Tom à la ferme prouve une fois de plus que Xavier Dolan est doué. Une mère, encore, un beau frère, forcément troublant, un citadin homosexuel et un mort, qui hante le trio. Et il nous livre un soupçon de sueurs froides hitchcockienne. Tous à la campagne!



96 heures
Après la nuit
Avanti
Brick Mansions
Dans la cour
Girafada
Je m'appelle Hmmm...
Khumba
L'été des poissons volants
La ligne de partage des eaux
Les 3 vies du chevalier
Les amants électriques
Night Moves
Noor
States of Grace
Un voyage
Une rencontre



Gravity
12 Years a Slave
Le vent se lève
The Grand Budapest Hotel
La Cour de Babel
Les chiens errants
Wrong Cops
Leçons d'harmonie
Real
Dancing in Jaffa
Mille Soleils
Nebraska
Computer Chess
La belle vie
Tom à la ferme



La reine des neiges
Les garçons et Guillaume, à table !
Ida
Lego, la grande aventure
Supercondriaque
Monuments Men
Her
Situation amoureuse, c'est compliqué
Aimer, boire et chanter
All About Albert
Closed Circuit
De toutes nos forces
Gerontophilia
Layla
Les Gazelles
Captain America : Le Soldat de l'Hiver
47 Ronin
Eastern Boys
La crème de la crème
Salaud, on t'aime
Divergente
Heli
Les yeux jaunes des crocodiles
My Sweet Pepper Land
Noé
Rio 2
Suneung
Babysitting
Melaza
Métabolisme ou quand le soir tombe sur Bucarest
Need for Speed
Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu?
The Best Offer
Une promesse






 (c) Ecran Noir 96 - 14


Uip  



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Inside Man (L homme de l intérieur)


USA / 2006

12.04.06
 








LES OUSTIDERS

"- Putain un Arabe!
- Je suis Sikh!
"

Dans la lignée de La 25ème Heure, Spike Lee prolonge cette envie de mélanger ses thématiques personnelles avec un goût renouvelé pour un cinéma populaire. Inside Man, de loin son meilleur film depuis des lustres, bénéficie d'une mise en scène inspirée, d'un scénario admirable, d'un casting idéal.
En surface il s'agit d'un thriller cérébral, une histoire de casse, mais un cambriolage plus complexe dans ses objectifs qu'il n'y paraît. Un braqueur brillant et pas amateur, smart donc, face à une équipe de flics qui cumule les fiascos tout en étant ultra pro. Mais la vie n'est pas si binaire et tout le film démontre à quel point rien n'est noir ni blanc - même si le noir a toujours le beau rôle chez Spike Lee. Et si l'un rêve de siroter un cocktail entouré de six filles, l'autre aspire à l'envoyer sous les douches d'une prison, entre deux mecs balèzes, à siroter autre chose. Denzel manie l'humour pour détourner la haine, la peur, l'agressivité, la violence verbale, les malices d'un pouvoir corrompu. On le croirait presque venu de La Nouvelle Orléans : costumes clairs, mouvements indolents, discussions torrides avec sa petite amie...
Mais nous sommes à Babel, une New York en trauma post 11 septembre, en alerte, toutes sirènes hurlantes. Une ville sur le grill. Cosmopolite où toutes les communautés coexistent mais ne dialoguent pas : les gens parlent à leur écouteur téléphonique ou dansent avec leur Ipod dans les oreilles. Le racisme n'est pas loin, et plus habilement confronté que dans Collision. Inconscience de citoyens individualistes, égocentriques qui ne soucient de rien de ce qui est en dehors de leur bulle. Le scénario va "crasher" tout leur confort mental.
Le premier à en prendre pour son grade est le plus puissant d'entre tous. Tout un symbole. Le Président de la banque, au passé flou, incarné par un grandiose Christopher Plummer, laisse percevoir un abattement réel, mais subtil, lorsqu'il apprend le casse, qui pour le coup, le casse. Toute la force d'Inside Man c'est de révéler l'intérieur de ses personnages en quelques plans, quelques phrases. Scènes efficaces révélant forces et faiblesses sans fioritures mais avec panache. Le spectateur est constamment sollicité pour ne rien perdre de ce jeu tordu et surtout psychologique.
Au milieu de ce trio - le braqueur, le flic, le banquier braqué - un élément pivot, une femme, alias Jodie Foster (merveilleuse en agent triple). "J'ai réussi en me faisant des amis et pas des ennemis." Tout est dit. Inside Man se joue des méfiances et démontre qu'il faut faire confiance à l'autre. Dans une cité paranoïaque, une société où chaque mot peut s'avérer une arme, Spike Lee réintroduit la parole avec ces interludes où les témoins racontent, s'épanchent, avouent... Parler, parler. Il n'y a pas d'issues alternatives et cela ne nuit en rien au suspens. Car cette farce dramatique où les masques des uns et les faux semblants des autres n'est pas simplement un divertissement de haute volée.
Tout est politique chez le cinéaste de Malcom X. Cela peut-être anecdotique (mais pas anodin) lorsque Owen critique, à juste titre, un jeu vidéo ultra-violent où un gamin cite la star de rap 50 cents et son slogan "Vivre riche ou mourir". Cela peut-être le sujet même du film (qu'on ne dévoilera pas ici) où une bague Cartier n'est que la partie émergée de l'iceberg. Et cela peut-être tout le contexte paranoïaque qui s'illustre à travers ce cambriolage étrange et intriguant. Dans une époque où l'on préfère prévenir que guérir, l'esprit de précaution fait plus souvent péter les plombs avec une simple menace qu'avec un acte réellement atroce. Les otages, a priori innocents, deviennent les suspects parce que la police est incapable de détecter, discerner, les méchants des gentils. Au nom d'une suspicion générale, la présomption d'innocence n'existe plus : tous coupables jusqu'à preuve du contraire. La parabole avec les Lois "ultra-sécuritaires" de ce début de millénaire est évidente ; et Lee rappelle que les plus beaux outils de surveillance, les plus belles intelligences, les plus puissants des Big Brothers - Minority Report l'avait déjà indiqué - sont "contournables".
La solution réside davantage dans le rapport humain, l'écoute de chacun. D'ailleurs les deux antagonistes - le flic et le voleur - se parlent et s'entendent plus qu'ils ne se voient. C'est tout l'exercice délicat de ce film parlé, bavard, tortueux, entre ses manigances et ses manipulations. Ingénieux jusque dans les détails (à ne pas rater), le montage nerveux et la musique (parfois envahissante hélas) permettent de lui donner une frénésie bienvenue et jamais ennuyeuse.
D'autant que la moralité n'est pas exempte de ce film finalement assez noir et cynique. Une fois les masques tombés, on pardonnera ou on châtiera, et pas forcément ceux que l'on croyait. Petit bémol malgré tout : qui est malin sera devin (et comprendra l'astuce - le twist - avant que l'épilogue ne survienne). Cela vaut quand même le coup de suivre jusqu'au bout cette enquête machiavélique : "Follow the ring!"
 
vincy

 
 
 
 

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