Dear White People, prix du public à sundance, est une satire sociale où des personnages de Spike Lee seraient plongés dans des méli-mélos à la Almodovar, pour résumer. Une comédie intelligente et loufoque qui dénonce le racisme sans l'enferme dans une case.



300 hommes
A trois on y va
Cendrillon
Dear White People
Diversion
El Evangelio de la carne
Enfances nomades
L'homme des foules
La sapienza
Le petit homme
Paris of the North
Un amour
Voyage en Chine
Waste Land



Timbuktu
Whiplash
L'affaire SK1
Les nouveaux sauvages
Snow Therapy
It Follows
Kingsman: Services secrets
Citizenfour
Selma
Tu dors Nicole



La famille Bélier
Invincible
Les souvenirs
Une merveilleuse histoire du temps
Into the Woods: Promenons-nous dans les bois
Imitation game
Frank
Jupiter: Le destin de l'univers
La grande aventure de Maya l'abeille
Les jours venus
Papa ou Maman
L'enquête
Les merveilles
Les nouveaux héros
Mon fils
Cinquante nuances de Grey
Bob l'éponge: Un héros sort de l'eau
American Sniper
Max et Lenny
Things People Do
Vincent n'a pas d'écailles
Projet Almanac
Tracers
Loin de mon père
Les chevaliers du Zodiaque - la légende du Sanctuaire
Le dernier loup
Hungry Hearts
Birdman (ou la surprenante vertu de l'ignorance)
Inherent Vice
L'Art de la fugue
Le cercle
Tokyo Fiancée
1001 grammes
Le dernier coup de marteau
The Voices
Big Eyes
Divergente 2: L'insurrection
Furyo
Hacker
Still Alice
Un homme idéal






 (c) Ecran Noir 96 - 15


Uip  



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Inside Man (L homme de l intérieur)


USA / 2006

12.04.06
 








LES OUSTIDERS

"- Putain un Arabe!
- Je suis Sikh!
"

Dans la lignée de La 25ème Heure, Spike Lee prolonge cette envie de mélanger ses thématiques personnelles avec un goût renouvelé pour un cinéma populaire. Inside Man, de loin son meilleur film depuis des lustres, bénéficie d'une mise en scène inspirée, d'un scénario admirable, d'un casting idéal.
En surface il s'agit d'un thriller cérébral, une histoire de casse, mais un cambriolage plus complexe dans ses objectifs qu'il n'y paraît. Un braqueur brillant et pas amateur, smart donc, face à une équipe de flics qui cumule les fiascos tout en étant ultra pro. Mais la vie n'est pas si binaire et tout le film démontre à quel point rien n'est noir ni blanc - même si le noir a toujours le beau rôle chez Spike Lee. Et si l'un rêve de siroter un cocktail entouré de six filles, l'autre aspire à l'envoyer sous les douches d'une prison, entre deux mecs balèzes, à siroter autre chose. Denzel manie l'humour pour détourner la haine, la peur, l'agressivité, la violence verbale, les malices d'un pouvoir corrompu. On le croirait presque venu de La Nouvelle Orléans : costumes clairs, mouvements indolents, discussions torrides avec sa petite amie...
Mais nous sommes à Babel, une New York en trauma post 11 septembre, en alerte, toutes sirènes hurlantes. Une ville sur le grill. Cosmopolite où toutes les communautés coexistent mais ne dialoguent pas : les gens parlent à leur écouteur téléphonique ou dansent avec leur Ipod dans les oreilles. Le racisme n'est pas loin, et plus habilement confronté que dans Collision. Inconscience de citoyens individualistes, égocentriques qui ne soucient de rien de ce qui est en dehors de leur bulle. Le scénario va "crasher" tout leur confort mental.
Le premier à en prendre pour son grade est le plus puissant d'entre tous. Tout un symbole. Le Président de la banque, au passé flou, incarné par un grandiose Christopher Plummer, laisse percevoir un abattement réel, mais subtil, lorsqu'il apprend le casse, qui pour le coup, le casse. Toute la force d'Inside Man c'est de révéler l'intérieur de ses personnages en quelques plans, quelques phrases. Scènes efficaces révélant forces et faiblesses sans fioritures mais avec panache. Le spectateur est constamment sollicité pour ne rien perdre de ce jeu tordu et surtout psychologique.
Au milieu de ce trio - le braqueur, le flic, le banquier braqué - un élément pivot, une femme, alias Jodie Foster (merveilleuse en agent triple). "J'ai réussi en me faisant des amis et pas des ennemis." Tout est dit. Inside Man se joue des méfiances et démontre qu'il faut faire confiance à l'autre. Dans une cité paranoïaque, une société où chaque mot peut s'avérer une arme, Spike Lee réintroduit la parole avec ces interludes où les témoins racontent, s'épanchent, avouent... Parler, parler. Il n'y a pas d'issues alternatives et cela ne nuit en rien au suspens. Car cette farce dramatique où les masques des uns et les faux semblants des autres n'est pas simplement un divertissement de haute volée.
Tout est politique chez le cinéaste de Malcom X. Cela peut-être anecdotique (mais pas anodin) lorsque Owen critique, à juste titre, un jeu vidéo ultra-violent où un gamin cite la star de rap 50 cents et son slogan "Vivre riche ou mourir". Cela peut-être le sujet même du film (qu'on ne dévoilera pas ici) où une bague Cartier n'est que la partie émergée de l'iceberg. Et cela peut-être tout le contexte paranoïaque qui s'illustre à travers ce cambriolage étrange et intriguant. Dans une époque où l'on préfère prévenir que guérir, l'esprit de précaution fait plus souvent péter les plombs avec une simple menace qu'avec un acte réellement atroce. Les otages, a priori innocents, deviennent les suspects parce que la police est incapable de détecter, discerner, les méchants des gentils. Au nom d'une suspicion générale, la présomption d'innocence n'existe plus : tous coupables jusqu'à preuve du contraire. La parabole avec les Lois "ultra-sécuritaires" de ce début de millénaire est évidente ; et Lee rappelle que les plus beaux outils de surveillance, les plus belles intelligences, les plus puissants des Big Brothers - Minority Report l'avait déjà indiqué - sont "contournables".
La solution réside davantage dans le rapport humain, l'écoute de chacun. D'ailleurs les deux antagonistes - le flic et le voleur - se parlent et s'entendent plus qu'ils ne se voient. C'est tout l'exercice délicat de ce film parlé, bavard, tortueux, entre ses manigances et ses manipulations. Ingénieux jusque dans les détails (à ne pas rater), le montage nerveux et la musique (parfois envahissante hélas) permettent de lui donner une frénésie bienvenue et jamais ennuyeuse.
D'autant que la moralité n'est pas exempte de ce film finalement assez noir et cynique. Une fois les masques tombés, on pardonnera ou on châtiera, et pas forcément ceux que l'on croyait. Petit bémol malgré tout : qui est malin sera devin (et comprendra l'astuce - le twist - avant que l'épilogue ne survienne). Cela vaut quand même le coup de suivre jusqu'au bout cette enquête machiavélique : "Follow the ring!"
 
vincy

 
 
 
 

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