Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Pardonnez-moi


France / 2006

22.11.2006
 



PARDONNEZ-LUI





"-Tu touches combien pour ça ?
-Je touche tout l’amour que j’aurais du avoir
"

Peut-on faire du cinéma qui intéresse tout le monde avec des histoires personnelles ?
Telle est la question qui donne à Pardonnez-moi, premier long métrage de Maïwenn, sa raison d’exister en tant qu’œuvre cinématographique. Il est vrai que le terrain était glissant : devant cette histoire d’enfant battue, on pouvait craindre le pire, un genre de film égocentrique et voyeuriste à la psy show. Mais c’était sans compter sur la surprise créée par ce petit bout de femme étonnante et talentueuse (encore peu connue dans le grand public) qui fait acte de vrai artiste engagé, dans la lignée de Festen.
A partir de son expérience personnelle, la jeune réalisatrice réussit son pari : elle parvient à toucher le spectateur et atteint la question universelle du pardon que personne ne peut se targuer de ne pas connaître dans sa propre existence.
Le cinéma représente pour elle une matière brute qui lui permet de mettre en images son désir fort et obstiné, voire obsessionnel, de la vérité. Je veux que tu naisses dans la vérité murmure t-elle au bébé qu’elle porte en elle. Cette naissance s’opère en même temps pour le spectateur renvoyé à sa propre expérience humaine.

La recherche du vrai passe ici par une démarche artistique, l’acte de filmer, utilisé comme un outil de guérison (une catharsis) auquel s’associe la démarche psychothérapique du personnage d’ordre plus scientifique et médicale. Pardonnez-moi, comme en géologie, présente différentes couches d’images. Le film veut dévoiler ce qui est caché en sondant les esprits. Là où le médecin, par la parole, explore le passé et les nœuds de l’âme, la camera de Maïwenn cherche les failles sur les visages, explore le corps et ses apparences, tout ce qui se donne à voir. Caméra-témoin, caméra qui regarde et discerne, qui cherche la vérité toute nue et s’abat sur les personnages comme le jugement divin. Plusieurs types d’images s’imbriquent en poupées russes, comme des films dans le film : celles de la petite fille devant la caméra vidéo, celles en noir et blanc de ses parents devant le caméscope, celles du film en couleur du temps présent. La vérité du cinéma de Maïwenn c’est la prise de vue marquée par l’instabilité (tournée sans pied) qui rappelle le cinéma de Lars Von Trier. Maïwenn a voulu que son cinéma reflète l’instabilité et la fragilité de son parcours psychique. Elle définit l’acte de filmer comme une prise de risque perpétuelle, une mise en cause de l’équilibre humain soumis aux révoltes du manque d’amour.
En ce sens le rôle des acteurs représentait un enjeu important : pour eux il ne s’agit pas tant de parler que de laisser parler… Le visage et l’expression humaine doivent se suffire à eux-mêmes, ouvrir un champ de significations non explicites. Ainsi Pascal Gregory, au jeu glacé, excelle dans ses silences et son vil abrutissement; Marie-France Pisier inspire méchanceté et dégoût sans presque dire un seul mot. Leurs seules apparitions devant la caméra dérangeante, leurs traits captés par l’objectif suffisent pour signifier la haine, la bêtise et le mensonge. Aussi ne manquons pas de souligner combien Pardonnez-moi est aussi un vrai film d’acteurs qui donne du fil à retordre aux comédiens; il exige une manière de jouer hyper réaliste, du pris sur le vif que l’on ne voit pas souvent au cinéma.

La mise en scène n’évite pas non plus un certain cynisme. Il s’agit de laver son linge salle en famille, de tout déballer devant l’œil de la caméra. Cet aspect du film met parfois très mal à l’aise notamment dans les scènes du repas ou de la reconstitution des violences avec la poupée. Cependant la réalisatrice ne reste pas fixée à ces opérations-vérité dérangeantes. Elle les filme pour mieux mettre en valeur le fait qu’il n’y a pas de vérité sans « violence », sans se faire violence aussi. Elle illustre ainsi l’adage bien connu Il n’y a que la vérité qui blesse. La violence psychologique du film demeurerait injustifiée et purement gratuite si elle en restait au plaisir de déranger le spectateur, comme on le ressent parfois dans le cinéma de Lars Von Trier (cf. la démence de Bjork dans Dancer in the Dark). Ici la réalisatrice passe par le déchirement et les ruptures pour souligner sa quête éperdue d’amour, comme une phase nécessaire dans sa guérison mais aussi et surtout pour mieux faire comprendre que la violence et la provocation ne pourront aboutir que dans une impasse, l’incapacité d’exister.
La haute dimension du film réside bien dans son bouleversant achèvement qui lui donne une véritable dimension universelle et spirituelle. La jeune fille attendait la parole de pardon familial, elle attendait la réparation qui lui était due. Elle cessera au bout du compte de chercher une réponse à l’énigme qu’est son père, à l’énigme du mal tout court. Elle se décide à avancer et à renoncer au questionnement perpétuel. Se débarrassant d’elle-même, elle réalise que c’est dans l’acceptation de sa propre existence qu’elle trouvera l’apaisement.

Pour nous spectateurs, son expérience est riche d’ouvertures. Lorsque l’on parle communément du pardon, nous avons souvent à l’esprit « pardonner à l’autre ». Ce film d’une manière très contemporaine, à travers le cinéma, montre aussi combien il est indispensable de s’être pardonné à soi-même, d’accepter sa vie telle qu’elle est pour qu’enfin un chemin de bonheur puisse venir s’y tracer.
Pour Maïwenn, tourner a été un facteur d’acceptation et l’expression de sa libération. Devant elle maintenant, se tiennent ouvertes les portes d’un long parcours en tant que réalisatrice et comédienne. En tous les cas on le souhaite et on l’attend...
 
Pierre Vaccaro

 
 
 
 

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