L'ile aux chiens, nouvelle fable (engagée) de Wes Anderson, Ours d'argent du meilleur réalisateur à Berlin, est artistiquement brillante, son récit entre dérision et aventures très foisonnant.



Allons enfants
Escobar
Eternity has no door for escape
Game Night
Jean Ziegler
Jersey Affair
Katie Says Goodbye
Larguées
Love Addict
Mes Provinciales
My Wonder Women
Nico, 1988
Notre enfant
Nous sommes l'himanité
Place publique
Sonate pour Roos
Strangers: Prey at Night



Black Panther
La forme de l'eau
Call Me By Your Name
Les garçons sauvages
Ghostland
Mektoub, My Love: Canto Uno
Les Destinées d'Asher
Ready Player One
The Rider
La révolte des jouets
L'île aux chiens



Le Labyrinthe: Le remède mortel
Le retour du héros
Phantom Thread
Moi, Tonya
Criminal Squad
Mary et la fleur de la sorcière
La Ch'tite Famille
La fête est finie
Lady Bird
Eva
La caméra de Claire
Le jour de mon retour
Les étoiles restantes
The Disaster Artist
L'Affaire Roman J.
Chien
La Belle et la Belle
Tomb Raider
Un raccourci dans le temps
Pacific Rim Uprising
La prière
Coby
Croc-Blanc
Madame Hyde
A l'heure des souvenirs
Don't worry he won't get far on foot
Pierre Lapin
La mort de Staline
Red Sparrow
Kings
Taxi 5






 (c) Ecran Noir 96 - 18


Uip  



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Inside Man (L homme de l intérieur)


USA / 2006

12.04.06
 








LES OUSTIDERS

"- Putain un Arabe!
- Je suis Sikh!
"

Dans la lignée de La 25ème Heure, Spike Lee prolonge cette envie de mélanger ses thématiques personnelles avec un goût renouvelé pour un cinéma populaire. Inside Man, de loin son meilleur film depuis des lustres, bénéficie d'une mise en scène inspirée, d'un scénario admirable, d'un casting idéal.
En surface il s'agit d'un thriller cérébral, une histoire de casse, mais un cambriolage plus complexe dans ses objectifs qu'il n'y paraît. Un braqueur brillant et pas amateur, smart donc, face à une équipe de flics qui cumule les fiascos tout en étant ultra pro. Mais la vie n'est pas si binaire et tout le film démontre à quel point rien n'est noir ni blanc - même si le noir a toujours le beau rôle chez Spike Lee. Et si l'un rêve de siroter un cocktail entouré de six filles, l'autre aspire à l'envoyer sous les douches d'une prison, entre deux mecs balèzes, à siroter autre chose. Denzel manie l'humour pour détourner la haine, la peur, l'agressivité, la violence verbale, les malices d'un pouvoir corrompu. On le croirait presque venu de La Nouvelle Orléans : costumes clairs, mouvements indolents, discussions torrides avec sa petite amie...
Mais nous sommes à Babel, une New York en trauma post 11 septembre, en alerte, toutes sirènes hurlantes. Une ville sur le grill. Cosmopolite où toutes les communautés coexistent mais ne dialoguent pas : les gens parlent à leur écouteur téléphonique ou dansent avec leur Ipod dans les oreilles. Le racisme n'est pas loin, et plus habilement confronté que dans Collision. Inconscience de citoyens individualistes, égocentriques qui ne soucient de rien de ce qui est en dehors de leur bulle. Le scénario va "crasher" tout leur confort mental.
Le premier à en prendre pour son grade est le plus puissant d'entre tous. Tout un symbole. Le Président de la banque, au passé flou, incarné par un grandiose Christopher Plummer, laisse percevoir un abattement réel, mais subtil, lorsqu'il apprend le casse, qui pour le coup, le casse. Toute la force d'Inside Man c'est de révéler l'intérieur de ses personnages en quelques plans, quelques phrases. Scènes efficaces révélant forces et faiblesses sans fioritures mais avec panache. Le spectateur est constamment sollicité pour ne rien perdre de ce jeu tordu et surtout psychologique.
Au milieu de ce trio - le braqueur, le flic, le banquier braqué - un élément pivot, une femme, alias Jodie Foster (merveilleuse en agent triple). "J'ai réussi en me faisant des amis et pas des ennemis." Tout est dit. Inside Man se joue des méfiances et démontre qu'il faut faire confiance à l'autre. Dans une cité paranoïaque, une société où chaque mot peut s'avérer une arme, Spike Lee réintroduit la parole avec ces interludes où les témoins racontent, s'épanchent, avouent... Parler, parler. Il n'y a pas d'issues alternatives et cela ne nuit en rien au suspens. Car cette farce dramatique où les masques des uns et les faux semblants des autres n'est pas simplement un divertissement de haute volée.
Tout est politique chez le cinéaste de Malcom X. Cela peut-être anecdotique (mais pas anodin) lorsque Owen critique, à juste titre, un jeu vidéo ultra-violent où un gamin cite la star de rap 50 cents et son slogan "Vivre riche ou mourir". Cela peut-être le sujet même du film (qu'on ne dévoilera pas ici) où une bague Cartier n'est que la partie émergée de l'iceberg. Et cela peut-être tout le contexte paranoïaque qui s'illustre à travers ce cambriolage étrange et intriguant. Dans une époque où l'on préfère prévenir que guérir, l'esprit de précaution fait plus souvent péter les plombs avec une simple menace qu'avec un acte réellement atroce. Les otages, a priori innocents, deviennent les suspects parce que la police est incapable de détecter, discerner, les méchants des gentils. Au nom d'une suspicion générale, la présomption d'innocence n'existe plus : tous coupables jusqu'à preuve du contraire. La parabole avec les Lois "ultra-sécuritaires" de ce début de millénaire est évidente ; et Lee rappelle que les plus beaux outils de surveillance, les plus belles intelligences, les plus puissants des Big Brothers - Minority Report l'avait déjà indiqué - sont "contournables".
La solution réside davantage dans le rapport humain, l'écoute de chacun. D'ailleurs les deux antagonistes - le flic et le voleur - se parlent et s'entendent plus qu'ils ne se voient. C'est tout l'exercice délicat de ce film parlé, bavard, tortueux, entre ses manigances et ses manipulations. Ingénieux jusque dans les détails (à ne pas rater), le montage nerveux et la musique (parfois envahissante hélas) permettent de lui donner une frénésie bienvenue et jamais ennuyeuse.
D'autant que la moralité n'est pas exempte de ce film finalement assez noir et cynique. Une fois les masques tombés, on pardonnera ou on châtiera, et pas forcément ceux que l'on croyait. Petit bémol malgré tout : qui est malin sera devin (et comprendra l'astuce - le twist - avant que l'épilogue ne survienne). Cela vaut quand même le coup de suivre jusqu'au bout cette enquête machiavélique : "Follow the ring!"
 
vincy

 
 
 
 

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