Wild Rose n'est pas seulement le film qui aura révélé Jessie Buckley. Entre réalité (sociale) et rêve (musical), le film est une pépite qui charme et enchante. Parfaits pour l'été.



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Lady Jane


France / 2008

09.04.2008
 



NO SYMPATHY FOR LADY VENGEANCE





"Je n’ai plus besoin de vous donc je ne veux plus vous voir"

Voir un film de Guédiguian, c'est avant tout prendre des nouvelles de la famille (Ascaride, Darroussin, Meylan, tous présents) et sonder les états d'âme du patriarche. A voir Lady Jane, on ressent, comme du temps de La ville est tranquille, que le réalisateur a le moral dans les chaussettes. Déjà parce qu'il a choisi un genre, le polar, célèbre pour ses atmosphères crépusculaires, ses héros désenchantés et sa noirceur poisseuse. Mais aussi parce que tout, dans son film, montre qu'il n'y croit plus. Croire en quoi ? La solidarité, la lutte sociale, et même l'amitié. Du coup, il a un peu l'air de se moquer de tout, Guédiguian, y compris de la bonne tenue de son film.

D'où un récit franchement poussif qui a presque systématiquement un temps de retard sur l'esprit du spectateur. On se désintéresse donc assez vite de ces rebondissements attendus (le pourquoi de l’enlèvement, la manière de trouver l’argent de la rançon…) pour ne se concentrer que sur les thèmes que le réalisateur, décidément désabusé, soulève ici et là. La violence, bien sûr, occupe le devant de la scène. Violence physique, violence morale, violence sociale, violence loyale… elle se décline même sur tous les tons. On tue par vengeance, par self-défense, par loyauté et même quand on ne tue pas, les mots sonnent par moments comme des coups de feu. La violence engendre la violence, dénonce la réalisateur, illustrant (et condamnant par la même occasion) la bonne vieille tradition de la vendetta. Tu as tué mon père, je tue le tien, et ainsi de suite pendant vingt-cinq générations…

La perte des idéaux

Passons sur ce côté moral, maladroit, et oublions aussi la tonne de bons sentiments qui l’accompagne, pour se concentrer sur l’autre thème qui hante Lady Jane, celui des idéaux perdus. Que sont devenus nos trois braqueurs, ceux-là même qui distribuaient des manteaux de fourrure aux ouvrières ? Des petits bourgeois installés et antipathiques qui planquent leur argent à la banque : exactement ce qu’ils combattaient trente ans auparavant. Muriel, surtout, est odieuse. Mielleuse, geignarde, manipulatrice… Une femme fatale nouvelle génération, qui ne se donne même pas le mal de séduire sa proie ou de l’amadouer avec un peu de douceur feinte. Ca, elle les fait marcher à la baguette, ses hommes. Elle les précipite même violemment dans les pires ennuis. La solidarité, l’amitié, la lutte des classes, tout ça, Muriel, la "Lady Jane" du titre, connaît pas. Ne connaît plus.

René, ce n’est guère mieux. Il a dilapidé l’argent des casses, il en est donc réduit à jouer les proxénètes pathétiques. L’exploiteur, maintenant, c’est lui. Alors il boit, sans discontinuer, pour ne plus voir ce qu’il est devenu. Quand les deux autres réapparaissent dans sa vie, il ne manifeste pas une joie irrépressible. Enfin, il y a François, le troisième larron, celui qui a le moins changé. Immanquablement, c’est lui qui accueille le retour de Muriel avec le plus de bonheur, et celui qui souffrira le plus de ces retrouvailles ratées. Il n’attendait pourtant que l’étincelle pour remettre ça : voler les riches pour donner aux pauvres, aller à cent à l’heure, se sentir vivant. On ne sait pas trop s’il court après l’amitié éteinte ou après sa jeunesse perdue, mais sans doute court il surtout après lui-même. Comme les autres, il n’y croit plus, mais lui voudrait pourtant y croire encore. Il est prêt à tout pour cela, même à se perdre. Le réalisateur observe au passage la manière dont le passé hante nos vies et pèse sur le présent. Que cela soit à cause des illusions perdues (François) ou parce que les erreurs de jeunesse finissent toujours par vous rattraper (Muriel).

Si l’on n’attendait pas la famille Guédiguian dans ce registre, force est de reconnaître que les acteurs s’en sortent plutôt bien, Darroussin en tête. Comme d’habitude, son jeu reste d’une grande finesse et il est vraiment touchant en homme en rupture qui court après son passé, tout en sachant qu’il lui est impossible de le revivre. Gérard Meylan fait quant à lui l’impression d’un bloc insondable, révélant toute la détresse d’un être qui a renoncé depuis longtemps. Avec Ariane Ascaride, ils font ce qu’ils peuvent pour apporter un peu de chair à ce polar aride et maladroit, mais sans y parvenir réellement. Robert Guédiguian était tellement soucieux d’éviter toute stylisation et tout effet romanesque qu’il a gommé tout ce qui aurait pu donner un peu de cœur et d’âme à son film. Résultat, on n’est ni dans le réalisme pointu ni dans le film noir profond et mystérieux, mais dans un entredeux si prosaïque et démonstratif (les gros plans pour capter la douleur des êtres sont insupportables) que l’on ne voit plus que la leçon de morale derrière la fiction. A coup sûr, on peut attribuer au réalisateur la réplique d’un de ses personnages qui se plaint de ne plus avoir "de compassion pour ce monde ni pour ceux qui y vivent". Tout le problème vient même sûrement de là.
 
Claire et MpM

 
 
 
 

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