Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Le parfum de la dame en noir


France / 2005

14.09.05
 



DAME PAS SI BLANCHE





"- Bah s'il n'est pas mort c'est qu'il est vivant.
- Bah évidemment.
"

Suite sans surprise du Mystère de la Chambre Jaune, Le Parfum de la Dame en noir souligne les mêmes faiblesses que le précédent opus de Podalydès. Un rythme mou, un mélange des genres malhabile, une direction artistique qui ne va pas jusqu'au bout de ses ambitions. Ceux qui ont aimé plaisamment le premier seront donc complaisamment séduits par le second.
La fantaisie qu'aurait pu amener Podalydès échoue, malheureusement, lamentablement, à chaque plan, rendant l'entreprise plus lourde qu'il ne faut, engoncée dans ses costumes, faussement frivole. C'est élégant et chic, bourgeois dernier cri, bien joué et joliment photographié. Mais de ce dilemme familial, il ne reste qu'une opposition factice entre une femme fantomatique (Azéma à l'ombre d'elle-même) et un spectre rarement visible (Arditi figurant figuratif). De cette investigation sans but, il ne reste que l'illusion d'un suspens mal construit, où l'on s'égare dans des considérations fumeuses. Par conséquent, nous attendons les révélations, qui surviennent platement. Jamais nous ne nous sentons impliqués dans ce mystère relevant de l'impossible; jamais nous ne sommes dans la tête de Rouletabille. Nous voyons se dérouler sous nos yeux un épisode de Derrick! Comment Rouletabille raisonne, comment en arrive-t-il à déduire certains choses : cela restera une énigme. La faute à qui?

"Je vais chercher une certitude."
Au scénario et à la note d'intention. Le scénario, trop fidèle à l'oeuvre originale, ne sort pas du carcan théâtral dans lequel il étouffe. Là où il aurait fallu déstructuré, rajouter des effets, donner un point de vue (celui du fils ou du compère peu importe), il s'éparpille, enchaîne les séquences sans leur donner de fluidité, se noie dans des flash backs qui arrivent comme un cheveu sur la soupe. Et la note d'intention : Podalydès, louable, a voulu continuer d'insuffler son style un peu décalé dans l'univers de Leroux, mixant ainsi arts divers et artisanat, cinéma d'antan et humour plus contemporain. Trop d'accessoires et d'artifices détournent le regard de ce qui est, au départ, un feuilleton policier, et se transforme en oeuvre disproportionnée. Sculptures, peintures, ventriloques, tours de magie alourdissent l'enquête familiale et criminelle, la divertissant de son objectif. Le principal subterfuge est de nous faire croire à un drame alors que nous sommes dans la farce. A moins que ce ne soit l'inverse.
Dans tous les cas l'insatisfaction est complète. C'est regrettable car Denis Podalydès donne un côté touchant à son personnage de Rouletabille, plus Tintin que jamais. Naïf et enfantin dans ses sentiments, il parvient à un tour de prestidigitation incroyable : s'effacer durant la moitié du film tout en étant la vedette!!! On reste donc, comme pour le premier épisode, fixé sur Sinclair, l'excellent Jean-Noël Brouté. L'ensemble des comédiens donne le relief nécessaire pour sortir le film de sa platitude. Certains sauvent même quelques scènes casse-gueule où les dialogues plombent l'ambiance. Heureusement, le ridicule ne tue pas. Et l'excentricité des uns ou le tempérament des autres font davantage rire que les soi-disant bons mots.

Tout cela manque de modernisme et sent fort la naphtaline. Il y a, cependant, un plaisir (malsain?) à observer cette élite (la même à 90 ans près que celle des spectateurs ciblés) s'ennuyer ferme dans leur prétention, leur préciosité, leur superficialité, leurs obligations. Tout le monde s'emmerde dans une atmosphère morbide. Ils s'amusent comme ils vivent : par nécessité et sans entrain. Cruel jeu de miroir sur notre époque. Involontaire ou pas? Certes nous préférerons, dans le style, un Gosford Park, plus mordant et moins tape à l'oeil. De même, il y avait une jolie métaphore politique à explorer avec cette forteresse essayant de résister à une menace invisible. Hélas Podalydès ne s'intéresse qu'à ses outils. Télescopes et longues vues pour ces aveugles qui se cachent derrière leurs lunettes noires. Allégorie de notre comportement d'autruche, entre hypocrisie et lâcheté. Bien vu. Mais trop appuyé.
Le film s'enlise ainsi dans ses propres pièges, sans choisir l'action ou la dérision. Même un crime a l'air cocasse.
Comme le dit le très détaché Michael Lonsdale (auquel nous nous indentifions très vite en tant que spectateur) : "J'ai comme une bizarre impression que nous sommes en plein drame." Même pas drôle le drame, juste léger dans un univers décalé, à l'instar du personnage de Zabou Breitman.
 
vincy

 
 
 
 

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