Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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A bord du Darjeeling Limited (The Darjeeling Limited) (Hotel Chevalier)


USA / 2007

19.03.2008
 



CICATRICES, CEINTURE et SIDDHARTA





« - Il téléphone à qui ?
- A personne. Il a le code du répondeur de son ex.
»

Il y a deux films. Un court métrage et un long. Le court peut-être vu comme une digression ou un prologue ou une annexe. A la fois relié et autonome.

Hôtel Chevalier. Une chambre d’hôtel (de luxe) avec vue imprenable sur un immeuble parsien. Deux comédiens. Jason Schwartzman et Natalie Portman (et sa cellulite). Dans Darjeeling, il est l’un des trois frères, toujours présents dans le voyage en Inde, elle est juste l’ex chieuse, dont on parle et qu’on ne voit jamais. Une histoire à part.
Ce court est un huis-clos là où le long s’évade et se dépayse. Chaque plan est divisé en deux, avec une partie vide, une partie pleine. L’art de la symétrie. Tout est jaune et orangé, couleur curry, épice prémonitoire. On est immergé dans un domaine étranger. Un Américain qui fait un pèlerinage dans un fantasme culturel. Exotique. Le personnage central est bizarre, purement « wesandersonien ». Rocambolesque, fuyant. D’ailleurs il s’échappe tellement qu’il n’ose même pas toucher sa copine. Contemplatif et intriguant, le film introduit un couple éteint par son mal-être. Sans doute un écho très personnel à ce qu’a vécu le cinéaste en venant écrire à Paris. Point de départ d’un film qui l’emmène complètement ailleurs. Entre les deux, un objet fétichiste : une valise (orange) que l’on retrouvera en Inde…...

A bord du Darjeeling. Wes Anderson énerve. Comment un auteur si inventif, à l’imaginaire si riche, au talent si évident peut-il se laisser aveugler, tel Narcisse, par sa propre création. Ce qu’on lui reproche n’est pas de nous éblouir une fois de plus avec ses histoires familiales tordues et ses personnages insolites, mais bien de ne pas avoir coupé quelques séquences superflues qui ralentissent ce voyage absurde ?
Les chroniques de Wes perdent en distance ce qu’elles gagnent en longueurs. Regrettable, d’autant que la dérision s’invite dès la première scène, avec Bill Murray, héros des précédentes aventures. Un style années 60, comédie de série B, où tout semble factice. Un taxi en Inde. Ambiance de course pour ce film qui parfois manquera un peu de souffle pour maintenir le rythme. Comme un train indien, tantôt lancé tantôt à l’arrêt. Drôle de voyage, avec d’étranges escales, des émotions diverses. Et trois frères déphasés, pas vraiment remis du deuil de leur père. Comment s’alléger, se libérer ? Certains s’abiment physiquement en bons masochistes, d’autres se focalisent sur des objets en bons fétichistes. Anderson a enfin tué le père. Jusqu’à présent, l’autorité paternelle était une quête perpétuelle dans les films du réalisateur. Il était souvent de substitution ou d’adoption, fuyant ses responsabilités et finalement les assumant, il mourait mais à la fin. Là c’est au début. Itinéraire funéraire à travers un décor qui révèle davantage les psychoses de chacun, les déracinant, que s’ils étaient restés dans leur vie quotidienne. La quête ici est maternelle. En l’occurrence Anjelica Huston, la mère des deux précédents films, qui, volontairement, les abandonne pour qu’ils puissent s’épanouir seuls.
Comme dans le bouddhisme, tout se relie. Même dans quelques arrières plans on reconnait des visages familiers vus dans les précédents films. Dans tous les films de Wes Anderson, il s’agit pour les « enfants » de passer à l’âge adulte. La difficulté d’évoluer, de s’émanciper.
Ce « diurne indien » est barré mais répétitif, loufoque mais mélancolique, se reposant souvent sur sa direction artistique et sa mise en scène soignée. Quelques travellings fascinent mais ne suffisent pas à lier des vignettes inégales, qui forment un journal de bord où certains chapitres semblent plus anodins que d’autres. Chroniques d’un voyage initiatique où l’intrigue est invertébrée, rendant le film flottant. Comme une errance romantique où les si belles valises représentent le passé trop lourd, des boulets paralysants. La famille dysfonctionnelle est défoncée et, logiquement, déraille. Succession de rituels spirituels qui finalement ont moins d’importance que l’expérience. Parfois l’allégorie est trop appuyée, mais reconnaissons qu’elle est joliment trouvée.
Heureusement, le réalisateur a toujours son petit génie pour créer des situations décalées, avec ses ralentis stylés, ses instants burlesques (et moqueurs quand il s’agit d’Allemands). Le film ne manque pas de grâce quand les trois hommes quittent le village indien, après les funérailles. On reconnaît aussi sa patte avec ces compartiments qui hébergent chacun des personnages et retracent toutes les vies. Train de vie qui mènera aux Champs Elysées (de Joe Dassin). « Les bagages de papa vont rester. » Peut-être que le cinéaste aurait du laisser quelques références au placard : le Darjeeling aurait été plus léger et nous aurait envoûté.
 
vincy

 
 
 
 

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