Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Mes amis, mes amours


France / 2008

02.07.2008
 



LA PROCHAINE FOIS?





«- C’est sérieux au point de te rendre fidele ?»

Plantons le décor. Londres, village francophone, filmée comme un quartier monté dans un studio. Factice, théâtrale, une vieille comédie de studio hollywoodien. Un ghetto façon easy expat. La belle vie, avec des livres sterling, où personne ne parle anglais, pas même le dénommé Mackenzie. Jolies voitures, gamins de nantis. Un portrait répulsif de la bourgeoisie française colonialiste et opportuniste. Tout juste visite-t-on la capitale anglaise grâce à Vincent Lindon, émerveillé comme un gosse n’étant jamais sorti de Paris et du Lubéron.
Avec ce huis-clos en extérieur, Mes amis mes amours ressemblent à un sitcom. Ici, les premiers baisers masquent pudiquement les sentiments adultes plus coupables mais pas montrables. Très américain dans sa forme, ce film puritain se maquillent avec des effets de caméras « à la mode » et une musique jazzy chic. Lorsque tout le monde est heureux, il y a ce « training montage » compilant les moments de bonheur de chacun ; un montage fait écho lorsque tout le monde déprime… Il y a un style, superficiel avec de nombreux clichés et pas mal de ralentis, mais il n’y a aucun fond.

Car ces souvenirs d’un tricheur, adolescent attardé ou adulte immature, soutenus par une voix off qui sauverait presque la platitude des dialogues, manquent de souffle, de romanesque, de folie. Mes amis, mes amours mais si peu d’emmerdes. Il ne se passe rien et les personnages manquent de destin, d’essence, de corps. Là où l’écriture de Lévy parvient à nous divertir avec ces histoires à l’eau de rose, le scénario bafoue le quatuor. Sans incarnation, ni véritable relation, peu expliqués et vaguement impliqués, ils n’ont que des fonctions : l’ex, le meilleur pote, la maman de substitution, la maîtresse, la bonne copine.
Dans cette distribution de rôle, on préférera les vrais expats – Elbé, Foresti, Laffont – aux immigrés éphémères – Lindon, Ledoyen, . Pascal Elbé est une parfaite maman active, Foresti fait du Foresti, et Laffont hérite du seul personnage un peu écrit. La seule qui transgresse un peu les conventions avec son joint. La seule bonne idée du film. Car sous couvert de s’amuser avec l’homoparentalité et la monoparentalité, le film est affreusement conservateur, n’allant pas jusqu’au bout de ses audaces possibles. « Chacun s’amuse avec la solitude comme il peut » mais le film n’offre aucune variation à cette solitude, autre que le traditionnel couple homogène – même âge, hétéro, même classe sociale.

Dans ce contexte binaire, avec des dialogues pas assez romantiques, et rarement sentis, les conflits sont toujours des batailles d’égos, virils entre hommes, fragiles avec les femmes. Il y a le mec autonome, maniaque et celui qui est complètement dépendant (au point d’avoir un goût de chiottes pour les pyjamas), la nana émancipée et l’épouse refoulée. Et même une espagnole qui très bien secouer les cheveux, façon pub pour shampoing quand elle ne les coiffe pas avec sa main. Cela fait rire, au énième degré, comme Ladies et gentlemen de Lelouch. Une caricature de comédie romantique, involontairement drôle quand il faudrait s’émouvoir.

On aurait préféré un hommage à Rohmer, avec de la dérision, des phrases qui sonnent faux, une réalité décalée mais des sentiments qui révèlent la perdition des âmes ultra modernes et solitaires dans ce monde qui nous bouscule. Quand Marc Lévy pousse ses protagonistes à changer de vie, à affronter le monde, à se renforcer au travers d’une forme de psychanalyse de gare, sa sœur a opté pour un repli sur soi, un déni de l’étranger, et une exploration des failles, comme s’il s’agissait d’un titre en une de Psychologie Magazine.
 
v.

 
 
 
 

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