Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



Ailleurs
Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary
Effacer l'historique
Ema
Enorme
La daronne
Lux Æterna
Peninsula
Petit pays
Rocks
Tenet
Un pays qui se tient sage



J'ai perdu mon corps
Les misérables
The Irishman
Marriage Story
Les filles du Docteur March
L'extraordinaire voyage de Marona
1917
Jojo Rabbit
L'odyssée de Choum
La dernière vie de Simon
Notre-Dame du Nil
Uncut Gems
Un divan à Tunis
Le cas Richard Jewell
Dark Waters
La communion



Les deux papes
Les siffleurs
Les enfants du temps
Je ne rêve que de vous
La Llorana
Scandale
Bad Boys For Life
Cuban Network
La Voie de la justice
Les traducteurs
Revenir
Un jour si blanc
Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn
La fille au bracelet
Jinpa, un conte tibétain
L'appel de la forêt
Lettre à Franco
Wet Season
Judy
Lara Jenkins
En avant
De Gaulle






 (c) Ecran Noir 96 - 20


Mars  



Donnez votre avis...


Nombre de votes : 22

 
Narco


USA / 2004

01.12.04
 



MY OWN PRIVATE IDEAUX





"- Le pied est à la femme ce que la barbe est à l'homme, le signe de tout épanouissement."

Il y a une adéquation entre trois paramètres qui produisent depuis quelques temps des films français assez semblables : des trentenaires baignés dans la culture Scorsese-Tarantino (comprendre violence et dialogues), des moyens disproportionnés pour réaliser des séries B (comme BD), futurs éventuels nanars cultes, et une obsession de l'esthétique américaine. Mais voilà, le maniérisme contrarie fortement la fluidité de cette compilation de séquences. D'Atomik Circus en Kidnappeurs, la même veine se clone à l'infini. Une vision de l'Amérique post-Lynch calquée sur la France moyenne, celle des pavillons de banlieue et des Buffalo Grill. Les femmes aspirent à être blonde décolorées et se faire pousser les ongles. Les mecs rêvent de Pearl Harbor et de Jean-Claude Van Damme. Les voitures sont sport ou décapotables. Tout est ultra-référencé. Trop peut-être. Trop banal, trop vu, trop trop kitsch. Qu'on soit dans le délire plus que dans le réel ne pose aucun problème. Mais cela ne suffit pas à nous embarquer dans cette folie, qu'on sent factice d'un bout à l'autre.
Parce que Narco flirte trop facilement avec les genres auxquels il rend hommage, jamais nous ne nous sentons dans un univers singulier, dans un film qui se distingue. Cette absence d'originalité ne serait pas dramatique si elle ne se doublait pas d'un fantasme dépassé. Comment croire encore aujourd'hui que cette Amérique "road 66", avec santiags en croco et mallettes d'escrocs, soient le référent culturel de notre civilisation? C'est un peu à l'image de Johnny Hallyday qui a le pseudo, le look, le statut d'une star de rock mais qui n'en a ni le répertoire ni l'âge. Ca fait un peu ringard. A l'instar de ses effets de caméras où les visages sont écrasés et les corps filmés en contre-plongée.
On aurait pu se contenter d'un pastiche. D'autant que les acteurs n'étendent pas leur répertoire respectif. Poelvoorde, toujours aussi excellent, ou Berléand sont en roue libre, à l'aise dans n'importe quel film. La vraie surprise proviendrait de Zabou Breitman, caméléon inattendu dans un rôle relativement ingrat, et de Guillaume Gallienne, parfait dans son rôle de fourbe. On préférera Canet dans ses anciens films. Qu'il soit le symbole d'une génération qui rêve de cinéma hollywoodien est un contre-sens lorsqu'on observe sa filmographie. Mais cela dénote aussi le peu d'imagination déployée dans cette fantaisie pas légère et téléphonée, où l'image l'emporte sur le message.
Narco nous endormirait presque s'il n'y avait pas cette obstination à tout américaniser, à aller jusqu'au bout de cette pseudo folie. Bien sûr, ça ne fonctionne pas. les répliques, l'outrance des situations, la fausse dérision, trop distanciée, la musique branchée, tout contribue à un "package" trop bien conçu, et sans âme. Et puis on s'y perd un peu : les rêves sont-ils formatés? doit-on absolument rentrer dans le rang et se la fermer? Les cinéastes n'apportent aucune réponse convaincante, coincés entre un imaginaire pré-fabriqué et cette impossibilité à croire à l'élévation de ses personnages. Ils sont tous ramenés au sol, semelles de plomb ou six pieds sous terre. Et la musique ne fera rien décoller.
Ca pompe sur Jeunet, ça nostalgise sur le punk, le rock, l'Antisocial, bref c'est fortement hormonal, terriblement masculin, c'est à dire viril et pathétique, et jamais ce n'est assez trash pour nous remuer, à l'instar d'un Dobermann, pourtant contesté en son temps. Ces ratés qui ont le droit de rêver sont trop caricaturaux pour nous émouvoir. Paradoxalement l'unique belle scène réunit Poelvoorde et Breitman dans un resto, en pleine réalité, avec dépôt de bilan et constat sur le ratage et la beauté de leur vie. Une étoile pour ça. Sinon, il y a parfois des moments drôles, des conneries qui font rire, du bluff pour nous épater. Mais jamais la réponse à LA question du film : comment sortir du moule sans laisser trop de plûmes?
Le film a été écrit et réalisé pour devenir culte, pour séduire les buveurs de bière, et organiser des soirées "cahouettes" en bande. Les trentenaires et quadras y trouveront toutes leurs références cinématographiques des seventies. Mais on sort déçu par ce film qui avait un sujet en or entre les mains : le pouvoir des rêves. Au lieu de ça, on a une comédie policière potache peu subtile, un brin divertissante, bizarrement lent, 100% beauf.
 
vincy

 
 
 
 

haut