Avec Dark Waters, Todd Haynes s'invite dans le film engagé (côté écolo), le thriller légaliste et l'enquête d'un David contre Goliath. Le film est glaçant et dévoile une fois de plus les méfaits d'une industrialisation sans régulation et sans normes.



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Be Happy (Happy-Go-Lucky)


Royaume Uni / 2008

27.08.2008
 



LIFE IS SWEET





«- Gardes la banane !»

Elle s’appelle Poppy. Comme le son Pop d’un bouchon de champagne. Enchanteresse par sa bonne humeur persistante, guillerette à bicyclette, voici la nouvelle venue dans la galerie de portraits féminins (et londoniens) de Mike Leigh. Mais ce coup-ci, nulle déprime, rien de sordide, pas même un gramme de pathos ou de secret caché, Poppy est franche, directe, amusante, lucide, heureuse. La bohème pas bourgeoise, un peu fantaisiste et très citadine ressemble à Bridget Jones, sans l’ambition ni les tourments. Célibataire ? Ce n’est pas un problème. Sans enfants ? Elle en a déjà plein sa classe d’institutrice. Elle a voyagé, sort avec ses amies, n’a pas de crédit. Que demander de plus ?
D’autant que le cinéaste, comme un hommage à Almodovar (les femmes, l’Espagne, le rouge) utilise à la perfection la symbolique des couleurs (chatoyantes et, à chaque fois, signifiantes). Comédie pétillante, Happy-go-Lucky est une fois de plus un scénario épatant. Sans enjeu, sans intrigue, sans drame, cette tranche de vie nous embarque dans un tourbillon vivifiant et généreux. Il créé des personnages pittoresques qui suffisent à alimenter une scène, ou offre des moments insolites (le discours de la professeure de flamenco) qui permettent de donner le ton, joyeux ou mélancolique, du film.

Ne boudons pas notre plaisir, même si la joie n’est pas, ici, une expression se résumant à l’hilarité d’une comédie grasse, ce que le film n’est pas, mais bien un sentiment tenace qui euphorise nos neurones. Drôle de fille qui n’est jamais vraiment malheureuse et ne comprend pas la tristesse des gens quand elle n’est pas justifiée. Rien ne l’atteint. Même quand on lui vole un vélo, elle garde le sourire. Les chemins de la réalité ? « Ce n’est pas sur mon chemin. »
Pourtant, ni ignare, ni aveugle, elle évolue dans un Royaume Uni métissé, dans un job public, au milieu de gamins noyés d’images et de jeux électroniques, quand elle préfère promouvoir les déguisements, les sorties au parc et la lecture. Mike Leigh dépeint aussi une Angleterre précaire : celle des frustrés enragés extrémistes, des SDF poétiques et paumés, des parents qui ont peur de tout… C’est la seule chose qui touche à sa gaieté. Sa mine s’assombrit quand deux gamins se battent dans la cour, quand la colère amère et agressive lui est balancée gratuitement, quand la misère s’invite dans ses périples poétiques. Elle n’est pas insensible à la cruauté et devient alors une adulte sérieuse. La mélancolie peut aussi voiler son visage…

Poppy est une fille « drôle bizarre », fantasque, une tache de couleur au milieu de ces gens moroses et névrosés. Sally Hawkins ne se met pas dans la peau du personnage, elle le crée. Physiquement, on n’imagine personne d’autre. Dans ses tics, son débit, ses gestes, elle communique son espièglerie avec subtilité et véhicule sa générosité avec nuances. De sa façon de marcher à sa manière d’être stupéfaite, elle transmet sa pêche.
Bien sûr, l’entourage est à l’avenant, notamment ce professeur de conduite parano anti-punk, anti-noirs, anti-branchés, ultra- conservateur. Les huis-clos en voiture donnent des séquences aussi effarantes que distrayantes. Car notre « vieille fille » s’avère aussi très subversive. Cela permet au script d’opérer des variations, du pur comique au dramatique, en passant par le romantique.

Comme toujours chez le réalisateur anglais, qui au fil des films devient le plus constant de tous, il y a une sorte de morale, sur fond de multiculturalisme. Plus on a de préjugés, moins on est libre, ouvert, heureux. Cette ouverture est un mélange de curiosité (les cours de flamenco), de découverte (ses voyages passés en tant qu’enseignante dans les pays du tiers-monde), d’acceptation (elle saisit la moindre opportunité de rencontre, y compris avec son beau blond candide et sexy). Même si elle est institutrice, elle a ce goût permanent d’apprendre (la danse, la conduite, l’amour), cette envie de faire connaissance. Rarement film n’a autant critiqué de manière si insidieuse la culture du « petit blanc », que ce soit le frustré xénophobe ou le banlieusard, ennuyeux, endetté, emprisonné dans une vie planifiée. A l’inverse de Poppy, ils sont enfermés dans un schéma, un modèle, aliénant et prêt à se briser, où le moindre incident deviendra tragédie. Quand elle, qui cultive le bonheur comme on arrose ses plantes, affirme fièrement sa devise : « J’aime ma liberté. J’ai une chance folle ».
Et on la suit volontiers.
 
vincy

 
 
 
 

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