Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.

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Jean-Philippe


France / 2005

05.04.06
 



D'OU VIENS-TU JOHNNY ?





"Johnny!! Sors de la cuisine, tu ne vas pas faire la vaisselle non plus?!"

S'attaquer à une icône nationale ! Faire disparaître Johnny Hallyday de la surface de la terre ! Sacrilège ! Presque aussi grave que de remplacer les monuments de Paris par des répliques en plâtre ou dessiner des moustaches à la Joconde. Mais un peu d'irrévérence, que c'est bon ! Surtout lorsque le principal intéressé joue le jeu avec beaucoup d'humour, et livre la performance assez émouvante d'un homme qui, ayant renoncé à ses rêves, se rend soudainement compte de ce qu'il aurait pu être.

L’idée de départ, la théorie des mondes parallèles, est un classique de la science fiction. Tout le talent de Christophe Turpin, le scénariste, est de l’avoir mise au service d’une intrigue extrêmement précise sans céder à la tentation d’en explorer simultanément d’autres facettes. La seule différence importante entre le monde de Fabrice et celui où il échoue, c’est Johnny. Le reste demeure à la marge, s'autorisant juste un clin d’œil ici et là, ce qui donne au récit la concentration et la densité qui lui permettent de tenir la route. Car le sujet n’est pas tant l’existence de ces mondes parallèles ni ce qu’ils impliquent que la manière dont le personnage principal va réagir face à cette nouvelle donne. Intelligemment, le scénario embraye donc assez vite sur une deuxième partie qui s’avère parfaitement à la hauteur de la situation de départ : privé de Johnny, Fabrice tente d’en reconstituer un.

Sauf qu’entre son rêve et la réalité dans laquelle il évolue, il y a un fossé dont il est le seul à ne pas avoir conscience. Ce décalage permanent entre la perception qu’a Fabrice de son idole et celle, plus réaliste, de ses proches, insuffle son rythme au film. D’autant que le spectateur, lui, a un degré de lecture supplémentaire : connaissant le « vrai » Johnny, il savoure par contraste sa composition de looser ringard. Cette autodérision offre les plus belles scènes du film, qui montrent un Jean-Philippe empli de doutes, effaré et peu sûr de lui.

Note mélancolique
Car le scénario, loin de se cantonner au mode comique, introduit à plusieurs reprises une note mélancolique qui rend les personnages humains, donc émouvants. Jean-Philippe, c’est l’archétype de celui qui avait un rêve et ne l’a pas réalisé. Il fait rire, puisqu’il est interprété par une icône nationale. Mais en écho, il évoque les milliers d’artistes qui restent dans l’ombre. Pour un Johnny Hallyday, combien de Jean-Philippe Smet ? Sa résignation, son quotidien étriqué, jusqu’aux étincelles enfantines qui naissent dans son regard lorsqu’il recommence à y croire, tout fonctionne, apportant une vraie profondeur au film.

Le personnage de Fabrice s’avère encore plus touchant. Au départ, on le prend pour un grand malade qui nourrit des délires obsessionnels. Son acharnement, son dévouement, son admiration béate le rendent ridicule. Et pourtant sa passion pour Johnny lui permet de s’extraire de son existence morne. Quoi qu’il lutte pour le rêve d’un autre, c’est lui-même qu’il transcende et plus son combat semble dérisoire, plus il est magnifique.

Cette réflexion sur la célébrité, sur les rendez-vous manqués et sur les hasards de la vie n’occulte pas le potentiel comique de Jean-Philippe, mais le renforce en créant une complicité forte entre les deux personnages. On les sent à l’unisson, peu à peu gagnés par la même fièvre et tournés vers un même but. Il faut voir Luchini chanter avec délectation du Johnny devant un Jean-Philippe dubitatif ou encore Johnny ânonner à contre-temps Quelque chose de Tennesse sous le regard consterné de Fabrice… Cela sonne d’autant plus juste que les acteurs interprètent leur propre rôle avec une vraie générosité.

De Jean-Philippe, on sortira donc consolé, voire réconcilié avec les comédies « à la française ». Et oui, on sait encore faire rire avec une histoire intelligente, à la fois bien écrite et bien pensée, dont ni la performance ni la personnalité des acteurs n'est le seul argument. En plus, le film incite à se remettre à croire en nos rêves. Après tout, c’est vrai, il n’est jamais trop tard pour changer le cours de sa vie… morale bon marché, certes, mais qui met un peu de baume au cœur. Et puis il sera plus facile de supporter la grisaille du quotidien en se disant que quelque part, dans un univers parallèle, on est peut-être une star.
 
MpM

 
 
 
 

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