Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Angel-A


France / 2005

21.12.05
 



INDESIRABLE





"- Il est très féminin à l'intérieur de lui."

Un film de Luc Besson est un film comme les autres. Il n'est ni plus exceptionnel, ni plus événementiel, ni maltraité a priori, ni préjugé. Angel-a est un mauvais film. Tout simplement. Parce que nous nous y ennuyons (avec agacement). Parce que le propos , aussi beau soit il, est infantile (désespérément).
Besson peut en effet remercier le chef op, Thierry Arbogast, et le compositeur, Anja Garbarec, pour avoir sauvé cette production en lui donnant l'allure d'un somptueux écrin, vide de tout joyau. Au moins les yeux et les oreilles se feront plaisir à admirer beaux plans et belles sonorités. Mais comment expliquer qu'un film aussi court, prétendument comédie romantique, paraisse aussi long et ne fasse jamais rire?
Premier des accusés : le scénario. Sketch étiré en langueur, sans aucune intrigue captivante, ou même de rebondissements prenants, Besson nous avait quand même habitué à un minimum d'action ou disons de sensation. Film anesthésié, il passe d'une séquence à l'autre à la manière d'un mauvais Blier (un récent donc). Ne joue pas au surréalisme qui veut. Ni à la poésie. Un plan moins soigné d'un Téchiné ou d'un Garrel révèle plus de charme et de grâce que l'esthétique de musée ici présente. L'histoire n'est pas seulement synoptique. Elle esquisse et, du coup, évite, des personnages qui manquent de profondeur, d'intensité. Caricatures où la fille, entre Nikita (punchy), Mathilda (innocente) et Leeloo (look de "pétasse"), a finalement le beau rôle, malgré son manque de singularité, sa fausse modernité. Le mec, Jamel, est comme un fauve en cage. Talentueux, assurément, il semble bridé dans ses élans, et ne parvient à exister que dans les plans fixes. En mouvement c'est un peu Grincheux accompagné de Blanche Neige (certes plus punk). Tchatche hélas contrôlée par le second accusé : les dialogues.
A l'instar d'un mauvais Lelouch, Besson, après 7 ans de silence, n'a pas su sortir une seule bonne réplique au mieux se répétant (clin d'oeil?), au pire n'évitant pas les clichés verbaux. Explicatifs, mal écrits, parfois incompréhensibles, ils deviennent souvent assommants. Bavard cet Angel-a. Ca plombe un peu plus le film dans une forme d'immobilisme, qui, avec ses cadres très étudiés et sa lumière magnifiée, donne une allure de carte postale vendue dans les boutiques de souvenirs pour touristes chics.
Belle pub papier glacée de la ville lumière, tournée dans le prolongement de sa pub vantant Paris en ville olympique, cette oeuvre s'apparente davantage comme un hommage (raté) à Amélie Poulain qu'un écho inversé à Subway. Inspirée soit du sketch de Jamel aux César, soit d'une vision sans substance de la fille sur le pont, de toute façon complètement plagiée. Sans parler des multiples scènes pompées dans différents films de la pop culture (Recherche Susan désespérément par exemple).
Si encore le film était parvenu à nous faire croire aux conflits intérieurs des protagonistes, si encore les crises existentielles avaient été bien exploitées. Mais l'oeil naïf et "adulescent" du cinéaste, pour ne pas dire un brin primitif (le noir et blanc accentue ce côté manichéen) ont rendu les disputes laborieuses, les duels interminables et les paroles fades. On écoute ce qui se dit, et on se dit qu'il n'y a rien de cinématographique dans ses dialogues. Rien d'imaginatif ni de philosophique, rien d'inventif ni de drôle.
À ce Paris désertique s'ajoute donc une vacuité des mots et un coma dépassé des pantins qui s'agitent parfois pour nous guider à travers la capitale. Rien à voir, rien à dire, rien à montrer. Un film post mortem qui ponctuerait plus qu'il ne relancerait une filmographie. Besson vit toujours dans un monde de pulsions, sans les affronter : étonnement pudique, faussement allumeur, le sexe est inexistant, puisque les rares moments de débauche ne sont finalement qu'un bête exercice de tabassage. La violence, factice, est montrable, la chair, humaine, non. Morale bessonnienne, plus américaine qu'européenne, plus enfantine qu'adulte. Le réalisateur n'a donc pas mûri.
C'est bien le reproche essentiel à lui porter. Il aurait pu sauver l'ensemble avec un final amer et mélancolique. Tant prévisible de bout en bout (même l'artifice de cet ange / miroir ne nous trompe jamais), son film s'achève sur un happy end improbable, ridicule et frustrant. Il aurait pu laisser son ange s'envoler, et son (anti)héros ressortir de la Seine, laissant le spectateur croire que tout cela n'était qu'un rêve, une hallucination allégorique d'un suicidé se noyant dans le fleuve. Une heure et quelques d'illusions, ça aurait eu plus de gueule que cet ange ressuscité, les ailes coupées. Les ailes du désir ont disparu. Le film est rendu indésirable. Quitte à voir une belle histoire désenchantée, en noir et blanc, avec des anges et un mec paumé, revoyez Berlin filmée par Wim Wenders.
 
vincy

 
 
 
 

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