Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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USA / 2008

05.03.2008
 



CONTE DE CINEMA





"Aux films qui ont du cœur et de l'âme !"

Farce potache, plaidoyer profond

Quitte à s'offrir une parabole déjantée sur l'action collective et le cinéma comme dernier espoir de l'Humanité, autant y aller carrément, puisque la moitié des spectateurs risque de vous accuser de mièvrerie pendant que l'autre vous reprochera un humour jugé grossier. Michel Gondry signe donc un plaidoyer profond et inspiré déguisé en farce potache décomplexée, à moins que cela ne soit le contraire, et prend le risque de se mettre tout le monde à dos. Sauf que le résultat est irrésistible : presque chaque dialogue opposant Jack Black à Mos Def est hilarant, presque chaque séquence les mettant en scène bénéficie d'un comique de situation multiplié par deux. Quand ils dinent en portant des passoires sur la tête ou tentent une expédition punitive dans un générateur électrique, on est plutôt dans le gag catégorie poids lourd, tendance pas spécialement subtil. Mais à la seconde où les deux compères commencent à se réapproprier les gros blockbusters du cinéma américain, soudain, la magie opère. Pas que les gags soient forcément plus légers (on rit des effets spéciaux misérables, des dialogues ineptes et des situations absurdes), mais la distanciation qui se produit entre le spectateur et le film dans le film crée alors un effet de résonnance.

Créativité et humanité contre grands studios avides

On est en effet enchanté à la fois par les références cinématographiques (Ghostbusters et ses monstres kitschs, même dans l'original, 2001 et ses images mythiques, Rush hour et ses situations débiles), par la manière dont les personnages du film se les réapproprient, et par les extraits qu'ils revisitent. Et puis, surtout, Michel Gondry pose sur ses personnages un regard à la fois ironique dénué de complaisance et d'une grande tendresse. Ce qu'il révèle au fil du film, c'est rien moins que l'immense humanité de ces grand dadais que l'on prenait pour des freaks inintéressants. La créativité et l'inventivité dont ils font preuve renvoient à leur médiocrité hypocrite et étriquée les "professionnels de la profession" (à savoir les distributeurs avides de protéger leurs intérêts) qui viennent, bêtes et méchants, réclamer leur dû. Une bande de zozos s'amuse à réinventer des films existants avec les moyens du bord, et c'est toute l'industrie cinématographique qui se sent menacée… Voilà qui nous rappelle vaguement quelque chose ! Et même si tout cela reste parfaitement policé et bon enfant, on sent dans ces quelques scènes une rage sourde contre ceux qui entendent écraser dans l'oeuf cette créativité hors norme, et donc forcément dérangeante.

Le cinéma est une arme, utilisez-la

Le film devient alors un hommage à l'activité collective, quelle qu'elle soit. Sous le prétexte de sauver un vidéo club (en réalité, chacun le fait pour sauver ce qu'il a à sauver : ses rêves, son honneur, son passé ou simplement sa vie), toute une ville s'unit pour réaliser son propre film, sa propre fierté. Il faut retrouver le goût de faire les choses soi-même et ensemble, dit Michel Gondry. Le goût des projets collectifs et des buts communs. Et quoi de plus fédérateur que le cinéma ? Union de talents pour raconter une histoire et bâtir un film, puis communion de spectateurs pour le déguster dans une salle obscure. Et du rire, inévitablement, on passe à une émotion plus troublante, un sentiment d'appartenance, peut-être, ou tout simplement ressent-on très intimement l'amour du cinéma qui porte Gondry, et son optimisme sans faille dans l'Humanité. On veut alors croire avec lui que face à l'avidité et au formatage des grands studios, une autre voie plus artisanale et poétique est possible. Mais on veut croire aussi que cet espoir peut s'étendre à la société tout entière. Que les individus, tous ensemble, sont plus forts que tout ce qui les oppresse, les dirige, les standardise. Le cinéma comme vecteur de révolte tranquille, comme arme ultime contre l'individualisme forcené, comme réaffirmation des principes élémentaires : soyez sympas, adhérez !
 
MpM

 
 
 
 

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