Les initiés de John Trengove est une tragédie sensible qui vaut le détour: portrait d'un pays, description d'un rite et regard acéré sur la masculinité et ses apparences.



11 minutes
Cessez-le-feu
Glory
Gold
Jonction 48
Konbissiri
L'affranchie
L'éveil de la permaculture
Les initiés
Life: Origine inconnue
Mes vies de chien
Nostos
Retour à Forbach
Sous le même toit
Wedding Doll
Zeitgeist protest



Lumière! L'aventure commence
Moonlight
Logan
Grave
The Lost City Of Z
L'Autre côté de l'espoir
La Belle et la Bête
L'Opéra
Les Mauvaises Herbes
La jeune fille et son aigle
Lettres de la guerre
The Young Lady



Alibi.com
Lion
Patients
Kong: Skull Island
Le secret de la chambre noire
Les figures de l'ombre
Miss Sloane
Monsieur & Madame Adelman
Paris pieds nus
Jours de France
Mate-me por favor
Fantastic Birthday
Fixeur
Going to Brazil
Sage femme
A United Kingdom
Félicité
Baby Boss
Ghost in the Shell
Orpheline
Telle mère, telle fille
Corporate
Stratton
Fast and Furious 8
Je danserai si je veux
Pas comme les loups
L'homme aux mille visages






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rezo  



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Kekexili : la patrouille sauvage (Mountain patrol)


Chine / 2004

25.01.06
 



CHASSE A L'HOMME





"- Reviens vivant."

Que ceux qui ont déjà en tête des images buccoliques d'antilopes gambadant gaîment dans une nature verdoyante reviennent immédiatement sur terre. Dans Kekexili : la patrouille sauvage, tout est rude et sans concession, à l'image de la séquence d'ouverture qui montre tour à tour un massacre d'antilopes, leur dépeçage en mode express, le meurtre "gratuit" d'un garde puis la découverte d'un charnier de bêtes ensanglantées alignées à perte de vue. L'horreur cueille le spectateur à froid, lui laissant craindre une longue suite d'atrocités en gros plan. Il n'en est rien, mais cette simple éventualité permet à la tension de s'installer. En une scène, Lu Chuan transforme un film qu'on aurait pu croire écologique en thriller épuré.

Pour cela, il découpe très précisément chaque séquence, chaque scène, chaque plan, de manière à en tirer le maximum en un temps limité. L'action ne s'étire pas, elle se condense. Rien n'est souligné, tout est immédiatement perceptible dans un regard, un geste, une inflexion de voix. Les dialogues sont réduits à quelques phrases très informatives qui permettent presque toujours de faire avancer l'action. Pas de place pour les bavardages inutiles, pas de scènes futiles pour nous faire apprécier les paysages.

Combat épique

Ceux-ci, pourtant, sont omniprésents. Lu Chuan en tire le meilleur sans que l'on puisse jamais le soupçonner de rechercher le pittoresque ou le sensationnel. Kekexili n'est pas un décor, c'est le principal personnage de l'histoire. Celui qui donne (sa beauté, ses animaux, ses rivières) et celui qui prend (la vie, principalement). Les conditions extrêmes dans lesquelles évolue la patrouille sont une simple contrepartie pour ses ciels immenses dévorant la terre et sa voute céleste d'une pureté originelle. Cette hostilité des éléments (on pourrait parler d'acharnement) n'est pas là pour donner une touche de film catastrophe à une œuvre qui n'en a pas vraiment besoin. Elle est la preuve que la nature ne s'apprivoise pas et que l'on ne bat pas pour ce qui est aimable, mais uniquement pour ce qui est important.

Comment ne pas voir, dans ce combat épique, une métaphore de la lutte du peuple tibétain face à l'envahisseur chinois ? Lu Chuan a beau le nier, Kekexili… délivre plus qu'un simple message écologique. Cette ultime traque, on sait rapidement qu'elle sera sans retour. L'une après l'autre, les chances de succès s'amenuisent. Les vivres qui viennent à manquer, d'abord. Puis le carburant. Les cartouches. La nécessité de se séparer en plusieurs groupes. La neige et le froid. Et enfin le destin.

Ri tai, le très charismatique leader de la patrouille (Duo Bujie, excellent) sait qu'arrivé à ce point de sa quête, il doit faire un choix. Céder devant les contingences matérielles et les conditions atmosphériques - c'est-à-dire renoncer, vivre et avoir honte - ou tout abandonner derrière lui et tenter sa dernière chance. Poursuivre les braconniers criminels n'est pas le chemin le plus facile, ni le plus censé, c'est au contraire le pire. Le symbole est criant : au premier degré, c'est le combat magnifique d'hommes prêts à donner leur vie pour une poignée d'antilopes. Au second, il s'agit de la résistance désespérée d'un peuple pour ne pas perdre ses biens les plus précieux : sa culture, son histoire, son identité. Dans les deux cas, c'est un message d'espoir, mais aussi de défi. Plutôt mourir que de renoncer à une part de soi-même.
 
MpM

 
 
 
 

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