nolan (Memento) avec l’American-Psycho Christian Bale dans le rôle titre (sortie chez nous le 22 juin 2005), puisqu’il se battra contre l’Epouvantail.
Est-ce à dire que Catwoman deviendra une super-héroïne à elle-seule ?
En regard des résultats comme de son accueil critique, c’est plutôt mal parti.
Mais c’est bien connu : les chats auraient neuf vies. A la licence de mourir et de renaître pour nous offrir peut-être un jour la vraie et l’unique Catwoman. Telle qu’elle le mérite. Miaouh !
 
Arnaud
 
 
 
 

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