Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Nausicaä de la Vallée du Vent (Kaze no Tani ni Naushika) (Warriors of the Wind)


Japon / 1984

23.08.06
 








PRINCESSE UN PEU FUCKEE

"- De l'arsenic en fleur, comment est-ce possible?"

Histoire sacrificielle anti-impérialiste où le vent se lève comme l'espoir rayonne... pourtant, il ne s'agit pas d'un film de Ken Loach. Hayao Myazaki, de par son propre vécu, a toujours mélangé les drames belliqueux, la monstruosité de l'homme, avec l'aspiration pacifiste, et le nécessaire besoin d'harmonie.
Il est surprenant de (re)voir ce premier long métrage du Maître du manga. Toute son oeuvre, tout son talent imprègnent déjà ce Nausicaä, jusque dans ses rêveries et sa noirceur. On y retrouve toutes ses obsessions (traumatisé par la seconde guerre mondiale), et ses grands thèmes : une héroïne (plutôt qu'un héros), le travail comme vertu, la guerre comme gangrène, le respect de la nature comme idéal... Nausicaä impressionne surtout par sa maîtrise. Le scénario, complexe, s'avère déjà ambitieux. Les nuances psychologiques des personnages démontrent un savoir-faire certain. Les combats aériens clouent au siège le spectateur.
Sa fascination pour les aéronefs, les bestioles insolites, les images oniriques ne font pas une oeuvre ou même un chef d'oeuvre. Nausicaä nous transporte parce que l'allégorie décrite est universelle, mais surtout, son personnage principal est attachant : mélancolique et solitaire, spirituelle et intellectuelle, triste et aimante, généreuse et combative. Elle nous emmène dans ses aventures, bille en tête. Et nous la suivons, avec extase. Car, loin d'être une fête foraine où les distractions s'enchaînent, le film d'animation est un voyage initiatique qui nous conduit d'un constat désespérant sur l'état du monde à une solution désillusionnée et christique.
Car, sans trop révéler la fin, il y a quelque chose de messianique, et par conséquent de fataliste, pessimiste même, dans cette oeuvre affligée par le comportement humain. A l'instar de sa future cousine, Mononoke, elle est une résistante, une guerrière malgré elle, une amoureuse de la nature avec laquelle elle commue, elle doute de l'amour d'un Prince... Princesse Mononoke est plus étoffé, plus dense en terme de conflits humains. Avec le temps, Miyazaki a su progresser en dramaturgie et en audace narrative. Nausicaä est plus proche de la fable, relativement simpliste, malgré l'apparente complexité du propos. Il ne manque ni d'action, ni de tension. L'esthétique a forcément évolué, et notamment les palettes de couleur. Il est remarquable de constater, malgré les effets du temps, la somptuosité de l'ensemble. Seuls la musique et les sons paraissent désuets, avec leur connotations synthétiques et électroniques plus que symphoniques et mélodiques. Entre la curiosité des fans et l'admiration des cinéphiles, Nausicaä ne peut pas laisser indifférent tant le conte sait transmettre les émotions et suinter des justes sensations. Dans cette atmosphère trouble où les équilibres se déchirent et les les acquis se désagrègent, la morale n'est pas inutile, démontrant bien que notre air et notre bonheur sont fragiles. Il n'y a qu'une infinitésimale dose entre le nauséeux et le respirable. Et rien de plus essentiel que l'alchimie périlleuse entre les éléments : l'air (le vent), le feu (destructeur ici) et l'eau (symbiose parfaite pour le cas qui nous concerne). Tout se transforme, rien ne se crée. Cycles immuables que nous rappellent le philosophe cinéaste.
Pour apprécier cette oeuvre magistrale, il ne faut pas être distrait lors du générique aux allures égyptiennes. Entre Tolmèques et fresques antiques, stèles et sémantique, le film est constitué de fortes références à des civilisations disparues. Il ancre ses histoires dans une mythologie à la fois reliée à une généalogique passée et une technologie future. Nausicaä n'était elle pas la princesse qui accueillit Ulysse après son naufrage? Anachronisme au futur antérieur, cette "désastrologie" n'a rien d'innocent. L'histoire est racontée durant tout le générique. Comme si ce que nous allions suivre n'était qu'un mythe du passé. De même, une chaman invoque un dessin prophétique pour nous expliquer ce qui nous attend. Miyazaki nous montre ainsi qu'hier et demain sont liés, que l'histoire se répète, que nous sommes dans un cercle où le début se confond avec la fin, où nos origines peuvent ressembler à notre destination finale... Grand fantasme de la science fiction qui voudrait que l'homme vienne d'ailleurs, d'une civilisation plus évoluée mais qui n' a pas pu empêcher sa destruction. L'Atlantide n'est pas loin. Ce n'est rien d'autre que ce que nous raconte ici notre conteur préféré depuis un un quart de siècle...
 
vincy

 
 
 
 

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